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M.DCCC,LXXXI Digitized by Google INTRODUCTION a I HENRI D'ANDELI Le charmant récit dans lequel Henri d'Andeli nous montre le grave Aristote cédant docilement à la fan- ‘ taisie de la belle Indienne dont il avait voulu détacher Alexandre, resta longtemps populaire, — nous en avons pour preuve les représentations qui en ont été faites sur divers monuments par les artistes du moyen âge jusqu’au début même de la Renaissance, — mais le nom de l’auteur parait être tombé de bonne heure dans l'oubli. Le président Fauchet ne le cite point parmi les cent vingt-sept poètes français vivant avant l’an 1300, dont ila recueilli les noms il parle bien de Roger d'Andeli (1), auteur d'une ou de deux chansons, et qu'il appelle, on ne sait pourquoi, Rogerin, mais il est muet sur Henri d'Andeli. Au xviu® siècle, le comte de () Recveil de l'origine de la langve et poesie françoise, ryme et romans, etc. Paris, 1581, liv. II, p. 156. VIII INTRODUCTION Caylus (1) analyse le Lai d’Aristote, sans en désigner l'auteur; Legrand d’Aussy (2) cite son nom, mais ne cherche pas à fixer sa personnalité. L'abbé de La Rue est, à ma connaissance, le premier qui ait tenté de pénétrer le mystère qui le recouvre. Dans ses Essais historiques sur la ville de Caen (3), il décrit le chapi- teau de l’église Saint-Pierre, où se trouve repré- sentée la scène principale du Lai d’Aristote ; mais il se borne à rappeler le fabliau dont l'artiste s’est inspiré, ainsi que le nom de l’auteur ; c’est dans ses Essais his- toriques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands, publiés en 1834, qu’il l'identifie pour la première fois avec un chanoiïne de Rouen, nommèë Henri d’Andeli, dont il crut retrouver le nom dans un Cartulaire de Bayeux. « Ce trouvère, dit-il, était chanoine de Rouen. Le pape le délégua en 1216, avec Guillaume de Marleiz, chanoine de la même église, pour juger le procès exis- tant entre Raoul, archidiacre de Bayeux, et Pierre, curé de Percy, chapelain de la chapelle castrale de (1) Mémoire sur les fabliaux, juillet 1746, publié dans les Mémoires de Littérature tirés des Registres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, 1753, t. XX, p. 362-364. (2) Fabliaux ou contes. du XII: et du XTIT° siècle, éd. Re- pouard, 1829, t. I, p. 273 et suiv.; t. Ill, p. 35 et suiv. — Not. et Ext.des mss. de la Bibl. nat., etc., t V, p. 496 et suiv. (3) T. I, p. 97. INTRODUCTION IX Thury (Harcourt), qui réclamait des droits préju- diciables à ceux de l’archidiacre (1). » M. P. Meyer {2) a précisé cette indication en faisant connaitre que l’acte mentionné par l’abbé de La Rue se trouve dans le Livre noir de l’église de Bayeux (manuscrit appartenant actuellement au chapitre de Bayeux), au fol. 56 vo, sous le n° 212, et que les juges délégués par le pape y sont ainsi désignés : « H. de Andeleio et G. de Marleiz, canonici Rothoma- genses. » Outre que l'identification, affirmée sans réserve par l'abbé de La Rue, ne repose que sur une similitude de nom, le document cité par lui ne suffirait pas à établir l'existence d’un chanoine du nom de Henri d’Andeli, si d'autres documents ne la prouvaient pas d’une manière péremptoire. Il y a, en effet, des chances pour que les deux chanoines désignés par le Cartulaire de Bayeux ne soient ni Henri d'Andeli ni Guillaume de Marleiz. I] y avait bien, à cette époque, dans le chapitre de Rouen, un chanoine nommé Henri d'Andeli qui remplissait, comme on le verra plus loin, les fonctions de chantre ; mais on trouve aussi, au même temps et dans le même chapitre, un autre chanoine du nom de Hébert ou (1) Essais historiques sur les bardes, etc.,t. III, p. 33. (2) Henri d'Andeli et le chancelier Philippe, dans la Roma- nia, n° 2, avril 1872, p. 190. 2 X INTRODUCTION Herbert d’Andeli (1). Il est donc possible que le chanoïne délégué par le pape ait été Hébert ou Herbert et non Henri d'Andeli, d'autant plus que le titre de chantre que portait ce dernier n’est pas mentionné. J'ajouterai, pour le cas où une circonstance inattendue appellerait l'attention de quelque érudit sur le nom du second chanoine désigné dans le Livre noir de Bayeux, que ce nom pourrait bien n’être pas Guillaume, mais Gilbert de Marleiz (2). (1) L'existence de ce chanoine est attestée par les pièces sui- vantes : 10 Charte du commencement du xine siècle, ..... magistro Herberto de Andeli, canonico Rothoin. (Archives de la Seine-Inférieure, fonds de Jumièges ; pièce comm. par M. de Beaurepaire.) — 20 Vidimus d'une charte datée du 14 des calendes d'octobre 1208..... Datum pr manus Heberti de Andel'. canonici Rothomagensis apud Focardimontem. (Cart. du cha- pitre de Rouen, no 214, f. 120 vo, Biblioth. de Rouen.) — 3 Charte de 1209 (n° 43 du Cart. du prieuré de Bourg-Achard, ms. de la Bibl. nat., no 1737) citée par M. Louis Passy (Bibl. de l'École des chartes, 5 série, t. II, p. 364)..... Datum per manum Heberti de Andelico, canonici Rothomagensis….. anno gratiæ 1209. — 40 Le chirographe dont il sera parlé plus loin. — Enfin l'Obituaire de l'église de Rouen, publié par M. L. Delisle, place au 24 mars la mort de ce chanoine : « 24 mars... Magis- ter Hebertus de Andely, sacerdos et canonicus. (Recueil des historiens des Gaules et dela France, t. XXIII, p. 361.) (2) Il y eut en effet à cette époque, dans le chapitre de Rouen, deux chanoines appelés Guillaume de Marleiz et Gilbert (Gisle- bertus ou Gillebertus) de Marleiz. Le nom de Guillaume de Marleiz se trouve (p. 370) dans le Chronicum Rotomag. publié par INTRODUCTION XI L'abbé de La Rue aurait pu trouver dans Dom Pom- meraye des renseignements plus sûrs et plus précis. Dans le chapitre, où, après avoir parlé de la dignité et des prérogatives du chantre de l’église de Rouen, il donne la nomenclature de ceux qui remplirent cette fonction, l'historien de la cathédrale dit en effet (1): « Henry d’Andely, au mesme endroit (Cartulaire du chapitre), p. 118, environ 1212, du temps de Robert, prieur du Mont-aux-Malades, et dans une charte de Gautier, archevêque de Rouen, de l’an 1207. Il est nommé avec Roger Doyen, Guillaume, Philippe et Raoul Archidiacres (2). » L’historien de Rouen, Farin, le P. Labbé dans sa Nova Bibliotheca manuscriptorum (t.I) et reproduit dans le t. XVIII des Historiens des Gaules et de la France (p. 359 8), — le nom est orthographié de Marlis, — dans la Normanniæ nova Chronica (p. 16, lre col.), publiée par M. Chéruel d'après le ms. de la Bibl. de Rouen, dans les Mémoires de la Société des A ntiquaires de Normandie, t. XVIII, 1850. — A cet endroit, une note de M. L. Delisle fait connaître quelques actes où l'autre chanoine, Gilbert de Marleiz, est men- tionné. A ces indications, je puis ajouter les suivantes : Gilhert de Marleiz est cité dans le Cartulaire du chapitre, sous le no 263, f. 140 ro, et dans le Cartulaire de Louviers, publié par M. Bon- ain, t. 1, p. 183. Enfin, cette simple désignation, G. de Marleiz, se trouve dans le Cartulaire du chapitre, sous les nos 223, f. 125 vo, et 224, f. 126 ro, et dans le Cartulaire de Louviers, p. 143 et 164. (1) Histoire de l'église cathédrule de Rouen, etc., 1686, liv. I, ch. VII, p. 337. (2) Ce passage renferme une inexactitude. Le f. 118 de l'an- cienne pagination, 120 de la nouvelle, du Cartulaire du chapitre, XI] INTRODUCTION dans la liste qu’il donne des grands chantres de la cathédrale, mentionne aussi « Henry d’Andely » sous la date de 1207 (1). Avant d'examiner s’il y a lieu d'admettre ou de rejeter l'identification proposée par l'abbé de La Rue, il est indispensable de donner ici les quelques rensei- gnements que j'ai pu trouver sur le chanoine Henri d’Andeli ; ils permettront de fixer, d’une manière plus donne le Vidimus de l'archevêque Robert dont j'ai déjà parlé. Il n'y est pas question de Robert, prieur du Mont-aux-Malades, et au lieu du nom de Henri d'Andeli, on lit au ve : « Datum per manus Heberti de Andel'..... » Quant à la charte de 1207, copiée sous le n° 217,f. 121, o1 y lit seulement : «..... Henrico can- tore..... »*; Mais, comme nous le verrons, c'est bien de Henri d'Andeli qu'il s'agit. A ce propos, il est curieux de voir comment les erreurs se forment ou s’aggravent en passant d'un ouvrage à l’autre. L'histo- rien des stalles de la cathédrale de Rouen, E.-H. Langlois, a manifestement emprunté à D. Pommeraye ce passage, où il dit (p. 174) : « Dans le Cartulaire du chapitre de Notre-Dame de Rouen, on trouvait, sous la date de 1212, et dans une charte de l'archevêque Robert Poulain, sous celle de 1207, un Henry d' Andely désigné comme chantre de la cathédrale. » Ce qui était chez D. Pommeraye environ 1212, devient chez E.-H. Langlois, sous la date de 1212; de plus, Robert Poulain est substitué à Gautier, bien qu'il n'ait été nommé archevèque de Rouen que le 23 août 1208, en remplacement de Gautier de Coutances, mort le 16 novembre 1207. (1) Histoire de la ville de Rouen, 3 édition, 1738, t. II, + 300. INTRODUCTION XIII précise qu’on ne l’a fait jusqu’à présent, l’époque à laquelle il vécut, et, si je ne me trompe, éclaireront d’un jour tout nouveau cette question délicate. La première mention que l’on trouve du chanoine Henri d'Andeli appartient aux dernières années du xu° siècle. « Dès 1198, dit M. A. Deville dans une note de l'ouvrage de E.-H. Langlois sur les stalles de la cathédrale de Rouen {1}, apparaît le nom de Henry d'Andely sur une charte que possède la Bibliothèque publique de Neufchâtel (2) en Normandie: « Testibus.… Henrico de Andeli, canonicis rothomagensibus... anno M° c° xc° vu. » Henri d'Andeli fHenrico de Andeleio) figure comme témoin dans une charte non datée, mais du temps de Raoul de Kaili (Cailli), maire de Rouen (3) (Archives de la Seine-Inf., F. du Mont-aux-Malades). En 1201, une charte de l'archevêque Gautier le men- tionne ainsi : Zenr. de Andel., avec son titre de cha- noine de Rouen (Archives de la Seine-Inf., F. de Jumiéges). Son nom se trouve encore dans une charte datée des calendes de maï 1205 (Archives de la Seine- Inf., Cart., de St-Ouen, n° 28 8, p. 295). Plus tard, le 21 septembre 1207, dans une charte par laquelle (1) P. 174, n. 2. (2) Cette charte ne se trouve plus dans la bibl. de Neufchätel; j'iguore ce qu'elle est devenue. (3) D'après Farin, Raoul de Cailly fut maire de Rouen en 1198. XIV INTRODUCTION Gautier de Coutances, archevêque de Rouen, donne à son chapitre l’église de Saxetot (1), on lit : « Testibus, Rogero cantore, magistro Simone cancellario, Zenrico de Andeleio et magistro Columbo de Mascone, cano- nicis Rothomagensibus (2); ..... ». La même année 1207, Gautier rend au chapitre « quasdam procura- tiones et subsidia panis et vini temporalia » qu’ils possédaient du temps de Rotrou, son prédécesseur ; parmi les témoins de cette charte, Henri est nommé comme chantre, Henrico cantore, à côtè de Roger, doyen, et de Guillaume, Raoul et Philippe, archi- diacres (3). Il est appelé ici simplement Henri; mais un des documents suivants nous montrera que c’est bien de Henri d’Andeli qu’il s’agit. Roger étant encore chantre le 21 septembre 1207, et l'archevêque Gautier étant mort le 16 novembre de la même année, il en résulte que ce fut entre ces deux dates que Henri d’Andeli fut investi de cette importante fonction. (1) Sassetot-le-Malgardé, Seine-Inf., arr. de Dieppe, cant. de Bacqueville. (2) Cette charte, publiée par M. Bonnin (Cartulaire de Louviers, t. I, p. 153), se trouve dans le Cartulaire du chapitre de Rouen, sous le n° 269, f. 141 vo à 142 ro. Une copie existe aux Archives de la Seine-Inf., F. du chapitre de Rouen, liasse relative à Sassetot-le-Malgardé. (3) C'est bien, comme on le voit, la charte indiquée par D. Pom- meraye. — Cart. du chapitre, n° 217, f. 121, et Archives de la Seine-Inf., F. du chapitre. INTRODUCTION XV En 1208, Henri, chantre de l’église de Rouen, et Robert, prieur du Mont-aux-Lépreux (1), « ÆZ., cantor Rothomagensis et R., prior de Monte Leprosorum », juges arbitres désignés par le saint-siège , rendent leur sentence sur la contestation existant entre l'abbé et les religieux de Saint-Taurin et les frères Robert et Thomas, clercs de Louviers, à l’occasion du droit de présentation à l’église de Louviers (2). Henri est encore mentionné comme arbitre dans la lettre écrite, en 1210, par l'archevêque de Rouen, Robert Poulain, et le châtelain d’Arques, Guillaume de la Chapelle, au roi Philippe-Auguste, qui les avait chargés de procéder à une enquête sur le privilège de Saint-Romain : « Noverit excellentia vestra quod, juxta tenorem litterarum vestrarum quas nobis trans- misistis, convocavimus, coram nobis, apud sanctum Audoenum, in festo apostolorum Petri et Pauli proxime præterito, Henricum cantorem.....(3) » (1) Aujourd'hui le Mont-aux-Malades, commune du Mont-Saint- Aignan, près Rouen. (2) Bonnin, Cartulaire de Louviers, sous le n° cxx1. Cet acte est extrait du grand Cartulaire de Saint-Taurin, f. 221 ro, aux Archives de l'Eure. (3) Cette lettre a été publiée par M. Floquet dans son Histoire du privilège de Saint-Romain, t. II, p. 601, aux pièces justifi- catives, d'après un ms. de la Bibl. nat., qui la déclare contenue dans le Cartulaire du chapitre de Rouen; elle s'y trouve en effet, sous le n° 225, f. 126 ro. Le Cartulaire ne donne pas la date; XVI INTRODUCTION Henricus cantor est encore mentionné dans une charte datée du 3 des nones de septembre 1215 (Ar- chives de la Seine-Inf., F. de Saint-Amand). En 1218, le 7 des calendes de juin (26 mai), le doyen et le chapitre de l’église de Rouen donnent, par un chirographe, à Henri d’Andeli, chantre et chanoine, H. de Andel. cantori et canonico nostro, six livres de revenu annuel sur l’église de Brachy, « in ecclesia nostra de Braci »; ces six livres seront reçues, tant que ledit chanoine vivra, par les mains de deux cha- noines, à savoir : par maître Herbert d’'Andeli et par Guillaume de Saint-Paul, « per magistrum Herbertum de Andel. et per Guilielmum de S. Paulo (1) ». Herbert étant, dans cette pièce, désigné en toutes lettres, il n’est pas douteux que l’initiale H. représente Henri d’Andeli. D’après D. Pommeraye, Henri n’était plus chantre en 1220. « Robert de Saint-Nicholas, dit-il, se trouve avoir exercé cette charge en divers endroits depuis l'an 1220 jusqu’à 1225, au mois de juillet (2). » celle de 1210 8e lit dans le ms. cité par M. Floquet. La pièce conservée aux Archives de la Seine-lnf. (F. du chapitre, pièces relatives au privilège de Saint-Romain) porte la date de 1209. (1) Archives de la Seine-Inf. : communiqué par M. Ch. de Beau- repaire. Je dois en outre à l'inépuisable obligeance du savant ar- chiviste de la Seine-Inférieure toutes les mentions tirées des pièces contenues dans le dépôt dont il a la garde. (2) Hist. de la cath. de Rouen, 1. cit. INTRODUCTION XVII Le Cartulaire de Louviers, déjà cité, contient en effet (t. I, p. 182) une charte par laquelle nous voyons que Robert était chantre en novembre 1223, et ce même Robert est désigné comme chantre en 1225, dans le Cartulaire du chapitre de Rouen, sous le n° 327, f. 164 r°. Il résulte donc des renseignements que j'ai pu recueillir que cet Henri d'Andeli fut chanoine au plus tard en 1198, qu’il obtint la dignité de chantre en 1207 et qu’il ne remplissait plus cette fonction en 1220 ou tout au moins en 1223. Avant d'en rien conclure sur l'identification proposée entre le chanoine et le trouvère, examinons d’abord les raisons qu’on a données à l'appui. L'abbé de La Rue, qui l’a mise en avant, se borne à l’affirmer en se fondant seulement sur la similitude de nom, et cette assimilation est admise par tous ceux qui se sont occupés, après lui, de notre trouvère. E.-H. Langlois accepte l'opinion de son devancier, sans le nommer et en laissant croire qu'il est arrivé à cette identification par ses recherches personnelles (1). Il la soutient par deux raisons : « D'abord, dit-il, je considère l'identité de temps, de nom et de surnom, et le peu d'importance de ia patrie du chantre et du (1) Un passage de la notice de M. F. Vautier sur l'abbé de La Rue, dans les Nouveaux Essais historiques sur la ville de Caen, etc.,t. I, p. xlvij., fait comprendre pourquoi Langlois a jugé à propos de ne rien dire. J XVIII INTRODUCTION rimeur, dont la faible population, surtout à une époque encore demi-barbare, ne pouvait que par un bien sin- gulier hasard produire deux contemporains homo- nymes, l’un et l’autre d’un mérite remarquable (1). » Il est permis de dire que cet argument est plus spécieux que concluant. « Mais, continue-t-il, j'établis mon opinion sur une base plus solide encore : c’est la chasteté d'expression qui règne dansles écrits de notre poète, réserve sur laquelle il a soin d’appeler lui- même l'attention du lecteur (2). » Cette chasteté d'expression a frappé en effet tous ceux qui, jusqu’à présent, se sont occupés de notre trouvère. M, P. Meyer remarque que ses œuvres, « sans avoir toute la gravité des écrits d’un autre chanoine normand plus célèbre, Wace, ne présentent cependant rien qui n'ait pu être pensé et dit par une personne engagée dans les ordres (3). » Et cependant, bien qu’il constate que, dans le Dit du chancelier Philippe, Henri d’Andeli prend la qualification de clerc (v. 251), ce qui semble venir à l’appui de l'identification, la sureté de son esprit critique le garde d’une affirmation absolue; il se borne à juger très probable que le chanoine et le poète sont un seul et même personnage. Et, en effet, si la (1) Stalles de la cathédrale de Rouen, p. 175. (2) Deux mots, tout au plus, dans les ouvrages de notre trou- vère, pourraient choquer la délicatesse moderne , mais ils pouvaient n'avoir rien de malséant à l'époque où il écrivait. (3) Romania, n°2, avril 1872, p. 191. INTRODUCTION XIX décence qu’on remarque dans le style des pièces en question, autorise à admettre qu’un chanoine ait pu les écrire, elle ne donne pas le droit de conclure qu’il ait dé les écrire. Si, dans certains fabliaux, nous voyons la licence portée, dans le choix du sujet et dans l'expression, jusqu’à ses dernières limites, quelques autres, en revanche, composés par des trounvères laïques, gardent la plus stricte convenance, et n’offrent jamais rien qui puisse blesser la délicatesse la plus scrupuleuse. | On peut établir par un argument décisif que le trou- vère et le chanoine ont été deux personnages différents. Le Dit du chancelier Philippe a été composé au plus tôt en 1237, puisque ce personnage est mort le 26 dé- cembre 1236; Henri d’Andeli prend soin de fixer lui- même cette date : Qui de sa mort veut savoir terme M. et CC. et XXXVI Joigne ensemble, et tot issis De sa mort saura vérité, L'andemain de Nativité. (V. 246-250.) J'ai prouvé plus haut que le chanoine de même nom, nommé chantre en 1207, ne l'était plus, soit en 1220, comme l’affirme D. Pommeraye, soit en 1223, ainsi que l’atteste le Cartulaire de Louviers. Or, la dignité de chantre, qui était une des plus considérables du chapitre, ne cessait qu’avec la vie, ou n'était quittée XX INTRODUCTION que pour revétir une dignité plus haute. Puisqu'il n’était pluschantre en 1220, puisque aucun acte posté- rieur à cette époque ne fait mention de lui, que devons-nous conclure, sinon qu'il était mort (1) ? Chanoiïine dès 1198 au plus tard, il devaitêtre en 1220 assez avancé en âge, et c'était sans doute par considé- ration pour ses longs services, pour ses infirmités peut-être, que le chapitre de la cathédrale lui avait constitué une rente annuelle de six livres. Si le système soutenu par l’abbé de La Rue et par E.-H. Langlois doit être désormais rejcté, si le trou- vére et le chanoine ne sont évidemment pas un mème personnage, il est une autre identification que l’on peut proposer, au moins comme très probable. Dansle Reges- trum Visitationum de l'archevêque de Rouen Eude Rigaud, ouvrage d’un si haut intérêt pour l’histoire de la Normandie et la connaissance des mœurs ecclésias- tiques à cette époque du moyen âge, on lit, p. 334 de l'édition donnée par M. Bonnin, le passage suivant, sous la date du 13 des calendes d'avril (20 mars) ee ” « Ipsa die, confessus fuit magister Hugo, qui se gere- (1) Si l'on ne connaît point l'année précise de sa mort, on peut en fixer le jour et le mois, car c'est bien à lui que paraît s'ap- pliquer ce passage d'un obituaire de l'église de Rouen, écrit en 1329 (Bibl. nat. ms. 1. 5196, anc. 4229 1, Baluze 136) : 10 Nov..... Henricus, cantor Rothomagensis. — Publié par M. L. Delisle, dansle t. XXIII des Historiens des Gaules et de la France, p. 369. INTRODUCTION XXI bat pro rectore ecclesie de Barvilla, se ratam habere resignationem quam fecerat nobis, apud Gisetium, de ecclesia supradicta, secundum quod in littera super hoc confecta, sigilloque suo sigillata, continetur. Presentibus : fratre Adam Rigaudi, magistro Johanne Noyntello, canonico Rothomagensi, Evrardo, canonico Noviomensi, magistro Gervasio et Zenrico de Ande- liaco, clericis nostris ». | Il y avait donc, en 1259, un clerc du nom de Henri d’Andeli (1) attaché à la personne d’Eude Rigaud, et la date, ainsi que la qualification, s’accorde avec ce que nous savons de notre trouvère. Le Dit du chancelier Philippe a, en effet, été composé au plus tôt en 1237, et le poète lui-même nous fait connaître dans cette pièce (v. 251) qu’il était clerc : Et icil clers qui ce trova ..... Toutefois, en l’absence d’autres preuves, je ne don- nerai pas cette identification comme certaine. Une (1) Un Henri, sans autre désignation, qu'Eude Rigaud appelle notre clerc, figure dans le même ouvrage, p. 14, au 7 des ides de décembre (7 décembre) 1248, et p. 439 au 15 des calendes de septembre (18 août) 1262. Peut-être est-ce le même? Je trouve en- core p. 568, au 5 des ides de février (9 février) es un Henricus elemosinarius noster, faisant partie des six chanoines du chapitre d'Andeli, mais sans résider. Le clerc d'Eude Rigaud pourrait bien être devenu son aumônier, et avoir été pourvu par lui d'un canonicat dans sa ville natale; mais ce ne sont là, bien entendu, que des conjectures. XXII INTRODUCTION considération m'’arrête : l'étude attentive des œuvres du trouvère me semble montrer qu’il dut passer à Paris une bonne partie de sa vie. M. P. Meyer (1) a remar- qué le premier qu'il ne laisse paraitre aucune trace du dialecte de son pays et que sa langue est du pur fran- çais. La vivacité et la sincérité des regrets que lui inspire la mort du chancelier Philippe, semble attester une liaison intime et longue, une fréquentation assidue. La précision de certains détails qu’on lit dans la Bataille des VII Ars, ne peut s'expliquer, à mon sens, que par un long séjour dans le grand centre des études, dans cette université de Paris, alors si floris- sante. Peut-être, en sa qualité de clerc, fut-il attaché à la personne du chancelier (2); peut-être enseigna-t-il (1) Romania, n° 2, avril 1872, p. 204. (2) Ceci ne pourrait-il pas être induit particulièrement des vers 239-242 du Dit du Chancelier. Après avoir rappelé, détail bien précis, que ce fut le chancelier qui, les jours qui précédèrent Noël, commença les grandes antiennes, Et bien et bel commença l'o, Loquens 0 o, clavis David. Henri d'Andeli ajoute : & au quint jor nos fu ravid. Il me semble qu'il ne faut pas ici prendre ce nos au sens général et banal, mais qu'il désigne les personnes qui étaient de l'intimité du chancelier. Je ne suis pas éloigné de croire que c'est à lui- même que le poète fait allusion dars les vers 25-26 : Un suen privé clerc apela, Son pensé pas ne li cela. INTRODUCTION XXIII dans ces écoles du chapitre, placées sous la surveillance de Philippe, et qui n’avaient pas subi l'invasion de la dialectique autant que les écoles indépendantes de l'évêque de Paris, l'autorité ecclésiastique n'ayant accepté qu’à la longue et après bien des résistances des méthodes et des doctrines qui lui semblaient suspectes. Ceci expliquerait la préférence de Henri d’Andeli pour les études de grammaire. S'il en était ainsi, on pourrait supposer qu'Eude Rigaud, qui, n'étant encore que franciscain, s'était acquis à Paris une haute réputa- tion par ses leçons et ses prédications, aurait connu dans cette ville Henri d’Andeli, et que, lorsqu'il prit possession de l’archevèché de Rouen, il l'aurait attaché _ à sa personne.en raison de son mérite et de sa qualité de clerc normand. Mais laissons de côté ces conjectures et cherchons à établir ce qui peut être légitimement affirmé de notre trouvère. Il est normand; son nom le prouve suffisam- ment. Mais le titre d’'Andeli désigne-t-il simplement le Lieu où il est né et ne sert-il qu’à le distinguer de ses contemporains, qui comme lui s’appelaient Henri, ou bien devons-nous en conclure qu’il appartenait à cette famille dont un membre prit part, avec Guillaume le Bâtard, à la conquête de l’Angleterre, et dont un autre, possesseur de fiefs dans le pays de Caux à Hermanville et à Calleville, fut nommé vers la fin du xrr° siècle chà- telain de Lavardin par le roi d'Angleterre , Jean sans Terre, à cette famille enfin qui nous a donné un autre XXIV INTRODUCTION poète dans la personne de Roger d’Andeli {1}? Lechaudé d’Anisy (2), qui adopte comme tant d’autres le système de l’abbé de La Rue, penche pour cette dernière hypo- thèse ; il va même jusqu'à dire que Henri et Roger d’Andeli étaient probablement frères ou parents. Avouons tout simplement que nous n’en savons rien. Henri d’Andeli est clerc, nous l'apprenons de lui- même ; on eût pu le conjecturer d'ailleurs à la réserve tout ecclésiastique avec laquelle, lui, le partisan déclaré des anciens, il apprécie leurs ouvrages : Lor chastiaus fust bien deffensables, S'il ne fust si garnis de fables Qu'il ajoingnent lor vanitez Par lor biaus mos en veritez. (3) Pareille réserve ne serait guère venue à l'esprit d’un trouvère laïque. Il est très instruit, sa Bataille des VIT Ars abonde en détails curieux et précis sur les écoles du temps, sur les maîtres qui y professaient, sur les auteurs qu'on y étudiait; il se montre partisan convaincu des études littéraires et poursuit de ses (1) Je ferai connaître, en publiant les chansons de Roger d’An- deli, ce que j'ai pu trouver sur cette famille. (2) Recherches sur le Domesday ou Liber censualis d'Angle- terre, etc., par MM. Lechaudé d'Anisy et de Sainte-Marie, 1842, p. 150-151. (3) Bataille des VII Ars, v. 254-251. INTRODUCTION XXV railleries les logiciens et leurs vaines subtilités. Il n'aime pas davantage les sciences etles arts nouveaux, la médecine, la chirurgie, le droit, dont la vogue venait mettre en grand péril ses chères écoles de grammaire et l’étude de la bone ancienetez. Les médecins et les chirurgiens sont pour lui des charlatans qui ne cherchent qu’à tromper le public pour s'enrichir et bâtir à Paris de granz mesons avec l’argent qu'ils retirent de leurs poisons. Peut-être ce sévère juge- ment, que Molière n’eût pas désavoué, lui est-il, après tout, inspiré par un sentiment de rancune personnelle ; ils n’ont pas su guérir une maladie d’yeux dont il est affecté : Je les tenisse por moult preus S'il m'eüssent gari des iex..., (1). Maladie qui pourrait bien provenir d’un usage un peu trop fréquent du bon vin de Saint-Jean-d'Angély, qui dist a Henri d'Andeli Qu'il li avoit crevé les iex Par sa force, tant estoit prex (2). 11 n’épargne pas plus que les médecins et les chirur- giens, ces rhéteurs lombards, Que Rectorique ot amenez. Dars ont de langues empanez (1) Bataille des VII Ars, v. 124-125. (2) Bataille des Vins, v. 125-126. XX VI INTRODUCTION Por percier les cuers des gens nices Qui vienent jouster a lor lices (1). et ces avocatiaus, Qui de lor langues font batiaus Por avoir l’avoir aus vilains Que tout li pais en est plains (2). Enfin, ce qui fait l'éloge de son esprit et de son cœur, il est l'ennemi de toute vilonie (3); il a des larmes sincères pour les amis qu'il a perdus (4). Voilà à quoi se réduit ce que nous savons sur Henri d’Andeli. C'est peu sans doute; mais faut-il bien s'étonner qu’on n'ait sur lui d’autres renseignements que quelques inductions tirées de ses ouvrages ? N’est- ce pas le sort commun à tous les trouvères? Que sau- rait-on de ses contemporains, de Rutebeuf, d'Adam de la Halle et de tant d’autres, si le penchant heureux pour notre curiosité, que les poètes ont à parler d’eux- mêmes, ne les eût amenés à donner quelques détailssur leur vie. Les chroniqueurs, tout occupés à raconter les gestes des rois et des seigneurs, les tournois et les ba- tailles, avaient en vérité bien le temps de songer à ces trouvères perdus dans la foule des vilains et bons (1) Bataille des VII Ars, v. 69-72. (2) Ibid., v. 369-971. | (3) Li Lais d'Aristote, v. 1-59. (4) Le Dit du chancelier Philippe. INTRODUCTION XXVII seulement à amuser les grands. Leur nom, voilà d’or- dinaire ce que l’on connaît d’eux; heureux encore, quand ils ont songé à le donner dans leurs ouvrages ; car ces premiers âges de notre poésie fourmillent de poèmes anonymes, qu’on ne sait à qui attribuer. Il'en est peut-être parmi eux qui appartiennent à notre trou- vère, qui aurait négligé de s’y nommer; mais qui le saura jamais ? Quoi qu’il en soit, le Lai d’Aristote, la Bataille des Vins, le Dit du chancelier Philippe, la Bataille des VII Arts, suffisent bien à la gloire de l’humble clerc, de l’aimable poète qui oubliait sans doute les ennuis et les fatigues d’une vie consacrée à de plus austères travaux par la composition de ces pièces gracieuses et légères. , «1. - À Ps if4 LT A TE 288. — Lt . = cr 4, SE 0 Le Re {8x di À sit T 1 (X£ 236 m3 PPT RTS LES “a nca lies * 7 Ai, XXVIII INTRODUCTION Il LE LAI D'ARISTOTE De tous les fabliaux que nous devons au xui° siècle, il n’en est peut-être pas un qui soit plus connu et mieux apprécié que le Lai d’Aristote ; il est donc su- Fhdssaud LP perflu d’en présenter l'analyse, déjà faite bien des fois et qui ne saurait rendre d’ailleurs la grâce délicate et légère de ce petit poème si habilement composé. Il ne porte pas le même titre dans les quatre manus- crits qui nous l'ont conservé et qui tous appartiennent à la Bibliothèque nationale, où ils sont classés dans le fonds francais sous les n° 837, 1593, 19152 et 1104 (nouv. acq. fr.). Le manuscrit 837 l’intitule Li Lais d’'Aristote ; ce titre est, il est vrai, écrit, comme celui de tous les fabliaux que ce manuscrit renferme, par une autre main que celle du copiste; mais, à la fin du Dee CAM L F1 de pre poëme, on lit, et cette fois de la main du copiste : Ex- plicit li Lais d’Aristote. Le ms. 1593 l'intitule Aristote et lui donne pour souscription : Explicit d’Aristotes. Le ms. 19152 l’intitule d’Alixandre et d’Aristote, et le termine par cette souscription : Explicit d’Aristote et d’Alixandre. Enfin, le ms. 1104 des Nouvelles ac- quisitions du Fonds français porte en tête du poème : INTRODUCTION XXIX C’est le Lay d'Aristote, et en rappel au bas du folio : Li Lays d’Aristote. I] n’y a pas d'explicit. Le poème dont il s’agit ici n’est pas un lai au sens exact du mot. Dans la notice qui précède le Lai de l’Epervier, M. Gaston Paris fait la remarque suivante: « Tous les véritables Lais (je parle ici des lais narratifs en rimes plates) étaient pour ainsi dire le livret d’une mélodie bretonne connue. Les jongleurs bretons parcou- raient la France au xn‘ siècle, exécutant sur la harpe ou la rote des compositions musicales qui avaient le plus grand succès, bien qu’on ne comprit pas le sens des paroles dont ils les accompagnaient. Des poètes fran- çais et surtout normands, qui, comme Marie de France, savaient le breton, eurent l’idée de raconter, dans la forme habituelle des narrations rimées, le sujet des lais les plus célèbres. Il se forma ainsi un genre de poésie particulier, qui fit donner le nom de lai à des compositions analogues où les Bretons n'é- taient pour rien, comme le lai d’Aristote et le lai de l'Oiselet (1) ». Ce n’est pas seulement dans les poèmes que contient le ms. 1104 (nouv. acq. fr.) sous le titre général de Lays de Bretagne, que le terme de lai est appliqué au récit d'aventures dont les héros ne sont pas Bretons ; on lit dans le joli fabliau du Vair Palefroi dont la scène est en Champagne : (1) Le lai de l'Epervier. — Romania, n° 25, janvier 1878, p. 1-2. XXX INTRODUCTION En ce lay du Vair Pal.froi Orrez le sens Huon Leroy Auques regnablement descendre (1), ce qui prouve que l’acception du mot /ai était plus étendue au xur° siècle qu’au xu°et autorise suffisamment à conserver au fabliau de Henri d'Andeli le titre de lai, que lui donnent d’ailleurs deux manuscrits. Il serait intéressant de retrouver l’origine et le thème primitif de cette aventure, dans laquelle le trou- vère nous montre Aristote cédant à la puissance de l’amour et se soumettant, tout grave et tout vieux qu’il est, à l'épreuve plaisante que lui impose la maitresse d'Alexandre. Dans les notes qu’il a placées à la suite de son imi- tation du Lai d’Aristote, Legrand d’Aussy nous dit: « Ce conte est vraisemblablement un de ceux que les fabliers avoient pris des Arabes. On le trouve dans les Mélanges de littérature orientale, t. I, p. 16, sous le titre du Visir sellé et bridé. Toute la différence, c’est qu'ici les personnages sont un sultan, son ministre et une odalisque (2). » | Voici le fond de l’anecdote racontée dans ce recueil pardeCardonne, d’après l’auteur arabe Adjaebel Measer: (1) M. À. de Montaiglon : Recueil général et complet des fabliaux des XIIIe et XI Vesiècles, 1872, t. 1, p. 25. (2) Fabliaux ou contes. du XIIe et du XIIIe siècle, éd. Renouard, 1829, t. I, p. 279. INTRODUCTION XXXI Un jeune sultan oubliait le soin de ses Etats au milieu des délices de son sérail où il avait rassemblé les plus belles esclaves de l’Asie ; mais cédant aux reproches de son visir, il ne leur faisait plus que de rares visites. Un jour, touché de leurs larmes, il leur avoue qu’il ne s’est éloigné d’elles que par les conseils de son ministre. Uns esclave, plus hardie que les autres, se vante de triompher bientôt du visir. « Envoyez-moi à ce triste censeur, dit-elle ; je veux devenir son esclave, et j’as- sure que cette esclave sera bientôt sa maîtresse. » Le sultan y consent, et l’odalisque, déployant auprès du visir toutes les ruses de la coquetterie, ne tarde pas à le subjuguer; mais elle ne veut céder à son amour qu’à la condition que lui-même obéira pour un jour à ses caprices. Elle fait cacher le sultan dans son appar- tement et ordonne d'apporter une bride et une selle : « Il faut, dit-elle au visir, que vous fassiez usage de cette selle et que vous souffriez que je monte sur votre dos. » Le vieillard se soumet à l'épreuve, et le sultan sort tout à coup de l’endroit où il s'était caché.« Ah! ah! grave censeur, s’écrie-t-il, vous êtes bien fol pour un moraliste si austère. — Prince, répond le ministre sans se déconcerter, c’est parce que je connaissais tous les caprices de ce sexe dangereux que j'exhortais votre ma- jesté à ne pas s’y livrer ; mes lecons doivent faire plus d'impression sur votre esprit depuis que j'ai joint l'exemple au précepte; cette métamorphose bizarre vous apprend combien l’amour est à fuir. » XXXII INTRODUCTION On le voit, la ressemblance entre les deux récits est frappante ; mais si tout autorise à croire que cette anec- dote est parvenue à Henri d’Andeli par l'intermédiaire des Arabes, il ne faudrait pas se hâter de conclure que ceux-ci en sont les inventeurs. M. Gaston Paris {1} a établi qu’on a eu tort d’attri- buer pendant longtemps aux Turcs, aux Arabes et aux Persans, la création de ce qu’ils ont simplement trans- mis. La plupart des contes orientaux qui se sont répan- dus dans les littératures occidentales viennent de livres bouddhiques; mais leurs auteurs indiens les ont souvent empruntés à la Grèce, à l’Assyrie, à l'Egypte, à l'Asie Mineure. « Au delà même de ces relations déjà si an- tiques, nous ne pouvons oublier, ajoute-t-1l, que les Indiens et les peuples dominants de l’Europe font par- tie d’une même race, ont été originairement une seule nation; pendant des siécles, ils ont parlé la même langue, mené la même vie, adoré les mêmes dieux, et peut-être déjà chanté les mêmes chants et répété les mêmes contes. De ce patrimoine commun, quelques restes ne se sont-ils pas conservés dans la littérature de l'Inde, pour revenir de là, bien des siècles après, dans celle de peuples qui les avaient complètement laissé perdre (2)? » (1) Les contes orientaux dans la littérature française du moyen âge. — Revue littéraire, 4e année, n° 43, 24 avril 18%, p. 1011, col. 2. (2) Ibid., p. 1013, col. 1. INTRODUCTION XXXIII Il se peut que le sujet qui nous occupe remonte à une très ancienne origine ; il touche à des faiblesses aussi vieilles que le monde, et l'on a dû de bonne heure consacrer maint récit à une passion qui triomphe sans peine des plus rebelles. L’anecdote transmise d'âge en âge aura conservé sa trame, tout en chan- geant de personnages. Il est à croire que Henri d'Andeli aura choisi lui-même pour héros de cette aventure Alexandre et Aristote, en raison de la haute estime où l’un d’eux était dans les romans de chevalerieet l’autre dans les écoles; car, si les anciens la leur avaient at- tribuée, les auteurs qui nous ont transmis tant de fables sur Alexandre n'auraient certes pas oublié un des meilleurs récits auxquels il aurait donné lieu. Mais laissons de côté cette question d'origine et recherchons les diverses imitations qui ont êté faites du Lai d’Aristote. La plus ancienne peut-être est celle que nous voyons figurée sur une des faces d’un dyptique en ivoire qu'on attribue au xm:* siècle et dont le P. Montfaucon a donné le dessin dans son Antiquité expliquée (1). Cette face est partagée dans sa hauteur en deux comparti- ments ; dans la partie inférieure, la jeune Indienne, en pure sa chemise, cueille des fleurs et tourne coquette- ment la tête du côté du philosophe qui, coiffé d'un bonnet de docteur, la regarde avec admiration par la (1) T. IT, 2e partie, p. 356, pl. 194. LE XXXIV INTRODUCTION fenêtre ouverte de son cabinet d'étude. Dans la partie supérieure, la jeune fille est représentée dans le même costume, chevauchant Aristote ; de la main droite, elle tient un fouet, et, de la gauche, la bride dont le mors est passé dans la bouche de son étrange monture. Alexandre, ayant derrière lui Ephestion sans doute, contemple la scène du haut d’une tour carrée. Aristote tourne la tête, soit pour admirer la jeune Indienne, soit parce qu'il a entendu la voix d'Alexandre. Ses bras se terminent par des pattes armées de griffes, et son corps par une large queue, simple fantaisie de l'artiste, à moins qu’on n’y veuille voir l'intention de montrer que la passion bestialise l’homme et l’abaisse au niveau de la brute (1). On ne rencontre que sur ce dyptique deux scènes empruntées au Lai d’Aristote; partout ailleurs, c’est la seconde qui seule est figurée. Nous la trouvons reproduite, dans l’église Saint- Pierre de Caen, sur le chapiteau d’un des derniers pi- liers du côté gauche de la nef, avec d’autres sujets em- pruntés également aux fabliaux et aux romans de chevalerie. L'abbé de La Rue en a donné le dessin dans ses Essais historiques sur la ville de Caen (2). La tête du philosophe est fruste ; la jeune fille, dont le corsage échancré laisse la gorge et les épaules large- (1) E.-H. Langlois : Stalles de la cathédrale de Rouen, 1838, p. 172. $ (2) T. I, p. 97. INTRODUCTION ZXXV ment découvertes, tient la bride de la main gauche; l’avant-bras et la main droite qui tenait le fouet ont disparu, mais le fouet composé de trois lanières est encore visible. Aristote est revêtu d’une longue robe flottante (1). Cette sculpture appartient à la fin du xu* siècle ou au commencement du xtv°. La façade de l'église Saint-Jean de Lyon nous offre encore le même sujet que M. de Guilhermy a décrit et reproduit dans son article sur les Fabliaux représentés dans les églises (2). « De tous les bas-reliefs, dit-il. qui reproduisent le Lai d’Aristote, le plus gracieux sans contredit est celui qui se trouve à Lyon, au- dessous d’une riche console, sur cette admirable façade de l’église primatiale Saint-Jean, dont l’ornemen- tation présente un des plus singuliers assemblages de scènes sacrées et de sujets profanes. Ce relief date du xiv* siècle, mais il appartient à une époque plus avan- (1) La figure insérée dans l'ouvrage de l'abbé de La Rue repré- sente la jeune fille nue jusqu'à la ceinture, ce qui est inexact. M. de Caumont a donné aussi, mais avec quelques différences, le dessin de ce chapiteau dans son Abécédaire ou Rudiment d'archéologie, 2e édit., 1851, t. II, Architecture religieuse, p. 307. La pose de la jeune fille et du philosophe sont les mêmes; les parties qui manquent dans la figure donnée par l'abbé de La Rue sont ici visibles. La jeune fille a le pied droit passé dans l’étrier ; elle porte un corsage largement échancré; un collier orne 80n Cou. (2) Revue générale de l'architecture et des travaux publics, sous la direction de César Daly, 1840, col. 383-396. XXXVI INTRODUCTION cée que le chapiteau de l’église Saint-Pierre de Caen. L'artiste s'est inspiré avec une spirituelle finesse du dénoùment de notre fabliau; il a produit une petite merveille d'élégance et de naïveté. Sur un fonds de feuillages, qui reporte la scène au milieu du verger, Aristote, le corps vêtu d’une simple robe philosophale, le menton garni de la barbe épaisse, attribut obligé des maitres de sapience, la tête coiffte d’un bonnet de docteur garni de sa houppe, se traine péniblement sur les pieds et les mains. Un mors lui comprime la bouche, une selle lui couvre le dos ; la jeune damoiselle, sédui- sante de beauté, vêtue de pure chemise, est montée sur son palefroi ; un simple bandeau rattache ses longs cheveux. D'une main elle tient la bride et de l’autre un fouet à plusieurs cordes réunies, dont elle se sert avec malice pour hâter la marche embarrassée de sa grave montute. Dans les angles de l’encadrement, de petites figures semblent représenter Alexandre auprès de sa maitresse (1). » La même scène est également figurée sur la mi- séricorde d’une des stalles que la munificence du car- dinal Guillaume d’Estouteville fit établir dans le chœur de la cathédrale de Rouen, de 1457 à 1469. E.-H. Lan- glois en a donné le dessin (pl. 1, n° 9) et la description dans son curieux ouvrage sur les stalles de la cathé- drale de Rouen. « Cette stalle, dit-il, est la neuvième (1) Revue générale de l'architecture, etc., col. 393-394. INTRODUCTION XXXVII des hautes formes du côté du midi. Elle offre un sujet bizarre et peu connu... Cette sculpture représente un homme vieux et barbu se traïnant presque à plat ventre, et portant sur son dos une jeune femme assise. Celle-ci, coiffée du hennin, espèce de bonnet à deux cornes assez commun du temps de Charles VI, vêtue d’une robe longue et serrée, mais la gorge fort découverte, selon l’usage des courtisanes de la même époque, parait, dans cet équipage, chevaucher le vieillard et le con- duire au moyen d’une bride dont le mors est fixé dans la bouche de cette vénérable monture (1). » L'auteur, après avoir ajouté « qu’on a souvent cru voir, dans ce sujet reproduit dans quelques autres lieux, une allé- gorie de la patience ou plutôt de l’excessive bonhomie avec laquelle Socrate endurait les mauvais traitements de sa femme, l’acariâtre Xantippe », y reconnait l’inspi- ration du Lai d’Aristote et donne de ce fabliau une des meilleures analyses qu’on en ait encore faites (2). La miséricorde du chœur de la cathédrale de Rouen n’est pas le seul endroit de ce monument où nous voyions le grave pédagogue servant de palefroi à la maîtresse d'Alexandre. Un bas-relief du portail de la Calende, appartenant à peu près à la même époque, nous présente aussi cette curieuse scène. Notre confrère M. J. Adeline l’a reproduit dans ses Sculptures gro- (1) E.-H. Langlois, op. cit., p. 161-163. (2) Zbid., p. 164-171. XXXVUI INTRODUCTION tesques et symboliques (1), avec le dessin de la miséri- corde déjà donné par Langlois. « Ce bas-relief, dit-il, d’une très belle exécution... est placé à la base d'une statue ; sa composition est bien plus conforme au récit du poète, car sur les stalles, la selle et le mors ne sont pas caractérisés comme sur celui que nous reprodui- Sons. » Enfin, sous le règne de Louis XII, l'artiste qui sculpta les pilastres de la chapelle épiscopale du ch4- teau de Gaillon, élevé par le cardinal Georges d’Am- boise, représenta l'aventure d’Aristote dans un mé- daillon d’un des pilastres qui ornent aujourd’hui une des cours du palais des Beaux-Arts, à Paris. « Le tra- vail de ces sculptures, dit M. de Guilhermy,a beaucoup de finesse; mais les formes en sont un peu sèches et incorrectes. Les dessins que nous publions de cette œuvre et de la console de Lyon permettent d'établir entre les deux reliefs une facile comparaison, dont le résultat est à l'avantage de l'artiste lyonnais. Le mé- daillon tiré du château de Georges d’'Amboise n’en est pas moins précieux comme témoignage de la vogue ac- quise encore après tant de siècles au lai du poète nor- mand. Le sculpteur de Gaillon a fidèlement suivi le texte de son compatriote. La damoiselle, vêtue d’une simple chemise, laisse flotter sur ses épaules des longs cheveux que nul lien ne comprime. Elle vient d’en- (1) PI. 39, et p. 73-78 et 206-210. INTRODUCTION XXXIX fourcher, en vrai cavalier, le dos du philosophe; d’une main elle tient la bride, de l’autre elle fait à sa mon- ture un geste impératif. Aristote, dont les traits sont dépourvus d'expression, porte pour vêtement la longue robe fourrée des docteurs de l’Université {1). » Ce n’est pas seulement sur les monuments publics que la fantaisie des artistes du moyen âge se plut à reproduire la scène piquante du Lai d’Aristote; des objets destinés à la vie privée, de simples ustensiles viennent encore nous attester combien fut grande la vogue dont jouit autrefois l’œuvre de Henri d’Andeli. A la dernière exposition (Paris, 1880) des beaux-arts appliqués à l’industrie, exposition consacrée spéciale- ment au métal, figuraient deux aquamaniles (2) en cuivre jaune, fabriqués au xiv* siècle, et représentant la jeune Indienne chevauchant Aristote. L'un d'eux, offrant dans sa facture une certaine raideur, montre le philosophe se trainant a quatre piez, a chatonant, selon l’expression du poète, un mors dans la bouche, la tête entourée d’un cercle qui retient ses longs che- _ veux plats, le visage sans barbe comme celui d’un simple clerc. La tète de la jeune fille est surmontée d’un bonnet assez semblable à un chapeau chinois, qui servait de couvercle et que l’on retirait pour intro- (1) Revue générale de l'architecture, etc., col. 395-3%. (2) Sur cet objet, voir Viollet-le-Duc, Dict. du mobilier fran- çais, t. Il; Ustensiles, au mot Aiguiére. XL | INTRODUCTION duire l’eau. L'autre a plus de mouvement et d’expres- sion : Aristote, représenté dans la même posture, est vêtu avec une certaine élégance; ses pieds sont chaussés de longs souliers à la poulaine, ses cheveux sont disposés en gros frisons séparés, ainsi que sa barbe qui tombe en pointes; pas de mors dans sa bouche. La courtisane, vêtue d’une robe à longues manches frangées, et dont le corsage échancré laisse voir sa gorge et ses épaules, tient le vieil Aristote par une boucle de ses cheveux et le conduit ainsi comme avec une bride (1). Telles sont les imitations que les 2maigiers du moyen âge ont faites de l’aimable fantaisie de notre vieux trouvère. Pas plus que celle du rimeur, leur hardiesse, et elle se permet en vérité de bien autres licences, n’a été arrêtée par le prestige du grave Aristote. Mais que le docte philosophe ne s’en offense pas; Virgile, le doux poëte, est aussi irrévéren- cieusement traité et ne subit pas une moins étrange métamorphose. Il devient un enchanteur qui, lui aussi, se laisse subjuguer par une femme ; sa science ne peut le préserver des piéges qu'elle lui tend; s’il en était autrement, nos naïfs et peu scrupuleux ancêtres (1) De ces deux aguamaniles exposés au palais de l'Industrie dans une des salles du premier étage, le premier, numéro 121, appartient à M. Spitzer; le second, sous le numéro 103, à M. Cha- brière = Arlès. Ils m'ont été signalés par notre collègue, M. F. Vallois. INTRODUCTION XLI auraient-ils pu imaginer la singulière punition qu'il inflige à celle qui avait os6 se jouer de lui {1). Il est surprenant de voir les sculpteurs du moyen âge et du début de la Renaissance s'inspirer plus d’une fois de la piquante aventure si finement racontée par Henri d’Andeli, et de n’en trouver presque aucune mention chez les écrivains de la même époque. En dehors du huitain que je reproduirai plus loin, le seul poète qui, à ma connaissance, y ait fait allusion, est (1) Il est à remarquer que l'aventure attribuée à Virgile et, avant lui, mise au compte du grave Hippocrate, est souvent figurée à côté de celle tirée du Lai d'Aristote. Elle se trouve sur l'autre face du dyptique reproduit par Montfaucon, et sur le chapiteau de l'église Saint-Pierre de Caen. Elle était repré- sentée également, dit E.-H. Langlois, sur la miséricorde d'une des deux stalles supprimées du temps du cardinal Cambacérès « pour placer la lourde chaire archiépiscopale qui se voit aujourd'hui. » A propos de Virgile et d'Aristote, on trouve dans un article de M. A. Duchalais : le Rat employé comme symbole dans la soupture du moyen âge (Bibl. de l'Ecole des chartes, 2 sé- rie, t. IV, p. 232), le passage suivant : « Deux ivoires conservés à la Bibliothèque royale (cabinet des médailles et antiques ) montrent que le Lai de Virgile et celui d’Aristote ne sont rien autre chose qu'un emprunt fait à l'histoire, ou plutôt à la fable de l'antiquité, pour prouver que de la femme viennent tous nos maux. En effet, ces deux plaques d'ivoire proviennent d'un même coffret, et l’une ornée d'une des deux légendes que je viens d'in- diquer, n'est que la paraphrase de l'autre, qui représente la ten- tation du démon dans le paradis terrestre et Adam mangeant la pomme qu'Ëve lui a présentée. » M. A. Duchalais ne dit pas si la légende représentée est celle de Virgile ou celle d’Aristote. 6 XLH INTRODUCTION Jean Le Fèvre, de Ressons-sur-Matz, qui, dans la seconde moitié du xiv° siècle, traduisit en vers fran- çais sous ce titre : le Livre de Mathéolus, le poème latin aujourd’hui perdu, dans lequel, une cinquantaine d'années auparavant, Mathéolus ou maistre Mathieu, comme l'appelle Le Fèvre, s'était peu galamment vengé sur tout le sexe féminin des ennuis et des tourments dont l’accablait la seconde femme qu'il avait épousée. Dans ce poème curieux, quoique un peu monotone, où le malheurcux bigame se répand en plaintes intarissables sur la malignité des femmes, l'aventure d’Aristote est rappelée en ces termes (1): Femmes sçavent plus d'une note. Que prouffita à Aristote Peri ermenias, elenches, Devisées en plusieurs branches, Priores, posteres et logique Ne science mathematique ? Car la femme tout surmonta Adonc que par dessus monta Et vainquit des maistres le maistre : Au chief luy mist frain et chevestre; Mené il fut à silogisme, A barbarisme et à risisme ; Son cheval en fist la moynesse Et le poingnoit com une asnesse. (1) Le livre de Mathéolus, poème français du xive siècle, par Jean Lefèvre; Bruxelles, 1846. Livre ler, v. 1101-1114. INTRODUCTION ZXLIII Un ms. du xv° siècle, appartenant à la Bibliothèque d'Épinal (1}, contient (f. 162 ro) le huitain suivant, dont l’auteur inconnu cite Aristote parmi les sept sages que leur prudence ne put mettre à l’abri des ruses de la femme : Per femme fut Adam dessus, Et Virgille mosquez en fut, Ypocrasse en fut enerbez, Ssansson le fort deshonorez, Davit an fit fault jugemant, Et Sallemon fault testamant, Femme chevalchat Aristote : Il n'est rien que femme n'aisotte! On lit ensuite : « Et s’est la manierre commant Îlé . VE . Saige furent dessus per femme. » Dans le xv° siècle, vers l’époque même où les Auchiers et imaigiers de la cathédrale de Rouen sculptaient sur une miséricorde du chœur et sur le portail de la Calende le sujet tiré du Lai d’Aristote, un grave per- sonnage, qui depuis fut pape sous le nom de Pie Il, Ænéas Silvius Piccolomini, alors secrétaire de l’em- pereur Frédéric IIT, rappelait l’aventure d’Aristote et celle de Virgile, dans son roman d’Euryale et de Lu- crèce, qui fait l’objet de sa 114° lettre datée de Vienne, (1) M. F. Bonnardot, Notice du manuscrit 189 de la Bi- bliothèque d'Épinal, etc., dans le Bulletin de la Société des anciens textes français, 1876, nos 2 à 4, p. 64-132, ZLIV INTRODUCTION le 5 des nones de juillet 1444 (1). Euryale, dévoré par l'amour qu'il ressent pour Lucrèce, essaie d’abord d'y résister ; il succombe enfin et s’écrie : « Incassum, mi- ser, amori repugno. Num me licebit quod Julium licuit, quod Alexandrum, quod Annibalem f Sed quid viros ar- matos refero ? Aspice poetas, Virgilius per funem trac- tus ad mediam turrim pependit, dum se mulierculæ sperat usurum amplexibus : excuset quis poetam ut laxioris vitæ cultorem. Quid de philosophis dicemus, disciplinarum magistris et artis bene vivendi præcep- toribus? Aristotelem tanquam equum mulier ascendit, freno coercuit et calcaribus pupugit..….. (2) » Æneas Silvius trouva-t-il à Vienne le souvenir de cette légende ou l’apporta-t-il d'Italie ? Je ne saurais le dire. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne l’oublia pas à Vienne, comme le témoigne le passage suivant de Legrand d’Aussy : (1) Æneæ Sylvit Piccolomini.…. opera, Basileæ, 1551, in-f. — Historia de Eurialo et Lucretia se anantibus, epist. ext, p. 623. (2) Tbid., p. 627. — Le roman d'Æneas Silvius eut un grand succès; il a été imprimé plusieurs fois au xve siècle. Une traduc- tion en vers français, imprimée par Vérard avant 1500 et dédiée à Charles VIII, est attribuée à ‘Octavien de Saint-Gelais; une seconde eut pour auteur maistre Anthitus, chapellain de la sainte chapelle aux ducs de Bourgogne, qui la fit à La priére et requeste des dames; on cite encore d'autres versions fran- çaises. Cet ouvrage a été traduit également en italien, en espagnol, en anglais et en allemand. . INTRODUCTION XLV « Spranger, peintre de l’empereur Rodolphe Il, en a fait, au commencement du xvrre siècle, un tableau que Sadeler a gravé. Le vieil amoureux est représenté marchant à quatre pattes, avec le mors en bouche, et portant sur son dos la dame qui, d’une main, tient la bride, et de l’autre un fouet. Mais elle est entièrement nue, façon fort singulière de se promener. « On a fait différentes copies de l’estampe de Sadeler. Les marchands lui ont donné le nom du philosophe. Celui chez qui j'ai été les voir m'a dit savamment que c'était l'histoire de Socrate et de Xantippe, sa femme. « Un amateur m'a assuré avoir vu à Paris, il y a plusieurs années, un groupe en marbre représentant le même sujet. Il appartenait alors à M. le marquis de Vence. Dans l’œuvre de Fr. Van Bossuit, mort en 1692, on trouve aussi ce sujet imité. C’est une Vénus toute nue, montée sur le dieu Pan que l’Amour tire par un licou (1). » Si le souvenir de la mésaventure d'’Aristote s'était ainsi perpétué d’âge en âge, le fabliau du trouvère normand avait fini par être oublié, jusqu’au moment où le comte de Caylus le retrouva dans le ms. S. G. 1830 (maint. 19152). Dans son Mémoire sur les Fa- (1) Legrand d'Aussy : Fabliauxæ ou contes... du XIIe et du XIIIe siécle, éd. Renouard, 1829, t. I, p. 280-281. XLVI INTRODUCTION bliaux (1), daté de 1746, où ce critique porte un juge- ment général sur ces productions légères de notre vieille littérature, en faitressortir les caractères et en apprécie les mérites, il donne une place distinguée à l’œuvre de Henri d’Andeli qu'il ne nomme pourtant pas. Il trouve que ce fabliau, dont il présente l’analyse, ren- ferme plus de critique, d'images et de philosophie que la plupart des autres, indépendamment du choix des acteurs qui sont plus intéressants ; il loue l’auteur de s'être gardé de l’obscénité trop fréquente à son époque; il vante l’élégante description de la parure de la jeune fille ; « le maintien coquet, dit-il, et les discours de la belle sont aussi bien décrits que ceux du philosophe » ; il loue un autre passage pour son « heureuse simpli- cité (2) » ; il ajoute que ce fabliau est « un exemple (1) Mémoire sur les fabliaux, par M. le comte de Caÿlus, juillet 1746, dans les Mémoires de littérature tirés des Registres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1553, t. XX, p. 362 à 364. (2) Ibid., p. 371. — C'est dans cette analyse, exacte d'ailleurs, et qui sent l'homme de goût, que Caylus a commis la singulière méprise si souvent citée. À propos de ces deux vers : Or soiez demain en abé Aus fenestres de cele tor, il s'est imaginé que la jeune fille conseillait à Alexandre de se dé- guiser en abbé et il ajoute : « Le choix de ce déguisement est bizarre, j'en vois peu la raison. » Legrand d'Ausey cite ce passage du comte de Caylus et s'étonne à son tour. « Cette mascarade INTRODUCTION XLVII assez plaisant par le fond et par les images dont les détails ne déplairoient point dans l'original ». On fut bientôt à même de juger de la valeur de cette appréciation ; trois ans après la publication du mémoire du comte de Caylus, en 1756, Barbazan donna le texte du Lai d’Aristote dans son recueil de fabliaux (1). En 1779, Legrand d’Aussy (2) en fit, non une traduc- tion, mais une imitation en prose, précédée d’un préambule dont j'ai cité quelques passages. Il faut lui savoir gré d'avoir popularisé les œuvres de nos vieux poëtes ; je lui reprocherai pourtant d’avoir parlé de ce inutile ne se trouve, dit-il, ni dans l'édition qu'a donnée du fabliau Barbazan, d'après le manuscrit cité par M. de Caylus, ni dans deux autres versions un peu différentes de celle-ci que j'ai entre les mains.» Pourtant Legrand d'Aussy connaissait le ms. dont s'était servi de Caylus ; cependant il semble douter que le passage, cause de la méprise, s’y trouve. Quoi qu’il en soit, celui qui le premier à retrouvé au xvine siècle et dignement apprécié nos vieux fabliaux, mérite bien qu'on l'excuse et qu'on dise avec M. V. Leclerc : « Les erreurs de ce genre sont trop faciles à com- mettre pour quil ne soit que juste et prudent de les excuser. » (Histoire litt. de la France, t. XXIII, p. 16.) (1) Fabliaux et contes français des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles; Paris, 1756, 3 v. in-12. — Méon a reproduit cette édition dans celle qu'il a donnée en 1808, 4 v. in-8. (2) Fabliaux ou contes des XIIe et XIIIe siécles; Paris, 1719, 3 v. in-80. — Une seconde édition de cet ouvrage a été donnée en 5 vol. petit in-12; Paris, 1781, et une troisième par A.-A. Renouard, en 5 vol. in-8°; Paris, 1829. XLVIN INTRODUCTION fabliau avec ce ton de légèreté dédaigneuse que le xviu* siècle appliquait à notre ancienne littérature. A propos de l’innocente et aimable bagatelle, il s'écrie avec une hauteur un peu trop philosophique : « Au reste, le fabliau qui va suivre fera voir que l’histoire et la critique qu’elle exige étoient pour nos poètes des choses fort indifférentes et qu’ils ne cherchoient souvent qu’un nom célèbre auquel ils pussent coudre les extra- vagances de leur imagination (1). » L'histoire et la cri- tique ont en vérité bien à faire ici, et, n’en déplaise à ce sévère censeur, je me permettrai de trouver que l’imi- tation, facilement écrite d’ailleurs, qu’il donne au lieu du texte sans prendre la peine de le bien lire, puisqu'il dit que la jeune fille délaissée par Alexandre alla trouver elle-même son amant, est loin de valoir l'ori- ginal, dont elle supprime plus d’un trait fin et gra- cieux. Je dirai de même qu'Imbert, qui a mis en vers modernes le petit poème de Henri d'Andeli, ne peut soutenir la comparaison avec le rimeur normand (2). Quand le Lai d’Aristote eut été publié, les littérateurs ne manquérent pas d'y puiser des inspirations comme l'avaient fait les sculpteurs du moyen âge. Le vendredi 11 août 1780, Barré et Piis firent jouer sur la scène de (1) T. I, p. 280 de l'édition de 1829. (2) Choix de fabliauxæ mis en vers, 1188, 2 vol. — Le Lai d'Aristote se trouve dans le t. I, p. 157-170. INTRODUCTION XLIX la Comédie-Italienne un vaudeville intitulé Aristote amoureux ow le Philosophe bridé. Les exigences du théâtre avaient amené les auteurs à modifier la scène principale. Orphale, la maîtresse d'Alexandre, ne chevauchait pas le philosophe, mais se faisait traîner par lui dans un char. Bachaumont, dans ses Mémoires secrets (1), dit que « cette bagatelle a eu un succès dé- cidé. » Mais quelque chose de véritablement amusant, c'est l'indignation ressentie par l’austère critique de la Correspondance de Grimm et de Diderot. Il s'étonne que la police ait souffert qu’on mit au théâtre « ce sujet scandaleux » qui nous montre « Aristote, le vénérable Aristote, à l’Opéra-Comique, et dans quel avilissement profond ! Il serait difficile, ajoute-t-il, de ne pas savoir mauvais gré aux auteurs d’avoir dégradé à ce point la philosophie et de nous avoir représenté en plein théâtre le mentor le plus respectable de l'antiquité, humilié, avili par une courtisane aux yeux de son dis- ciple. Craint-on que la sagesse ait jamais trop de cré- dit? (2) » Voilà ce qu’on peut appeler un coup de massue solidement asséné et il tient du prodige que le Lai d’A- ristote se soit relevé d’un si terrible anathème. La pièce intitulée le Tribunal domestique, dont (1) Edit. de 1781, t. XV, p. 253-254. (2) Correspondance littéraire, philosophique et critique... par le baron de Grimm et Diderot, seconde édition (2e partie), t. V, p. 173-175. | L INTRODUCTION parle Legrand d’Aussy (1), n’est qu’une imitation bien éloignée du fabliau de Henri d’Andeli. Il en est de même du Philosophe soi-disant de Marmontel (2); ce philosophe ne cède pas comme ÂAristote, sans le vou- loir, à la toute-puissance de l’amour ; c’est un sophiste hypocrite et orgueilleux qui n’écoute que la vanité et l'intérêt, quand, oubliant l'aimable Clarice pour lui préférer la laide, mais riche présidente] 1l laisse cette dernière lui attacher au cou un ruban couleur de rose. Il serait trop long de parler ici de tous ceux qui, en notre siècle, se sont occupés du Lai d’Aristote. Il n’est pas une histoire littéraire, à commencer par celle de la France (3), qui n’ait consacré au moins quelques lignes à cette œuvre du trouvère normand. E.-H. Langlois, dans ses Stalles de la cathédrale de Rouen, M. de Guilhermy, dans la Revue générale de l'architecture, 1840, M. N. Beaurain, dans les procès-verbaux de notre Société, l’ont exactement et finement analysée. M. Antony Méray ne l’a pas oubliée dans la Vie au temps des Trouvères ; mais pourquoi fait-il de la belle Indienne « une blonde et railleuse fille de la Gaule ? [4) » À ma connaissance, une seule imitation en a été faite en notre temps : c’est le Char, opéra-comique en un (1) Op. cit.,t. I, p. 281. (2) Œuvres complètes, in-80, 1818, t. III, p. 228-255. (3) H'ist. litt. de la France, t. XXIII, p. 76. (4) P. 208. | INTRODUCTION LI acte et en vers libres, par MM. Paul Arène et Alphonse Daudet, qui ont dédié leur œuvre irrévérencieuse au vieil auteur du Lai d’Aristote (1). La belle esclave Briséis, | du pays Gaulois, Pays de brume et de grands bois Que parfois un rayon essuie, a tourné les têtes du vieil Aristote et du jeune Alexan- dre qui en oublie sa table de Pythagore. Le disciple laissant son maître Planté dans un clos d'orangers, En train d'expliquer d'une voix sonore, Les lois du monde et les nombres de Pythagore À deux corneiïlles et trois geais, accourt auprès de la jeune esclave et l’aide à étendre sa lessive en lui dérobant mille baisers. Arrivée sou- daine du grave philosophe qui s’indigne à ce spec- tacle : . . + On voit ici des choses excessives : Le grand Aristote laissé Tout suant au bord d'un fossé, Et le fils d'un grand roi qui sèche des lessives ! Il va écrire ce qu’il a vu au roi Philippe et exiler Bri- séis en Scythie. Laissée seule avec Alexandre, la jeune (1) La musique est de M. Paul Pessard. — Le Char a été donné pour la première fois, à l'Opéra-Comique, le 18 janvier 1838. LIT INTRODUCTION esclave promet de réduire Aristote à se taire. Elle connaît trop bien les philosophes : Amour sait dompter leur rudesse, Et la trame de leur sagesse S’effiloche bien vite entre deux jolis doigts. Et, en effet, la coquette a bientôt mis à ses pieds l’aus- tère moraliste. Pour prix d’un seul baiser, il consent à prendre un harnais et à traîner dans un char la jeune espiègle. Il sent bientôt que la charge est dou- blée et entend derrière lui deux voix rieuses : Alexandre est dans le char à côté de la jeune fille. Tout à coup, les tambours et les trompettes annoncent l’arrivée de Philippe, à la grande terreur du philosophe qui, crai- gnant d'être surpris dans une posture si ridicule, demande en grâce qu’on le débarrasse du licou; il ne l’obtient qu’à la condition de déchirer la lettre et de donner la liberté à la belle Briséis. C’est ainsi que du xrrr° siècle jusqu’à nos jours, les artistes et les littérateurs ont perpétué le souvenir de ce conte charmant. Le petit poème du trouvère nor- mand à joui d’une fortune que mainte œuvre plus sérieuse pourrait lui envier. Le texte du Lai d’Aristote, publié d’abord par Bar- bazan, a été reproduit en 1808 par Méon, t. III, p. 96 et suiv. de la nouvelle édition des Fabliaux et contes français des XI°, XII, XIII, XIVe et X V® siècles. >2>2XK<<< INTRODUCTION LIII I] LA BATAILLE DES VINS Aujourd’hui que l’on recherche avec tant d’avidité les moindres détails relatifs à cette époque du moyen âge si curieuse à étudier, et, malgré tant de recherches, encore si peu connue, la Bataille des Vins nous inté- resse moins par sa valeur littéraire, qui toutefois n’est pas à dédaigner, que par la nomenclature qu’elle ren- ferme des principaux crus du temps. À cet égard, elle nous satisfait plus amplement que quelques autres poèmes consacrés également au vin et composés vers la même époque. La pièce des Vins d’'Ouan, par Guiot de Vaucresson (1), est assez insignifiante ; le Martyre de Saint Baccus (2), écrit en 1313 par Geoffroy, tout en ne citant qu’un petit nombre de crus, donne quelques détails curieux sur la culture de la vigne et la fabrica- (1) Recueil général et complet des fabliaux des XIIIe et XI Ve siècles, publié par MM. Anatole de Montaiglon et Gaston Raynaud, t. Il, p. 140-144. (2) Nouveau recueil des contes, dits, fabliaux…. des XIIIe, XIVeet X Vesiècles... mis au jour... par À. Jubinal, t. I, p. 250-265. LIV INTRODUCTION tion du vin; mais la Desputoison du Vin et de l'Iaue (1) est une pièce vraiment intéressante par les jugements que l’auteur y porte sur les vins les plus estimés de son temps et qui s'accordent en général avec les apprécia- tions de Henri d’Andeli. Là Bataille des Vins a le mé- rite de nous faire connaître les noms de plus de soixante- dix régions, villes ou bourgades, célèbres alors par leurs vignobles. Quelques-uns de ces noms sont, il est vrai, difliciles à identifier, parce que nous les trouvons aujourd'hui portés par des localités différentes ; mais l'œuvre dont il s’agit n’en est pas moins une source de précieux renseignements pour quiconque voudrait étu- dier cette partie si intéressante de l’agriculture au moyen âge. | À ces œuvres de nos vieux poètes, il convient d’aiou- ter certains traités en prose qu’on ne consulterait pas sans profit. On a signalé depuis longtemps le traité dans lequel Geoffroy de Vinsauf (2) enseigne l’art de greffer (1) Nouveau recueil des contes, etc.; par A. Jubinal, t. I, p. 293-311. — Le même sujet a été traité plus tard, mais d'une manière moins intéressante, par un autre poête (V. A. de Mon- taiglon, Recueil de poésies françaises des XVe et X VIe siècles, IV, 183). Du reste, la querelle de l'Eau et du Vin a servi de thème à des chansons populaires que le peuple répète en divers points de la France. Voir à cet égard Un débat chanté, article de M. W. Smith, dans le n° 24 de la Romania, octobre 1871, p. 596-598. (2) Tractatus magistri Galfridi, continens in se breviter omnem modum inserendi arbores aromaticas, fructus conservandi, vites, vina cognoscendi, vinaque universa deteriorata formandi, acetum- INTRODUCTION LV les arbres aromatiques, de conserver les fruits, de connaître les vignes, les vins, etc. Jofroi de Waterford a traduit en francais, au xui° siècle, sous ce titre Le Segré des Segrez ou de Gouvernement de rois (1), un traité latin, le Secretum secretorum, que beaucoup de manuscrits nous ont conservé et dans lequel on retrouve le traité de physiognomonie d’Aristote. Jofroi y a inséré plusieurs chapitres relatifs au vin; je transcris ici, pour qu'on puisse comparer ses jugements à ceux de notre trouvère, le chapitre intitulé : De la diversetez du vin solonc lesterrages ou les vingnes croissent (2) : « Or vous ai contei de la diversitei du vin solonc sa nature et son effait ; des ore mais avient a dire la diversi- tez de vin solonc les terrages et la region ou les vignes croissent ; dont fait a entendre que les vins qui sunt co- munement en haus tertres sunt plus fort et plus clers que les vins qui sunt de basse terre, et les vins qui croissent ax sommet des montaingnes sunt fors et clers et entes- tant, et les vins qui croisent ens es valées ont les con- dissions contraires ; mais les vins qui croisent az pen- que mutandi, et conditiones cujuscumque vini et cæterorum pre- tiosorum liquorum vel pigmentorum faciendi, tam pro sanis quam infirmis. — V. Hist. litt. de la France, t. XVIII, p. 311. (1) Bibl. nat., F. fr., ms. 1822 (anc. 785633). (2) Zb., f. 113 vo, col. 1re à 114 ro col. 1re. — Une phrase de ce chapitre a été citée dans l'Histoire littéraire de la France, t. XXI, p. 220. LVI INTRODUCTION dans et sur la crupe de la montaingne plus valent, que plus sunt atemprez, por ce qu’il ne sunt trop pres ne trop loing du solel et por ce le seoul est plus atemprez. Le vin cum plus est meur, plus nourist, de quel terrage qu'il soit, entant cum plus est verdet, tant plus estanche soif; et touz vins de tant cum plus aprochent al orient, tant sunt plus fors et ensi entendez vers plogol, et tant cum plus aprochent ver occident et ver bise, tant resunt plus fiebles, et por ce acunes terres sont en l'occident et en bise que por defaute de chalor ne portent nul vin, car trop sont eslongies du solel, si cum est Sasoingne et Donemarche et Noreweghe et Yrlande, et por ce le vin Grek et le vin de Cypre sunt si forz et si haut de vin que mout sunt perrilhous a boire en grant quantitei, s'ils ne soient bien atemprez et bien soifrent la quarte ou la tierce partie d'eiwe. Tez vin, quant est pur, plus vaut a medecine que a boire. Le vin vernache est de milhor condition, car il est atempreement fort et flaire tres douchement ains qu’il viengne a la bouche, les narines salue et conforte la cervelle, bien prent al palais et point sans bleschier, al cuer donne joie et leesche, et, courtement a dire, de tout vins ce est le peruenke. Vins de Provence et de Gascoingne est aques fort, mais sec est et tres durement serré. Vin d’'Achoire est fort et aques moistes et aques serré et mout est de male qualitez; car, s'il est mellei, poi vaut, se il est dessavorei, et, s’il ne soit mellei, trop grieve a la teste qui mout en prent. Vin de la Rochelle bastart est fort INTRODUCTION LVII et sec et douc en savour, et tres durement grieve qui mout en boit a la teste et al cors, mais bonne delivrance de ventre fait, por quoi dient li fisecien que om le doit boire a l’aler dormir. Vin françois est fiebles et moistes et nient ne grieve a la teste se ne soit par trop grant forfait, bien fait oriner et bien estaint soif et maiement le vin blanc. Le vin rouge d’Orliens et le vin blanc de Saint Milion mout sont gentil, sueement font dormir sens grevanche de teste ou de cors. Le vin rinois est fort et moiste, et bien et sens violence lasque le ventre et les boiaus et flaire doucement comme violette, et celle odor apelle om bruscant, joie donne et leesce, et se uns hom en fuist toz ivres, ja ne soi sentiroit le pire apres dormir. » Ces appréciations de Jofroi de Waterford sont cu- rieuses à rapprocher de celles qui ont été formulées au xvi® siècle par le normand Julien le Paulmier dans son précieux et rare Traité du Vin et du Sidre (1). Les vins ont été au moyen âge, comme ils le sont encore aujourd’hui, une des productions les plus impor- tantes du sol de la France et une source abondante de (1) P. 21 vo à 27 ro de l'édition française. — Julien le Paul- mier avait publié son traité en latin sous ce titre : Juliant Pal- marii de vino et pomaceo libri duo, Parisiis, G. Auvray, 1588. Jacques de Cahaiïgnes est l’auteur de la traduction française : Traité du Vin et du Sidre, Caen, P. Le Chandelier, 1589. Il y a inséré un chapitre intitulé : Apologie du Tramnslateur contre l'usage du vin et du sidre sans eau. 8 LVIII INTRODUCTION richesse pour le pays. Cultivés dans les régions qui leur sont encore affectées et même dans les provinces qui n’en produisent plus maintenant, en Normandie par exemple, ils étaient l’objet d’un trafic considérable. Nous voyons dans la pièce de Henri d’Andeli que les vins d'Alsace et de la Moselle s’importaient en Alle- magne et ceux de la Rochelle dans tous les pays du Nord. Les belles recherches de M. E. de Fréville (1)et de M. Ch. de Beaurepaire (2) sur le commerce de Rouen au moyen âge, nous font connaître qu'ils furent pendant longtemps l’objet principal du trafic de cette ville, qui recevait par mer les vins de Guyenne et de Gascogne, et par la Seine ceux de France et d'Auxerre. Une étude générale sur les vignobles qui existaient autrefois en France serait d’un haut intérêt. Legrand d’Aussy l’a tentée dans son Histoire de la vie privée des François (3); mais il s’est appuyé trop exclusivement sur les ouvrages des trouvères, qui n’ont pu lui fournir que des données insuffisantes. Tout en tenant grand (1) Mémoire sur le commerce maritime de Rouen depuis les temps les plus reculés ju°qu'à la fin du X VIe siècle, in-8, 1857, p. 108, 119-120. (2) De la Vicomté de l'Eau et de ses coutumes aux XIIIcet XIVe siècles, in-8, 1858, p. 18. (3) Histoire de la vie privée des François depuis l'origine de la nation jusqu'à nos jours, par Legrand d'Aussy, nouvelle édition avec des notes, corrections et additions, par J.-B.-B. de Roquefort, 1815, t. II, p. 377-426, et t. III, p. 1-62. INTRODUCTION LIX compte des jugements formulés par ces interprètes du goût populaire et des faits qu’on pourrait puiser dans divers ouvrages tels que ceux dont j'ai parlé plus haut, on trouverait dans les archives bien consultées des diverses provinces une source beaucoup plus abondante de détails nécessaires à ce travail. MM. L. Delisle et Ch. de Beaurepaire {1} en ont donné la preuve dans leurs recherches sur les vignobles normands; tant que leur exemple ne sera pas suivi par les érudits des diffé- rentes régions de notre pays, cette étude générale demeurera impossible. Une des choses qui nous surprennent le plus dans l’œuvre de Henri d'Andeli, c’est la place distinguée donnée aux vins français, c’est-à-dire à ceux que pro- (1) M. L. Delisle : Etudes sur la condition de la classe agri- cole et l'état de l'agriculture en Normandie au moyen âge, p. 419-470, in-8; Evreux, 1851. — M. Ch. de Beaurepaire : Notes et docurrents concernant l'état des campagnes de la haute Normandie dans les derniers temps du moyen âge, p- 105-116, in-8; Evreux-Rouen, 1865. — Voir aussi M. Ch. de Beaurepaire : Revue de Rouen, 1852, p. 51-64. —= M, l'abbé Co- chet : Culture de la vigne en Normandie (Revue de Rouen, juin 1844, et Bull. de la Soc. d'Emul. de Rouen, 1844); Les anciens vignobles de la Normandie (Revue de la Normandie, 1866). — A. Canel : Blason populaire de la Normandie, 1859, t. 1, p. 124132. — De Bonnechose : Recherches historiques sur les progres de l’horticulture et de l'étude de la botanique dans le Bessin (Mém. de la Soc. d'Agric., des Sciences, Arts et Belles. Lettres de Bayeuæx, 1844), p. 197-249. Lx INTRODUCTION duisait alors l’Ile-de-France (1). Les vignes de cette province ne donnent plus aujourd'hui que des produits très médiocres ; mais il n’en était pas ainsi autrefois, et tous les témoignages s'accordent à le constater ; on . peut en voir un grand nombre dans l'Histoire de la vie privée des François où Legrand d’Aussy s’est plu à les réunir. On a attribué l’infériorité actuelle des vins de cette région à un changement de climat, ce qui est fort contestable; on a dit encore que les perfectionne- ments apportés à la culture de la vigne et à la fabrica- tion des vins dans les autres provinces en ont amélioré les produits,tandis que ceux de l'Ile-de-France restaient stationnaires ; cette raison pourrait faire comprendre pourquoi ils sont inférieurs aux autres, mais non pas pourquoi ils sont mauvais. M. Biot, dans un des ar- ticles (2) qu’il a consacrés à l’examen de l'ouvrage de M. L. Delisle, attribue à un changement de cépages la mauvaise qualité des vins que l’on récolte maintenant aux environs de Paris. D’après lui, la variété cultivée autrefois appartenait aux pineaux de Bourgogne qui présentent deux inconvénients : celui d’être peu pro- ductifs et celui de donner peu de raisin sur leurs bour- geons adventifs quand les premières pousses ont été (1) Au moyen âge, le nom de France s'appliquait souvent d’une façon spéciale à l'Ile-de-France, domaine primitif des rois. Julien le Paulmier (op. cit., p. 22 v.) emploie encore en 1589 les mots « vins françois » dans ce sens restreint. (2) Journal des Savants, 1851, p. 672. INTRODUCTION LXI détruites par les gelées du printemps. Les vignerons des environs de Paris purent soutenir la concurrence avec ceux des autres provinces tant que les communi- cations furent difficiles ; mais, « à mesure que les arri- vages par terre, surtout par mer, ont baissé de prix, les vins communs de la basse Bourgogne leur faisaient une concurrence qu'ils ne pouvaient plus soutenir. C’est pourquoi ils ont arraché tous les anciens plants qui couvraient leurs coteaux, et les ont remplacés par d’autres variétés de cépages tels que le gamai, le meu- nier, qui, ne coûtant pas plus à cultiver, ont sur eux trois avantages : d’être beaucoup plus productifs, moins dé- licats, et de donner encore des bourgeons adventifs qui portent fruit quand les autres ont été détruits par les gelées. Les vins fournis aujourd’hui par ces nouveaux plants sonttoujours âpres, grossiers, voisinsdu vinaigre; toutefois, leur abondance et leur bas prix satisfont les producteurs ainsi que les consommateurs qui vont les boire hors barrière. Voilà par quelle métamorphose les vignobles de Suresnes et d'Argenteuil ont cessé d’être dignes de leur ancienne réputation. » Le texte de la Bataille des Vins a été publié pour la première fois par Barbazan, en 1756, dans ses Fabliaux et contes des poètes français des XI°, XII®, XIIe, XIVe et XV® siècles; Méon l’a reproduit dans son édi- tion de 1808, t. I, p. 152. Legrand d’Aussy en a donné la traduction dans ses Fabliaux ou Contes des XII et XIIIe siècles édités par lui en 1779 et réimprimés LXII INTRODUCTION en 1829 par Renouard (1). Il n’a pas toujours bien compris le texte qu'il traduisait, mais l'erreur la plus singulière qu'il ait commise est assurément celle qui lui a fait prendre le nom de l’auteur pour celui d’un eru qu'il place dans le Quercy ou dans la Saintonge (2). (1) T. III de l’édit. de 1829, p. 35-38. (2) Zbid., p. 37, et note 8, p. 42. : Digitized by Google INTRODUCTION LXII IV LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE L'abbé de La Rue a révélé le premier l'existence de la pièce dans laquelle Henri d’Andeli a rendu un pieux hommage à la mémoire du chancelier de l'Eglise de Paris, Philippe de Grève (1), mort le 26 dé- cembre 1236. Il l’avait trouvée, pendant le séjour qu'il fit en Angleterre de 1792 à 1797, dans le manuscrit 4333 (f. 98 r°, col. 2, à f. 100 r°, col. 1) de la Biblio- thèque Harleïenne (British Museum). Aprés en avoir fait connaître brièvement le sujet dans la notice qu'il (1) L'abbé de La Rue (Essais historiques sur les bardes, etc., t. III, p. 34), dit à propos de cette pièce : « Le Dictié du chancelier Philippe : c'est le récit des derniers moments de Phi- lippe d'Antongny, chancelier de France. » 11 a confondu Philippe d'Antongny qui fut, sinon chancelier de France, du moins garde du grand sceau, custos magni sigilli (Du Cange, v. Cancellarius), avec le chancelier de l'église de Paris, Philippe de Grève. A l'égard de ce dernier, je crois utile de reproduire cette note de M. P. Meyer (Romania, 1872, p. 192, n. 7) : « Je dis Philippe de Grëve pour me conformer à l'usage de mes devanciers, à com mencer par Fabricius, qui appelle notre chancelier Philippus Grevius ; mais j'avoue que je n'ai trouvé ce surnom dans aucun document ancien. » LXIV INTRODUCTION a consacrée à Henri d’Andeli, il en a cité 38 vers, notamment ceux qui contiennent les dernières paroles du chancelier, qu’il appelle si justement la prière attendrissante d’un chrétien mourant. M. P. Meyer a publié dans la Romania (1) le texte de cette pièce, qui comprend 266 vers, en le faisant précéder d’une étude (2) sur Henri d’Andeli et sur le chancelier Philippe, où, après avoir examiné ce que cette publication apporte d'éléments nouveaux à la connaissance qu’on avait jusqu'alors de l’auteur et du chancelier , il présente quelques considérations sur la langue et la versification de Henri d’'Andeli, et termine par la description du manuscrit Harleïen 4333. C’est dans cette pièce, composée après le 26 dé- cembre 1236, que Henri d’Andeli nous fait connaître, comme je l’ai déjà dit, sa qualité de clerc (v. 251). Il dit encore {v. 224-257) qu'il n’a point appelé son œuvre un flablel, Por ce qu'il est de verité, c'est-à-dire parce qu’il est, non une fable, mais un. récit véridique, etque voulant « qu’il soit bien recitez, » il ne l’a pas écrit en tablel, mais sur parchemin, ce qui prouve qu'on avait encore, à cette époque, l'usage d'écrire sur des tablettes de cire les ouvrages auxquels on attachait sans doute peu d'importance. (1) No 2, avril 1872, p. 210-215. (2) Ibid., p. 190-209. INTRODUCTION LXV Philippe de Grève n'était guère connu, jusqu'aux dernières recherches de M. P. Meyer, que comme théologien et comme sermonnaire. Les historiens (1) qui s'étaient occupés de lui s'étaient surtout attachés à mettre en relief les luttes opiniâtres qu'il soutint, comme chancelier de l’église de Paris, contre l’Univer- sité récemment fondée, contre les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, et contre les Dominicains, pour défendre les privilèges de l’évêque de Paris en matière d'enseignement. M. P. Meyer, s'appuyant sur le Dit de Henri d’Andeli, sur la chronique de frère Salimbene de Parme et sur plusieurs pièces trouvées par lui dans le ms. Egerton, 274 (British Museum), a fait ressortir un côté peu connu de la vie de cet intéressant person- nage : il a établi que Philippe de Grève peut être mis au nombre des poëtes latins rythmiques et des meilleurs du xir° siècle. Sur la foi de plusieurs manuscrits, on avait attribué à Philippe deux chansons francaises. M. Meyer établit qu’il est douteux que l’une d'elles lui appartienne, et que, s’il est probable qu’il a composé l’autre, on ne saurait pourtant l’affirmer. Mais ce qui demeure dé- (1) V. Du Boulay, Hist. Univers. Paris., t. III, p. 93-94, 123- 126, 142-143, 147-149, 154-155, 166, 709. — Crevier, Hist. de l'Université, t. 1, p. 287-291, 293, 345-349. — G. Dubois, Hist. eccl. Paris., t. II, p. 345. — B. Hauréau, Notices et Extraits des mss., t. XXI, 2e partie, p. 185. — Hist. litt. de la France (article de Daunou), t. XVIII, p. 184-191. 9 LXVI INTRODUCTION sormais bien acquis, c’est qu’il composa des poésies en langue romane; Henri d’Andeli le dit expressément dans ces vers : De toi mie ne se taisoit, Mais sovent biaus dis en faisoit Et en romans et en latin. (V. 143-145.) Le Dit du chancelier Philippe est donc curieux à plus d’un titre, et M. P. Meyer, en le publiant pour la première fois, a bien mérité de ceux qui s'intéressent aux monuments de notre vieille littérature. Digitized by Google INTRODUCTION LXVIT V LA BATAILLE DES VII ARTS La Bataille des VII Ars est la mise en action, sous forme héroi-comique, de la lutte qui s’engagea, au x siècle, entre les écoles de Paris et celles d'Orléans, à propos de l’enseignement de la logique et de la grammaire. Elle a été composée après l’année( 1236, si toutefois le chancelier dont parle Henri d'Andeli et qui était, dit-il, le meilleur clerc de France, Quar c'ert li mieldres clers de France, est bien, comme le suppose M. P. Meyer {1} avec beaucoup de vraisemblance, ce Philippe dé Grève, qui, nommé chancelier de l’église de Paris en 1218, mourut le 26 décembre 1236, et dont notre trouvère a déploré la mort en termes si émus. Ce petit poème est rempli de détails curieux sur l’état des études au xur® siècle, et particulièrement sur les auteurs que les maîtres lisaient et commentaient à leurs élèves. Il me paraît nécessaire, pour qu'il soit bien compris, de présenter quelques considérations préliminaires sur la (1) Romania, no 2, août 1872, p. 194, n. 2. LX VIII INTRODUCTION marche et le développement des études jusqu’à l’époque où il fat composé. Pendant la première partie du moyen âge, on parait s'être attaché à suivre principalement les doctrines de Quintilien dans l’enseignement de la grammaire. On sait que le célèbre rhéteur romain attachait une grande importance à cette étude ; il la considérait comme le fondement sur lequel devait reposer l'éducation de l'orateur, comme l'unique et indispensable préparation à la rhétorique. Loin de regarder la grammaire, ainsi qu'il le reproche à certains critiques, comme une science vide et stérile, il pensait que c'était peut-être la seule qui eût plus de réalité que d'apparence. Quintilien ne renfermait pas d’ailleurs la grammaire dans les limites où on la restreint aujourd’hui. Il la divisait en deux parties : l’art de parler correctement (recte loquendi scientia) et l'explication des poètes (poetarum enarratio) (1). La première n'était autre chose que la grammaire proprement dite ; la seconde était un véritable cours de belles-lettres. Elle consistait en des prélections, ou lecture préalable et interpré- tation des auteurs; le maître, en commentant les poètes, enseignait à ses disciples la propriété des termes, l'harmonie du style, l’art de la disposition, la convenance des idées, les diverses figures de mots et de pensée, les qualités diverses de l’élocution. Quelques (1) De Instit. orat., 1. I, c. IV et suivants. INTRODUCTION LXIX exercices de composition simples et faciles, l’étude de l’histoire dans ce qu’elle a d’essentiel et non dans ses particularités, de la musique qui enseigne le nombre oratoire, de la géométrie qui apprend à raisonner, complétaient la première instruction de l'enfant; le rhéteur enseignait bientôt, par l'étude des grands maitres de l’éloquence et d’une manière plus appro- fondie, ce que le grammairien avait pu seulement ébaucher. La méthode de Quintilien fut appliquée dans les siècles qui suivirent, et l’étude de la grammaire, telle qu’il l’entendait, continua d’être la base de tout ensei- gnement, tant dans les écoles de l'Italie que dans celles de la Gaule, qui se constituèrent sur leur modèle. Au v° siècle, la grande invasion survient ; des flots de barbares inondent les provinces ; les écoles tombent dans une rapide décadence ; le clergé, auquel les lettres paiennes étaient d’ailleurs suspectes, est gagné lui- même par la barbarie ; une nuit épaisse s’appesantit sur les intelligences, qui semblent frappées de stérilité. Les lettres renaissent avec Charlemagne. En 787 ou 788, ce prince adresse aux évêques et aux abbés de son vaste empire la circulaire, tant de fois rappelée, par laquelle il les invitait à fonder des écoles. Lui-même lutte de toutes ses forces contre la barbarie : il appelle auprès de lui des savants étrangers, il réprimande et punit les clercs illettrés, il encourage et récompense ceux qui s’appliquent à l’étude, il fonde une école dans LXX INTRODUCTION son propre palais, il assiste avec ses fils et ses filles aux leçons données par les maitres qu’il y a réunis. Le succès répond à ses efforts ; quelques grandes écoles sont établies : en Germanie, celles de Corbie et de Fulda ; en Gaule, celles de Fontenelle (Saint-Wan- drille), de Saint-Martin de Tours, de Lyon, d'Orléans. L'évêque Théodulfe, à qui l’on doit cette dernière, ordonne même, dans un capitulaire justement célèbre, de fonder jusque dans les moindres villages de son diocèse des écoles où les prêtres enseigneront les lettres aux jeunes enfants que les fidèles voudront leur confier. Mais une pareille réforme ne s’accomplit pas en un jour. L’insouciance des successeurs de Charlemagne, les désordres qui troublèrent leur règne et qui eurent pour résultat le démembrement de l'empire et l'éta- blissement de la féodalité, les invasions des Sarrasins et surtout des Normands, l'indifférence des laïques pour les choses de l'esprit, ralentirent l'impulsion que Charlemagne avait donnée. Toutefois, l'Église ne cessa de faire les plus louables efforts pour répandre l’ins- truction ; de nouvelles écoles s’ajoutèrent à celles qui avaient déjà été fondées, et nous voyons, au x° et au xi® siècle, celles de Reims, de Liège, d'Angers, de Chartres et de Laon, rivaliser avec leurs devancières. Et maintenant qu’enseignait-on dans ces écoles ? Un grammairien latin, né en Afrique dans le v° siécle, Martianus Mineus Felix Capella, avait eu l’idée de INTRODUCTION LXXI réunir dans le cercle des sept Arts libéraux : gram- maire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmé- tique, astronomie et musique, ce qui lui paraissait l’en- semble des connaissances humaines. Tel est l’objet de l'ouvrage intitulé De Nuptiis Philologiæ et Mercurii seu de septem liberalibus Artibus, livre mal écrit et mal composé, ce qui ne l’empêcha pas d’être lu et commenté avec ardoeur pendant tout le moyen âge. Cette classification encyclopédique, adoptée par Cas- siodore et par Isidore de Séville, servit de base à l’en- _ seignement d’Alcuin. Les sept Arts furent distribués en deux groupes, qu’on appela le Trivium et le Qua- drivium ; ils constituèrent deux cours d'études dont l’un représentait particulièrement les lettres et l’autre les sciences. Dans les écoles élémentaires qui furent plus répandues à cette époque du moyen âge qu'on ne le croit généralement (1), on se bornait à peu près « à enseigner le Donest et à jecter (compter avec des jetons), » c’est-à-dire à apprendre aux enfants la grammaire et le calcul. L’enseignement des sept Arts était réservé aux grandes écoles. On y commençait par le Trivium, c’est-à-dire par la grammaire, la dialec- tique et la rhétorique ; on passait ensuite aux quatre (1) Voir, à cet égard, M. Ch. de Beaurepaire, Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789, in-8o, 1872, t. I, passim, et M. Siméon Luce, Histoire de Bertrand du Gruesclin et de son époque. — La jeunesse de Bertrand, in-8°, 1856, t. I, p. 15-17. LXXII INTRODUCTION arts qui composaient le Quadrivium ; on étudiait ainsi les choses après avoir étudié les mots. Il ne faut ce- pendant pas se faire d’illusion sur la valeur et la portée de ce dernier enseignement ; il était généralement sans étendue et sans profondeur ; il ne paraît même pas y avoir eu de maitres spéciaux pour enseigner chacun des arts du Quadrivium. Ils perdent même en partie leur caractère ; l’arithmétique se réduit au comput ecclésiastique, l'astronomie dégénère en astrologie, la géométrie est presque oubliée, la musique seule est plus complétement étudiée, parce qu’elle est liée aux céré- monies du culte. On enseignait ces arts en lisant et en commentant soit les livres que Martianus Capella leur a consacrés, soit quelque ouvrage spécial sauvé du grand naufrage des lettres antiques. La méthode herméneutique ou interprétative était en effet la seule qu’on appliquât à l’enseignement. « Aux écoliers de la classe de grammaire, on lisait Donat et Priscien, et l’on accompagnait cette lecture d'un com- mentaire : commentaire littéral ou digressif suivant l'étendue des connaissances acquises par le maître ou par ses élèves. Pour la rhétorique, on interprétait quelques traités de Cicéron oa de Boëce. Ptolémée servait aux leçons d'astronomie, et la philosophie proprement dite était enseignée d'après les livres d'Aristote..…. Enseigner la grammaire, l’arithmétique, la philosophie, se disait alors lire en philosophie, legere in philosophia, lire en arithmétique et en INTRODUCTION LXXIII grammaire ; on faisait même usage de cette locution plus singulière encore, lire en musique, legere in musica (1). » La grammaire était le premier des sept Arts dans la classification adoptée à cette époque ; on la considérait comme le début nécessaire de l’enseignement, comme le fondement de toute doctrine. Jusqu’au xin° siècle, elle consista dans l’étude des notions élémentaires les plus communes et des règles les plus nécessaires (2) ; on suivait principalement Donat et Priscien, grammai- riens du ve et du vie siècle, que l’on commentait en s’attachant minutieusement et servilement à la lettre; comme le voulait Quintilien, on y joignait l'explication . des poètes. C’est ce que nous apprend un auteur du x° siècle, Raban Maur; il ne s'oppose pas à ce qu’on lise les auteurs profanes, pourvu qu’on laisse de côté tout ce qui ne peut servir aux dogmes chrétiens et qu’on se garde bien surtout de scandaliserles faibles (3). Cet enseignement, simple d’abord, se perfectionna successivement et porta d'excellents fruits, comme il est facile de le constater au xxi° et au xrrr° siècle. Quand même un juge aussi compétent que Jean de Salisbury (1) M. B. Hauréau, Philosophie scolastique dans le Dict. des sciences philosophiques de Franck, 2e éd., p. 1575. (2) M. Ch. Thurot : Notices et Extraits de divers mss. latins pour servir à l'histoire des doctrines grammaticales au moyen âge. — Not.etExtr. des mss.,t. XXII, 2 partie. (3) De Inst. oler., III, 18. Cité par M. Thurot, op. cit., p. 69. 10 LXKXIV INTRODUCTION ne nous vanterait pas l’habileté des maitres célèbres de l’époque, et principalement de Raoul et d'Anselme de Laon, de Thierry, de Richard l’Evêque, qui devint archidiacre de Coutances, de Guillaume de Conches et de Bernard de Chartres {1}, dont il fait un magnifique éloge, les œuvres des humanistes qui sortirent de leurs écoles suffiraient à nous l’attester. Jamais, pendant tout le cours du moyen âge, les lettres latines ne bril- lèrent d’un plus vif éclat. Les prosateurs et les poètes de ce temps ont une connaissance étendue de l’anti- quité ; les chefs-d’œuvre de 1a littérature latine leur sont familiers ; ils s’en inspirent habilement, ils les citent à propos, ils pensent avec justesse, ils écrivent avec goût. Pour les lettres latines, comme pour la litté- rature romane, le xirr° siècle est le point culminant du moyen âge. Cette supériorité, il la doit au solide fondement sur lequel reposait jusqu'alors l'enseigne- ment donné dans les écoles ; et Jean de Salisbury l’a compris à merveille, quand, dans son Metalogicus qu'il terminait en 1159, il prit la défense des études litté- raires contre un novateur qu'il ne veut point nommer, dit-il, par charité chrétienne et qu'il se contente de désigner par le surnom de Cornificius (2). Il défend contre lui la grammaire et la rhétorique injustement (1) Metalogicus (éd. Migne), lib. I, c. V et XXIV, col. 832 et 853-856. (2) IZbid., lib. I, c. IE, col. 827. INTRODUCTION LXXV attaquées ; il lui reproche de jeter, sans préparation suffisante, les esprits non encore formés au milieu de ces controverses où jl suffit de crier plus fort que les autres pour arriver au promier rang, et de se préoccuper d'obtenir plutôt des succès rapides que de solides résul- tats, en bouleversant l’ordre suivi jusqu'alors dans les études. Il ne méconnait point la puissance de la dialec- tique, mais il établit qu’elle ne peut servir que selon la mesure des connaissances que l’on possède. Elle est trés utile, dit-il, à celui qui sait beaucoup ; elle ne sert à rien à celui qui ignore: c’est le glaive d’Hercule impuissant dans la main d’un Pygmée ou d’un nain, et qui renverse tout comme la foudre quand il est brandi par le bras d’un Hector ou d’un Achille (1). I] faut à l'esprit une nourriture plus substantielle, et c’est inter- vertir l'ordre naturel des choses que de commencer les études par ce qui doit les terminer. Sans la connais- sance préalable de la grammaire, comme le voulait Quintilien, point d'études libérales possibles. On ne peut pas plus, dit Jean de Salisbury, se livrer sans elle à l'étude de la philosophie, que briller parmi les philo- sophes, si l’on est sourd et muet (2). Jean de Salisbury constatait avec bonheur l’impuis- sance des efforts tentés par les Cornificiens ; il se féli- citait de voir les meilleurs maïtres, contraints d’abord (1) Metalogicus (éd. Migne), lib. IL, c. IX, col. 866. (2) Zbid., lib. I, ce. XIII, col. 840, LXXVI INTRODUCTION de céder au courant qui les entrainait, revenir aux saines traditions et aux bonnes méthodes. Qu’aurait-il dit s’il avait pu prévoir que, à quelques années de 1à, la dialectique régnerait sans partage, que sa forme s’imposerait à tous les arts et on dénaturerait le carac- tère ? Pendant les premiers temps qui suivirent le réveil des études, la dialectique, confondue toujours à cette époque avec la logique, fut considérée seulement comme une science acressoire, que Martianus Capella plaçait après la grammaire et Cassiodore après la rhétorique. Il n’en fut plus de même quand, d’un passage de l’Zsagoge de Porphyre, naquit le problème des universaux. Les querelles des nominalistes et des réalistes passionnèrent tous les esprits; on se mit à étudier avec une ardeur sans pareille les seuls écrits d'Aristote que l’on connût alors par les traductions et les commentaires de Boëce, les Prédicaments (Kartwyopiai), et le livre de l'Inter- prétation (mept Epunveias); on prétendit s'élever par la dialectique seule à la connaissance de la métaphy- sique, et l'intérêt qu'inspiraient ces importants pro- blèmes fit négliger les autres études : on les abandonna pour s’empresser autour des chaires des dialecticiens. Vainement la théologie se défendit contre l'invasion d'une doctrine dont les hérésies de Bérenger de Tours et de Roscelin de Compiègne lui montraient le danger ; elle fut impuissante, et bientot la dialectique lui imposa sa forme comme à tout le reste. INTRODUCTION LXXVII Dès lors l’étude de la grammaire et des auteurs fut négligée comme indifférente. La dialectique absorba toute l’activité des intelligences : n'était-ce pas par elle qu’on abordait l'étude de la théologie aussi bien que celle du droit civil et du droit canon récemment im- portée d'Italie? Les clercs, pauvres pour la plupart, qui accouraient de tous les pays de l’Europe dans cette grande Université de Paris que venait de fonder Philippe-Auguste, pouvaient-ils, pressés de parvenir, consacrer de longues années à des études qu'ils consi- déraient comme stériles, tandis que s’offrait à eux un moyen plus rapide d'arriver aux honneurs et aux dignités, récompense ordinaire de ceux qui se faisaient un renom de dialecticien dans les controverses théolo- giques ? L’élan fut plus grand encore quand, au com- mencement du xt siècle, on connut des ouvrages d’Aristote jusqu'alors ignorés : la Physique, la Méta- physique, le traité de l'Ame, les Analytiques, l’Ethique, la Politique, que des Juifs espagnols venaient de tra- duire d’arabe en latin. Proscrit d’abord par l'Église, le philosophe grec finit par triompher de sa résistance, et l’on se jeta avec plus d’ardeur que jamais dans l’étude des problèmes nouveaux qui venaient s'ajouter aux anciens. Au milieu de cet engouement pour la dialectique qui s'empara de tous les esprits, il est curieux de voir ce que devint la grammaire ; car, si elle ne conserve plus le rang qu’on lui assignait jadis, elle ne cesse cepen- LXXVIII INTRODUCTION dant pas d’être étudiée, et c'est même à cette époque qu’Evrard de Béthune et Alexandre de Villedieu com- posent le Grecismus et le Doctrinale puerorum, sortes de manuels métriques qui remplacèrent dans les écoles les ouvrages de Donat et de Priscien (1). L'enseignement de la grammaire change entière- ment de caractère : l'explication des auteurs est aban- donnée (2) ; si l’on trouve leurs noms cités dans les ouvrages didactiques, c’est seulement à l’occasion des exemples qu’on leur emprunte pour appuyer les règles. Les grammairiens antérieurs au xri° siècle, Smaragdus, Rémi d'Auxerre, Baudry de Bourgueil, Pierre Hélie, Paul le Camaldule, s’étaient surtout attachés à l'étude des faits grammaticaux et ne s'étaient livrés que bien rarement à des considérations métaphysiques (3). Le contraire arrive désormais. La métaphysique et la dialectique envahissent la grammaire. Sans doute, la grammaire tient par des liens étroits à la logique ; le langage est l'expression de la pensée, et ses lois générales ne sont pas autre chose que celles de l'esprit humain. Les grammairiens de l’époque le comprirent, et c'est un honneur pour eux de s’être (1) M. Thurot, op. cit., p. 101. (2) Du moins dans les écoles plus élevées ; dans les écoles infé- rieures, On épargnait en général aux enfants, jusqu'à l'âge de 12 à 13 ans, l'attirail de la discussion scolustique. (3) M. Thurot, op. cit., p. 69. INTRODUCTION LXXIX élevés à la conception de la grammaire générale. Mais ils eurent le tort de ne pas distinguer ce qui est néces- saire de ce qui n’est qu’accidentel, et de traiter la grammaire tout entière comme une science spéculative. Les faits les plus simples et qui résultent d’un usage conventionnel et arbitraire, ils prétendirent les expli- quer par une cause nécessaire. Si, par exemple, tel verbe régit l’accusatif, ce n’est pas un simple fait qu'il ne s’agit que de constater, il y a à cela une raison qu'ils appellent vis transitionis (1) et qu'il faut justifier ; il en est de même si une préposition régit tel cas plutôt que tel autre. De là ces modi significandi dont ils ont tant abusé au grand préjudice de la science véritable, et par lesquels ils prétendaient expliquer métaphysiquement tous les faits même les plus élémentaires. Il est difficile de se faire une idée du degré d’absur- dité auquel aboutirent les subtilités des grammairiens. Je puis en citer quelques exemples curieux tirés de gloses sur le Doctrinal, qui appartiennent au xurI° et au x1v° siècle (2). Veut-on savoir pourquoi les verbes latins, à la pre- mière personne du présent de l'indicatif, se terminent en o plutôt qu’en toute autre lettre, en a par exemple, (1) M. Thurot, op cit., p. 244. (2) J'emprunte ces exemples aux belles recherches de M. Ch. Thurot sur l'Histoire des théories grammaticales au moyen âge, ouvrage qu'on ne saurait trop recommander à ceux qui s'inté= ressent à ces questions. LXXX INTRODUCTION qui est la plus digne de toutes les voyelles, puisqu'elle est la première? En voici la raison : tout ce qui est rond est mobile, d'après Boëce, et toute action consiste dans le mouvement, d'après l’auteur des Six Prin- cipes ; o, dont la forme est ronde, a plus de rapport avec le mouvement et par conséquent avec l’action, et voilà pourquoi il marque au lieu de a la forme de l’ac- tif. Et le passif, pourquoi se termine-t-il en r, car il devrait se terminer en p, puisque cette lettre suit immédiatement l'o, comme la passion suit immédiate- ment l’action $ Ce qui est passif éprouve quelque chose de rude; or, r est la lettre qui, de toutes, a le son le plus rude, donc le passif devait se terminer par la lettre r (1). Une autre glose se demande pourquoi le genre de dies est douteux, car ce mot est employé indifférem- ment au masculin et au féminin. Le glossateur part de ce principe que le masculin est le genre actif et le féminin le genre passif, et il raisonne ainsi : Dies est actif puisqu'il chasse la nuit ; il est également passif puisqu'il est ensuite chassé par elle. Jusque-là, tout marche à souhait et l’on serait bien difficile si l’on n'était pas convaincu par ce beau raisonnement. Mais voici une difficulté : comment 8e fait-il que nox ne soit que du féminin, car la nuit, elle aussi, est active en chassant le jour et passive en étant chassée par lui? La (1) M. Ch. Thurot, op. cit., p. 201-202. INTRODUCTION LXXXI question est grave, mais le glossateur ne s’embarrasse pas pour si peu ; si ce n’est pas la dialectique, ce sera la Bible qui viendra à son aide. La nuit, répond-il, n’est pas le contraire, mais le quasi-contraire du jour ; elle est du féminin, c’est-à-dire du genre passif, parce que d’abord tout était ténèbres, comme le dit Moïse dans la Genèse. Ces ténèbres étaient passives par rap- port au mouvement du firmament et des étoiles; or, la nuit n’est pas autre chose que les ténèbres; donc la nuit devait être du genre féminin (1). | Les noms des arbres et des plantes sont du féminin en latin, et pourtant dumus et rubus sont du masculin. Pourquoi? Parce qu’ils font une action en déchirant les vêtements (2). Pourquoi a-t-on fait fluvius du mascu- lin? Parce qu'il accomplit une action en battant ses rives d'un mouvement continu. Faut-il maintenant s'étonner des attaques dirigées par les savants de la Renaissance contre les grammai- riens du moyen âge. Laurent Valia, Sintheim, Badius, Erasme, Despautère (3), n’ont-ils pas rendu à la raison ses droits méconnus, quand ils ont proscrit ces vaines recherches, ces modi significandi, par lesquels on pré- tendait rendre compte de toutes choses, sans réussir à (1) M. Ch. Thurot, op. cit., p. 202-203. (2) Zbid., p. 203. (3) Voir les passages de ces auteurs cités par M. Ch. Thurot, op. cit., p. 491-492 et 496-499, 11 LXXXII INTRODUCTION rien qu’à jeter l’obscurité dans les questions les plus simples ? Que ne cherchait-on à constater les faits au lieu de vouloir les expliquer et les justifier ? L’intru- sion de la dialectique et de la métaphysique dans un domaine qui leur est étranger ne pouvait aboutir, et n’aboutit, en effet, qu’à d’inutiles résultats sans aucun profit pour la science. , Pendant que la révolution qui vient d’être exposée s'opérait à Paris au profit de la dialectique, les écoles d'Orléans étaient restées fidèles à la méthode d’ensei- gnement appliquée jusqu'alors à la grammaire, et sur- tout à l’étude et à l'explication des auteurs. L’opposi- tion entre les deux villes est clairement marquée dans ce passage d'Hélinand, moine de Froidmont, cité par D. Brial (1) : « On va à Paris pour s'instruire dans les arts libéraux, à Orléans pour étudier les auteurs classiques, à Bologne pour apprendre la jurisprudence, à Salerne la médecine, à Tolède la magie, et nulle part on n'a ouvert des écoles pour former les mœurs. — Ecce quærunt clerici Parisiis artes liberales, Aurelia- nis auctores, Bononiæ codices, Salerni pyxides, Toleti dæmones, et nusquam mores. » — Un poète latin de la fin du xur° siècle, l'Anglais Geoffroy de Vinsauf, s'ex- prime à peu près dans les mêmes termes fPoetria nova) : () Hist. litt. de la France, t. XVII, p. 95. — Hélinand mourut après 1229. INTRODUCTION LXXXIII In morbis sanat medici virtute Salernum Ægros. In causis Bononia legibus armat Nudos. Parisius dispensat in artibus illos Panes unde cibat robustos. Aurelianis Educat in cunis auctorum lacte tenellos. Alexandre Neckam (morten 1217) vante en ces termes (1) les écoles d'Orléans et les poètes qu’elles pro- duisaient : « Le Parnasse ne saurait se comparer à toi, noble ville d'Orléans; devant toi s’humilie le double sommet du Parnasse. Je ne pense pas que nulle part ailleurs les vers des Piérides soient mieux expli- qués (2). » Jean de Garlande n’est pas moins explicite; voici comment il s’exprime dans l’invocation qui précède son poème intitulé Ars lectoria Ecclesiæ, qu'il composa à Paris, en 1234 : « Aidez-moi, illustres poètes que la renommée compare à l’or, vous que la ville d'Orléans attire à elle de tous les points de l’univers, vous dont se glorifie la fontaine d'Hippocrène. Dieu vous a choisis pour soutenir l'édifice de l’éloquence qui est ébranlé dans ses fondements, car la langue latine se vieillit; le verdoyant jardin des auteurs s’est desséché et le (1) De laudibus divinæ sapientiæ, x. 601. (2) J'emprunte les traductions de ce passage et du suivant à M. Léopold Delisle, Les écoles d'Orléans au XIIe et au XIIIe siècle. — Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1869, p. 146. LXXXIV INTRODUCTION souffle jaloux de Borée a brülé la prairie émaillée de fleurs. » L'éclat que jetait l’école d'Orléans depuis plusieurs siècles justifie ces éloges. Fondÿe par l’évêque Théo- dulfe, elle avait déjà produit avant 1200 un grand nombre d'hommes distingués (1). Les écoles des monas- tères de Saint-Benoit à Fleury-sur-Loire et de Mici n'étaient pas moins célèbres. A Orléans l'étude de la grammaire etdes auteurs avait toujours été florissante ; elle s’y maintint, quand, à Paris, la passion pour la dialectique vint porter un coup si funeste aux études littéraires. M. Thurot semble en avoir trouvé la véri- table cause. Il remarque que les écoles d'Orleans « paraissent avoir ressemblé beaucoup plus à celles de l'Italie qu’à celles du nord de la France » et qu’ « elles tenaient plus de Bologne que de Paris(2). » Or, à cette époque, existaient déjà à Orléans des écoles de droit où l’enseignement était donné par des maîtres qui, souvent, allaient puiser en Italie les éléments de leur science. Ces écoles étaient organisées sur le type de l’Université de Bologne ; le même esprit devait y régner et répandre autour de lui son influence. « A Bologne, (1) Du Boulay, Hist. Univers. Paris. t. 1, p. 521. — Voir aussi : M. L. Delisie, Les écoles d'Orléans, etc., p. 139-148, et Mile A. de Foulques de Villaret, l'Enseignement des lettres et des sciences dans l'Orléanais, etc., 1875, passim. (2) M. Ch. Thurot, op. cit., p. 114, n. 2. INTRODUCTION LXXXV dit M. Ch. Thurot, tout était subordonné au droit. Or l'étude du droit était particulièrement liée avec la rhé- torique, avec l’art de rédiger des actes et des lettres, qu’on appelait Ars dictandi, Ars dictaminis, et qui était enseigné par les grammairiens. Déjà, au xrr° siècle, le camaldule Paul joignait à un traité de grammaire et de versification des préceptes sur la manière d'écrire des lettres //ntroductiones dictandi).... On n’étudiait la grammaire qu'au point de vue de parler et d'écrire correctement le latin, on s’inquiétait peu des thtories grammaticales et de l'explication des faits (1). » C'est aussi le caractère de l’enseignement donné à Orléans. Là aussi, la grammaire est la préparation à l'étude de la rhétorique; là aussi, on s'exerce à la pra- tique du style épistolaire, comme l’attestent plusieurs Ars dictandi, Ars dictaminis, qui furent composés spécialement ou remaniés par leurs auteurs pour les écoles de cette ville (2). Un Florentin, qu'on croit avoir appartenu à l'école de Bologne, attribue même aux maitres d'Orléans l'invention d’un nouveau nombre oratoire fondé sur la théorie des spondées et des dac- tyles accentués, et il l'appelle stylus gallicus, faisant ainsi des expressions style de Franceet style d'Orléans . des termes à peu près synonymes (3). (1) M. Thurot, op. cit., p. 91-92. (2) M. L. Delisle, op. cit., p. 140-143. (3) M. L. Delisle, op. cit., p.143, et M. Thurot, op. cit., p.483-185. LXXXVI INTRODUCTION L'étude de la poésie latine n’était pas moins cultivée que l’art d'écrire en prose. Dans les écoles, on lisait et on expliquait les poètes les meilleurs de l’antiquité classique : Virgile, Ovide, Lucain, etc.; un des profes- seurs d'Orléans, Arnoul le Roux, composait des gloses sur la Pharsale, sur l’Art d'aimer, les Remèdes d’a- mour, les Pontiques et les Fastes (1). Les humanistes s’'inspiraient de ces grands maîtres dans leurs essais de versification latine. Mais si l’éclat de cet enseigne- ment attirait un grand nombre d'étudiants et valait aux maîtres d'Orléans une réputation méritée, il exci- tait, en revanche, la jalousie des écoles rivales, qui ne ménageaient pas leurs attaques. Ce n'étaient pas seulement les dialecticiens qui déclaraient la guerre aux Orléanais pour une diversité de méthode; les théo- logiens et les esprits chagrins leur reprochaient d’alté- rer la pureté de la foi chrétienne en infectant l'esprit de leurs disciples par les mensonges de l’antiquité paiïenne. On n'était plus au temps où le pape Grégoire le Grand proscrivait entièrement l'étude de cette anti- quité, où un archevêque de Rouen, saint Ouen, ne voyait dans les plus aimables fictions de la poésie que des sottises de poètes criminels, sceleratorum neniœ poetarum (2); mais les poètes anciens inspiraient en- (1) M. L. Delisle, op. cit., p. 144-145. (2) Vita S. Eligii, lib. I, p. 77, dans le t. II du Spicilegium de Dachery. INTRODUCTION LXXXVII core une certaine méfiance parfois justifiée, parce que les maitres ne choisissaient pas toujours avec assez de réserve les passages qu'ils faisaient étudier à leurs disciples. C’est ce qui explique les violentes accusations que nous voyons dirigées contre l’orthodoxie des Orléanais. Dans le prologue de son ÆEcclesiale, Alexandre de Villedieu, commentant ces paroles d’'Ezéchiel : Nos pères ont mangé des raisins verts et les dents de leurs enfants se sont agacées, comparait à ces raisins verts l'éducation païenne qui apprenait à la jeunesse à con- paître Phébus, Vénus, Jupiter et Bacchus, et s’appli- quait à les glorifier en composant des livres en l’hon- neur des faux dieux. « La grâce céleste, ajoutait-il, a écrasé ces raisins verts, et la foi chrétienne a chassé bien loin ces vaines idoles.., mais il reste encore beaucoup trop de disciples de cette secte, et les maîtres n’ont pas renoncé à de telles erreurs. Orléans nous enseigne à sacrifier aux dieux, en nous faisant connaître les fêtes de Faune, de Jupiter et de Bacchus ; c’est, au témoi- gnage de David, la chaire de pestilence, où jamais ne s'est assis l’homme saint, fuyant la doctrine perni- cieuse qui se répand parmi nous comme une maladie contagieuse. » Puis, jouant sur le nom de Pierre Riga, auteur de l’Aurora ou Bible versifiée, il continuait ainsi : « Il a voulu purifier notre cœur et notre bouche ce Pierre Riga qui a arrosé frigavit) le clergé d'une eau vivifiante, et nous a nourris d’un doux miel tiré LXXXVII INTRODUCTION de la pierre fpetra), en dégageant des simples récits de la Bible le sens symbolique... À l'Orléaniste la route du paradis ne sera pas ouverte, s'il ne change pas de langage. Que ce changement vienne donc, pour que nous puissions nous désaltérer au triple fleuve et garder la foi du Dieu triple et un (1). » Un professeur de l’école de Bologne, Boncompagnus, n’est pas moins sévère. Au début de son livre des Douze Tables, il dit que son but est de ramener aux usages des saints pères, de la cour romaine et de la cour impériale, les écrivains qui se laissent séduire par les fausses et superstitieuses doctrines des Orléanais (2). Telle était la situation des écoles de Paris et de celles d'Orléans à l’époque où Henri d’Andeli composa sa Bataille des VIT Ars, qui vient, d’une manière si vive et si pittoresque, confirmer et compléter les ren seignements qui nous sont donnés par d’autres sources. Je ne ferai pas l'analyse de cette pièce que Legrand d'Aussy a mise en prose moderne avec assez d'exacti- tude; le lecteur me saura gré de laisser à cette œuvre la saveur piquante du vieux langage. Je me bornerai ici à quelques réflexions et je réserverai pour les notes placées à la suite les explications les plus nécessaires. L'empire que la Logique ou Dialectique (car on ne (1) M. Ch. Thurot, op. cit., p. 114-115. (2) M. L. Delisle, op. cit., p. 143. INTRODUCTION LXXXIX les distinguait pas à cette époque) exerçait dans les écoles de Paris sur tous les arts et toutes les sciences est fortement accusé dans le poème de notre trouvère, ainsi que l’abandon dans lequel on laissait la gram- maire. Logique a les clercs pour elle, et Grammaire est dédaignée fest mise au mains); elle n’a plus d’autres partisans que les grammairiens et les auteurs. Tous les arts sont enrôlés dans l’armée de Logique; les sciences dont l'étude était nouvelle alors, droit civil, droit canon, médecine, chirurgie, bien qu’elles ne prennent pas une part directe au combat, suivent pourtant son étendard. La Théologie elle-même était sortie de Paris pour venir à la rencontre du parti de Grammaire ; elle y retourne bientôt pour ne point as- sister à ces luttes profanes, mais l’auteur lui reproche néanmoins d’avoir abandonné la droite clergie et tourné à la philosophie ; il blâme les arciens d'avoir délaissé les auteurs pour ne plus lire que les livres de nature et de s'être faits les adversaires de la bone an- cienetez. Quant à lui, il prend parti pour la grammaire telle qu’on l'enseignait au temps de sa naissance; il regrette, il est vrai, que les auteurs aient mélé tant de fables à leurs vérités, mais il pense que leur étude peut seule préparer les esprits à recevoir une instruction solide ; en toute science, dit-il, le maitre qui n'entend pas bien ses pars (parties du discours) n’est qu’un ap- prenti. La Logique fait plutôt illusion par son appareil d'argumentation qu’elle ne possède de force réelle. 12 XC INTRODUCTION Lorsqu'il nous la montre, dans l’ardeur de la lutte, mettant en lambeaux sa robe dont les manches seules recouvrent alors ses bras, il la compare plaisamment à un couteau sans lame et ajoute : De ses bras nous fet aparence, Sor le corsn'a point de substance. Et pourtant c’est de la Logique qu'on prétend nourrir les jeunes intelligences non encore formées; elle est maintenant en vogue : on l'enseigne aux garçons qui n'ont pas encore quinze ans; Logique veut les faire voler avant même qu'ils puissent marcher, dit-il finement, en nous montrant la déconvenue de ce jeune messager qui, envoyé par elle à sa rivale pour traiter de la paix, s’en revint, a grant meschief, sans avoir pu entendre la reson des presenz ne des preteriz, conjugacions anor- males, etc., pour avoir trop peu demeuré en la maison de dame Grammaire. En lisant ce joli passage, on songe aux critiques que Jean de Salisbury, près d’un siècle auparavant, adressait aux novateurs de son temps; il les montrait ne gardant pas leurs disciples dans les écoles plus longtemps qu'il ne faut aux petits oiseaux pour se couvrir de plumes ; il raillait ces nouveaux maitres s’envolant de leurs bancs aussi promptement que les oiseaux quittent leurs nids(1). Henri d'Andeli (1) Jean de Salisbury. Metalogicus, 1. I, c. III, édit. Migne, col. 849. INTRODUCTION XCI pensait que cet éngouement pour la Logique n’était que passager : li siecles vait par vaines, dit-il en termi- nant, et dans trente ans de nouvelles gens viendront qui recourront comme autrefois à la grammaire. Ce qui nous rend encorela Bataille des VIT Ars par- ticuliérement intéressante, ce sont les renseignements que nous y trouvons sur les auteurs que l’on étudiuit dans les écoles de Logique et surtout dans celles de Grammaire. Les philosophes et les auteurs anciens enrôlés dans l’armée de la Dialectique sont Aristote, dont les principaux ouvrages personnifiés figurent par- mi les combattants, Platon, Socrate, Porphyre, Boëce et Macrobe ; ils sont tous Grecs, à l'exception des deux derniers ; mais il est bon de rappeler qu'on ne les étu- diait pas alors dans leur langue; on ne les connaissait que par des traductions latines faites sur les originaux comme celles de Boëce, ou sur des versions arabes. Socrate, on le sait, n’a laissé aucun ouvrage; il n’est cité là que sur sa haute réputation, ou plutôt parce que son nom revenait sans cesse dans les exemples dont se servait l'argumentation scolastique (1).Un seul ouvrage appartenant au moyen âge figure à côté des œuvres des philosophes anciens, le Sex Principia de Gilbert de la Porrée, que l’on regardait comme le complément indis- pensable des Predicaments (Catégories) d'Aristote. Le (1) Voir plus loin, p. 163, la note sur le vers 264 de la Bataille des VII Ars. XCII INTRODUCTION v. 99 nous apprend encore que les œuvres des méde- cins grecs Hippocrate et Galien, connues aussi par l’intermédiaire des Arabes, servaient de base à l’ensei- gnement de la médecine. Dans l’armée de Grammaire, nous voyons d’abord les grammairiens anciens Priscien et Donat, dont le livre du Barbarisme a passé par trahison dans l’ar- mée de Logique, allusion plaisante au style peu correct des logiciens, puis le Grécisme (A grecime) d'Evrard de Béthune et le Doctrinal d'Alexandre de Villedieu, que l’auteur appelle les deux neveux de Priscien, parce que le fond de ces deux grammaires en vers latins techniques était emprunté à son traité; enfin, Martia- nus Capella, qui, dans son ouvrage De Nuptiis Philo- logiæ et Mercurii, avait établi la fameuse classification des sept Arts reproduite dans le Trivium et le Quadri- vium. Quant aux auteurs proprement dits, ce sont : 1° des poëtes appartenant à l'antiquité païenne : Homère, Clau- dien, Perse, Juvénal, Horace, Virgile, Lucain, Stace, Térence, Ovide, Sénèque, Caton, Avienus; 2° des poètes chrétiens du v® et du vi* siècle : Sedulius, saint Prosper, Prudence, Arator; 3 des poètes contempo- rains : Jean de Hautviile (Archithrenius), Mathieu de Vendôme (Tobiade), Gautier de Châtillon (A/exan- dréide), Pierre Riga (Aurora), Alain de Lille (Anti- Claudien), Primat d'Orléans et Bernardin le Sauvage. L'auteur mentionne aussi un Pamphile, qui composa INTRODUCTION XCIII l’élégie amoureuse souvent citée au moyen âge et connue sous la titre de Paimphilus de amore ou de Pamphili liber de amore inter Pamphilum et Gala- team. Legrand d'Aussy a donc eu tort de dire que « parmi les héros de l’armée orléanaise, Henri ne compte que deux versificateurs latins de son temps, l’auteur du Grecismus et celui du Doctrinale puerorum, ce qui fait prèésumer qu'il n’y avait que ces deux ouvrages moder- nes employés dans les écoles d'Orléans. >» Homère n’est pas non plus, comme il le croit, le poète grec, « mis là... sur sa renommée. » On désignait sous ce nom, au moyen âge, l’auteur inconnu de l’abrégé en vers latins de la Guerre de Troie. Il dit encore, et cette interprè- tation a été adoptée par Jubinal : « Parmi les poètes françois, il (l’auteur) n’en cite qu’un seul : c'est Sau- vages, l’auteur du Doctrinal. » Je crois, pour ma part, que Bernardins li Sauvages ne représente point ici l'au- teur du petit poème en vers français qui nous a été conservé sous le titre de Doctrinal le Sauvage, mais que son nom est la traduction de celui de Bernardus Silvestris qu’on identifie d'ordinaire avec Bernard de Chartres (1). Je renvoie, d’ailleurs, aux notes pour les renseignements que je donne sur ces auteurs, ainsi que sur les personnages contemporains cités par Henri d'An- deli, sur ceux du moins que j'ai pu arriver à connaitre. (1) Voir, p. 170, la note eur le vers 328. XCIV INTRODUCTION Legrand d’Aussy a donné, en négligeant plus d’un détail, la traduction en prose de la Bataille des VIT Ars précédée d’une introduction et accompagnée de notes qui renferment, avec quelques erreurs, des explica- tions intéressantes [l). Jubinal a publié le texte de cette pièce dans les deux éditions qu’il a données des œuvres de Rutebeuf, la première en 1839, t. Il, additions, p. 415; la seconde, en 1874-1875, t. III, additions, p. 325-347. Le texte de cette seconde édition présente quelques amé- liorations, mais toutes les fautes de lecture n’y ont pas été corrigées. De plus, Jubinal n’a pas, comme il le prétend dans sa dernière note, donné toutes les variantes, et même, quand il s’est écarté, quelquefois à tort, du texte du ms. 837, qu’il a pris pour base, et emprunté des leçons au ms. 19152, il a négligé de faire connaître celles de l’autre manuscrit qu'il croyait devoir rejeter. (1) Not. et Extr. des mss., etc., An vu, t. V, p. 496 et suiv. INTRODUCTION XCV VI L LES MANUSCRITS. — LE TEXTE Les œuvres de Henri d’Andeli nous ont été conser- vées : 1° Par les quatre mss. français de la Bibliothèque nationale : 837 (anc. 7218), 1593 (anc. 7165), 19152 (ancien S. G., 1830 et 1239) et 1104, nouv. acq. du fonds fr. ; 2° Par le ms. 4333 de la Bibliothèque Harléienne {British Museum) ; 3° Par le ms. 113 de la Bibliothèque publique de Berne, dont une copie existe à la Bibliothèque natio- nale, ms. Moreau, 1727 (anc. 52 de la collection Mou- chet). Ces mss. ayant été décrits, je bornerai mon examen aux textes qu'ils donnent des œuvres de Henri d’Andeli. Le Lai d’Aristote est contenu dans les quatre mss. de la Bibliothèque nationale désignés plus haut; il y occupe les folios et les colonnes suivantes : 837,f. 80 c à 83 a ; 1593, f. 154 a à 156 d ; 19152, f. 171 j à 173/; 1104, nouv. acq. fr., f. 69 c à 72 b. Dans la discussion qui va suivre, je désignerai, pour abréger, les mss. XCVI INTRODUCTION dans l'ordre où je viens de les indiquer, par les sigles A, B, C, D. Ces quatre mss., dont aucun ne donne un texte complet, présentent à l'égard des leçons de notables différences. On sait que les copistes ne se faisaient aucun scrupule de modifier les idées et le style des auteurs dont ils transcrivaient les œuvres, et que, à moins de posséder le ms. original, ce qui n'arrive, on peut le dire, jamais, on ne saurait se flatter de re- trouver le texte exact de l'auteur; on ne peut le reconstituer dans une certaine mesure que par des inductions tirées de la comparaison des divers mss. C’est ce que je vais tenter de faire pour le Lai d’Aristote. Dans la Vie de saint Alexis, M. Gaston Paris, établissant les règles qui doivent présider à la critique des textes, a posé ce principe incontestable « que des scribes différents, copiant un même texte, ne font pas les mêmes fautes », et que « pour les œuvres du moyen âge qui ont subi des renouvellements, des renouveleurs différents. travaillant sur un même poème, ne font pas les mêmes modifications » (1). Il résulte de là que, si deux ou plusieurs mss. indépendants offrent des leçons identiques, ces leçons ne sont pas autre chose que celles d’un ms. antérieur dont ils procédent directement ou par intermédiaires ; de même, si comparés à un autre ms. dont ils sont indépondants, ils manquent de (1) Vie de saint .'lexis, p. 10. INTRODUCTION XCVII certains passages et comblent certaines lacunes que l’on trouve dans ce ms., la ressemblance qu’ils pré- sentent à cet égard leur vient d'un ms. plus ancien sur lequel ils ont été copiés. C’est sur ces considérations que je m’appuierai dans le cours de cette discussion. Les quatre mss. dont il s’agit ici appartiennent à la dernière moitié du xx siècle ; ils ont été copies peu de temps après l’époque à laquelle Henri d’Andeli composait son œuvre. La question de savoir quel est le plus ancien a donc ici peu d'importance ; il peut d’ailleurs se faire qu’une copie très voisine du temps où écrivait l’auteur présente plus d’altérations qu'une autre qui procéderait de plusieurs intermédiaires. Je m'appuierai seulement pour classer les mss. sur l’éten- due de leur texte et la diversité de leurs leçons. Un examen, même superficiel, permet de reconnaître que nos quatre mss. doivent se diviser ainsi : d’un côté A B C qui forment, comme nous allons le voir, un groupe bien caractérisé; de l’autre D. Relativement à l'étendue du texte, A BC, abstraction faite de leurs différences que Jj'indiquerai plus loin, ont cela de commun qu'ils manquent tous deux de certains passages que renferme D, et qu’ils comblent de la même manière les lacunes de D. On trouve seulement en D les vers 29-32 (1), 71-84, (1) Ces chiffres, ainsi que tous ceux qui vont suivre, se rapportent au texte que je publie, et non aux divers mss., qui sont tous incomplets. ! faut donc chercher dans chaque ms. les vers qui correspondent à ceux que désignent mes chiffres. 13 XCVIU INTRODUCTION 121-136, 175-180, 191-214, 235-236, 251-252, 255-264, 269-270, 285-286, 299-300, 349-352, 422-423, 444-447, 458-461, 486-487; D n’a point les vers 145-146, 335- 336, 394-397, 470-471, 497-511, 520, 524-525, 534-535, 546 à fin. Ce ms. offre encore quelques différences dans le texte des chansons que l’auteur met dans la bouche de la jeune Indienne. Il donne six vers à la chanson Or la vot et la fait débuter par celui-ci que seul il renferme : C’est la jus desoz l’olive. Plus loin, entre les deux vers : Ci me tienent amoretes, Bele trop vos aim, il intercale ce vers qui n’est pas dans les autres mss. : Dras igaoit meschinete, et entre les deux vers : Ainsi va quiamors mainent, Maistre musart me soutient, le vers, Bele doe ighee laine, qu'on ne trouve ni dans B ni dans C et qui est remplacé dans A par celui-ci : Pucele blanche que laine. Semblables entre eux par les passages qui leur manquent ou qu’ils renferment seuls, comparativement à D, les mss. du groupe A B C différent par les points suivants : À renferme seul les vers 472-473 : Qui li donast trestout l'empire, Nese tenist il pas de rire ; il n’a pas le vers 385 : Dont clere est l’onde et blanche est la gravele, non plus que les deux vers 462-463 que l'on trouve dans les trois autres mss., mais que D donne dans un autre ordre que B C. La chanson Or la voi a six vers dans le ms. A; les deux derniers sont ainsi INTRODUCTION XCIX présentés : Or la voi, la voi la bele Blonde, or la voi; il est évident qu'il faut les lire : Or la voi, la voi [la voi] La bele blonde, or la voi. B présente seul, après le v. 308, ces deux vers : Alixandres estoit levez, À la fenestre iert escoutez ; seul il transpose les deux vers 239-240 et les donne dans cet ordre : Mès s’engins et sens ne me faut, Dit la dame, se Dex me saut ; il omet les vers 114, 374 et 383 ; il ne donne que cinq vers à la chanson Or la voi; il réduit la chanson Ainsi va... à ces trois vers : Ainsi va qui amours mainne, Et ainsint qui la maintient, Meistres musars me sostient. C diffère des autres mss. du groupe principalement par la suppression d’une bonne partie de la fin du poème. Après ces deux vers : Et la dame est venue a chief, De trestot quanques empris a, il coupe brusque- ment le récit et ajoute six vers qu’on Lira aux variantes et dont le premier ne rime même pas avec le dernier du texte conservé. Le vers 50 a été omis par le copiste. De plus, le texte de C parait avoir subi quelques modifications caracté- ristiques. Pas plus que A B, C ne présente les vers 269- 270 qu'on lit seulement en D; mais il les remplace par ces deux vers : Si en commença a noter Et ceste chançon a chanter; à la suite, les paroles qu’Alexandre adresse à sa maîtresse, et qui sont à peu de chose près les mêmes dans les trois mss. A B D, sont converties dans C en une chanson de six vers dont le premier est, C INTRODUCTION Main se levoit bele Erembours et dont les quatre derniers sont en rimes croisées (1). La chanson Or la voi... a huit vers dans le ms. C; si dans le septième, Or la voi, la voi, la voi, on rem- plaçait le dernier la voi par m'amie, on retrouverait la forme bien connue du rondel en huit vers à rimes ainsi disposées a b a a a b a b, dans lequel le quatrième et le septième vers sont les mêmes que le premier, et le huitième le même que le second. Le ms. C est le seul qui présente cette disposition qui me semble due plutôt au copiste qu’à l’auteur; je ne connais pas en effet d'exemple aussi ancien de rondel, et je rejette la lecon de C aux variantes. Une différence très importante du ms. C, c’est que, seul de son groupe, il donne les vers 17-18, qu’on trouve aussi en D. J'en tirerai plus loin la conséquence. Enfin, C a les vers 462-463 qui lui sont communs avec B et qui se lisent aussi en D, mais intervertis. Il manque ainsi que B des vers 472-473, qu’on ne trouve d’ailleurs que dans A. Une première question se pose : Faut-il voir des interpolations dans Îles passages que l’on trouve seule- ment soit dans A B C, soit dans D? Sans doute, quel- (1) Dans le ms. C, le texte des diverses chansons est toujours écrit à lignes pleines ; au-dessus de chacune de ces lignes est un espace resté blanc et qui était destiné à recevoir les portées musicales et les notes. INTRODUCTION CI ques-uns ne sont pas tellement indispensables au sens que le texte ne puisse s’en passer, mais ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas les admettre. Il en est d’autres dont la suppression ne peut être acceptée. Les mss. À B C omettent les vers 29-32, et donnent ce même texte, sauf quelques variantes : Certes c'est crueus vilonie De blasmer les crueus felons C'on puet apeler guenelons..! N'est-il pas évident que cette lecon est mauvaise, puisqu'elle est à la fois contraire au bon sens et à la suite bien claire des idées de l’auteur. Les vers 71-84, donnés seulement par D, me parais- sent compléter par une suite bien naturelle l'éloge, si cher aux trouvères, de la générosité et du désintéres- sement d'Alexandre. Après le passage dans lequel Aristote reproche à son royal disciple sa faiblesse et l'oubli de ses devoirs, les mss. À B C suppriment, v. 175-180, la réponse d’A- lexandre s’engageant à ne plus voir la jeune Indienne et disent tout de suite : Alexandres ainsi demeure. Or les vers qu'ils omettent sont une transition néces- saire pour expliquer le changement de conduite du roi. À B C ne donnent pas les vers 191-214 ; mais ce pas- sage qui nousmontre Alexandre serappelant les charmes CII INTRODUCTION de sa maîtresse et délibérant en lui-même s’il doit obéir àson maître ou céder à sa passion, estincontestablement un des meilleurs endroits du petit poème. Qui done, après l'avoir lu, voudrait en proposer la suppression ? Après ce vers : Sire rois, or vous levez main, A B C suppriment les vers 255-264 et disent immé- diatement : Aus fenestres de cele tor, Et je porverrai mon ator, n’y a-t-il pas évidemment une lacune}? Les vers 269-270, 422-423, omis par ces trois mss., me paraissent aussi appartenir bien réellement au texte de l’auteur. Je tiens pour établi que ces passages conservés par D ne sont pas des interpolations. La même preuve peut être donnée pour plusieurs des passages qui nous sont fournis seulement par À B C. D supprime les vers 145-146; mais il est évident que le copiste a maladroitement altéré le texte de tout cet endroit. La forme du dialogue entre Aristote et Alexandre est changée en un discours indirect du maître à son disciple ; la réponse d'Alexandre devient une réflexion de l’auteur qui ajouterait plus loin : Aristotes.…. vint au roi, comme s’il n'était pas déjà en sa présence. Le texte donné par A B C est évidem- INTRODUCTION CIII ment le bon, et, dès lors, les vers 145-146 en font nécessairement partie. Les vers 335-336 ne sont pas moins indispensables. Il en est de même des vers 470-471 ; il faut bien dire qu'Alexandre, dont il n’a pas été question depuis le vers 309, est présent, avant de mettre dans sa bouche les paroles ironiques qu'il adresse à son maître. D omet encore les vers 497-511, et donne ce texte : Ce que j'appris et leü M'’a amors deffait en (une] eure. Li rois fu liez en iceste eure. La lacune est prouvée par la façon maladroite dont ce raccord est fait. Les réflexions morales qui terminent le fabliau dans les mss. À B, du vers 546 à la fin, pourraient à la rigueur être supprimées; cette affabulation est d’ailleurs dans le ton du poème et je n’hésite pas à croire que le copiste de D, qui a mutilé en plusieurs endroits la dernière moitié du fabliau, pressé d'en finir, a coupé là brusque- ment le récit. Les considérations que je viens de présenter m'au- torisent suffisamment, je crois, à attribuer à l’auteur même les passages dont les divers mss. n’ont pas tenu compte. C’est d’ailleurs ce que Méon a cru devoir faire dans l'édition qu’il a donnée de ce fabliau, sans en indiquer toutefois les raisons, et je n’hésite pas à faire CIV INTRODUCTION comme lui. Je rétablis même dans le texte quelques vers du ms. D, qu'il a omis. Il résulte de cette discussion que, puisque les pas- sages conservés par D ne sont pas des interpolations, ce ms. ne procède pas du groupe A B C qui ne les contient pas, et que, par une raison toute semblable, ce groupe ne peut avoir pour origine le ms. D. L'examen des trois mss. qui composent le groupe A BC({1}) permettra d'établir de même qu’ils ne procèdent pas les uns des autres. Je pourrais, en m’appuyant sur la diversité des leçons, multiplier les preuves ; je me bornerai, pour être bref, aux remarques les plus essen- tielles. À ne vient pas de B, parce qu’il donne les vers 114, 374, 383 que le copiste de B a oubliés, et qu'il a des vers justes et de bonnes lecons là où B présente des vers faux et des leçons inintelligibles. B ne vient pas de A, parce qu’il a de plus que ce dernier le vers 385 appar- tenant à la chanson de toile ou d'aventure, vers ega- lement donné par Cet D, ainsi que par le chansonnier français ms. 20050 (anc. S. G. 1989, Bibl. nat.) qui contient la chanson entière, et parce qu’il a les vers 463-464 absents de À et qui se lisent dans le ms. C, et aussi, mais intervertis, dans le ms. D. À B ne proviennent pas de O, parce qu'ils ont le vers (1) Je rappelle qu'en comparant ces mss. je n'ai égard qu'au Lai d'Aristote. INTRODUCTION CV 50 oublié par le copiste de C, ainsi que la conclusion du poème à partir du v. 507 que C a supprimée. C ne vient ni de À ni de B, parce qu'il donne les vers 17-18 absents de ces deux mss. et qui appartiennent bien au texte primitif, puisqu'ils se rencontrent dans le ms. indépendant D. A et B, ne renfermant pas les vers 17-18, proviennent d'un ms. que j’appellerai 3, qui comme eux ne les conte- nait pas; z et C ont pour origine un ms. que je désigne- rai par y; c'est de lui que À B C tiennent les passages et les lacunes qu'on ne trouve pas en D; il avait de plus les vers 17-18 qui sont communs à C et D. Le ms. y est donc le point de départ du groupe A B C; les raisons que j’ai données plus haut en comparant ce groupe au ms. D s'appliquent de tout point à D et à y; ces deux mss. viennent donc d’un ms. antérieur æ qui contenait les passages qu'on trouve seulement ou dans le groupe A B C ou dans le ms. D. Il a donc existé au moins sept mss. du Lai d’Aristote dont le tableau suivant indique la filiation : 14 CVI INTRODUCTION J'ai dit au moins sept mss.; il n’est pas sûr, en effet, que æ soit le ms. même de l’auteur, et il peut y avoir eu entre eux plusieurs intermédiaires que l’on ne connait pas. Des considérations qui précèdent, il me semble ré- sulter que le texte définitif, c'est-à-dire le texte du ms. +, au delà duquel nous ne saurions remonter, devra se composer : 1° des lecons communes aux quatre mss. À B C D; 2° des lecons communes à D et à l’un des trois mss. À B C, cette ressemblance ne pouvant pro- venir que du ms. x. En cas de divergence entre le groupe A B C et le ms. D, ce groupe n'aura pas plus d'autorité que D, puisqu'il représente, en dernière analyse, le ms. y qui vient comme D du ms. æ, et qui, a priori, n’a ni plus ni moins de valeur que D. Pour reconstituer y {dans le cas seulement où il diffère de D), il faut prendre : 1° les Jecons communes à À B C; 2° les leçons communes à Cet à l'un des mss. A B, cette ressemblance ne pouvant leur venir que du ms. y. S'il y a divergence entre les mss. A B et le ms. C (toujours pour les leçons qui ne sont pas en D), A et B représentant z n'auront ni plus ni moins de valeur que C qui, comme z, vient d'y. Dans ce cas comme dans le précédent, le choix entre les lecons ne pourra être déterminé que par des raisons, toujours un peu arbitraires, de langue et de goût. Je donnerai d'ailleurs toutes les variantes de leçons. Un exemple fera mieux comprendre la méthode que INTRODUCTION CVII j'ai suivie; je le prends dans les vers 10-14 que les quatre mss. donnent ainsi : À Ausi com li .j. le bien loent Et vont la bone gent loant Le despisent li mesdisant Quant il pis ne lor pueent fere. B Ainsi com li bon le bien loent Et vont les bonnes gens dissant Les despisent li meldisant Quant il pis ne lor puent faire. C Qu'ausi com li bon le bien loent Et vont adés le bien disant Le despisent li mesdisant Quant il pis ne lor puent fere. D Qu'ausi con li bon le desloent Et vont la bone gent prisant La despisent li mesdisant Quant il pis ne lor pueent faire. Dans le premier vers, j'adopte qu’ausi donné par C D, j'écarte 1. ). qui ne se trouve que dans A,et la leçon évidemment mauvaise de D, desloent. CVII INTRODUCTION La leçon de C pour le second vers est excellente, mais elle a le malheur d’avoir contre elle l'accord des trois autres mss. qui ne diffèrent que pour le dernier mot. Je fais remarquer que B est plus souvent qu’A conforme à C, et que, pour cette raison, on peut, à tra- vers ses nombreuses incorrections, entrevoir qu’il re- produit plus fidèlement les leçons de 3. Le vers de B, Et vont les bonnes gens dissant, était sans doute dans 3 et dans y; le copiste de C, ne le comprenant pas,ena changé la première partie en conservant le mot disant; le copiste d’A l’a corrigé moins heureusement en rem- plaçant disant par loant, difficile à admettre après le mot loent qui termine le vers précédent. La leçon de D est évidemment la vraie. J’adopte la bone gent et non les bonnes gens, parce que les trouvères emploient presque toujours ce collectif au singulier, tout en met- tant au pluriel les pronoms qui s’y rapportent. Les exemples abondent et Henri d’Andeli en fournit lwi- même plusieurs. C'est pour cela que, au troisième vers, entre les trois leçons À C Le, D la, B les, je préfère la leçon les conforme à l’usage et en rapport avec le pluriel Zor du quatrième vers. L'écueil de la classification que j’ai établie plus haut, ce serait qu'un des deux mss. À B coïncidât avec D, tandis que l’autre présenterait une leçon commune avec C. Dans ce cas, en effet, la ressemblance soit d’A, soit de B avec D, ne pourrait venir que de x par l’intermé- INTRODUCTION CIX diaire d’y et de z, et celle soit d’A, soit de B avec C, ne saurait résulter que d’y par l'intermédiaire de 3; il y aurait là une contradiction. Je dois reconnaître que ces circonstances se présentent plusieurs fois, mais il me semble qu’elles peuvent être expliquées sans que la classification soit ébranlée. Le premier vers est dans À D De biaus mos conter et retrere et dans B C De conter biaus moz et retraire. Ici, pas la moindre difficulté, la transposition a pu fa- cilement être faite par deux copistes indépendants. Vers 149 : À Qui por fol m'en voudrent clamer, D Qui por fol l’en vorroient clamer, B Qui fol me vo- roient clamer, C Qui fol m'en vodroient clamer. L'ad- dition de por (fréquemment employé avec le verbe clamer), machinale en D, où elle rend d’ailleurs le vers faux, a été nécessitée en A par le changement de vo- roient en voudrent ; il n’y a là qu’une ressemblance fortuite. | | V. 326 : À Hé, Diex! fet il... D Ha Diex! fait il... B Et dist : Hé Dex !.. C Et dit : Ha Dex. J'admets que la leçon de B C se trouvait en 3 et en y; mais A a bien pu revenir à la lecon de D; le changement de dit en fet que les trouvères emploient constamment l’un pour l’autre, n’a rien que de très naturel, aussi bien que la transposition rétablie par A. V. 342, A D font estuide du masculin : mon estuide, B C le font du féminin : m'estuide. On trouve en effet à cette époque ce mot employé dans les deux genres. CXx INTRODUCTION La lecon B C était en z et en y Molt ai mol emploié m'estuide. Le copiste d'A aura supprimé molt pour faire estuide du masculin, comme il en avait sans doute l'habitude. De là la coïncidence avec D; elle s’arrête d’ailleurs là, car À commence le vers par Bien ai em- ploié... et D par Mal ai emploie. V. 401, A D Dame, bien soiez vos venue, BC Dame, vos soiez bien venue. La forme bien soiez vos est très fréquente à cette époque ; les sources de B C l'ont changée, A l’a rétablie. V. 440, À Bien l’a mis amors a desroi, D Bien l'a amors mis en effroi, B C Bien l'a mis nature en ef- froi. La substitution par À d'amors à nature s'explique à mon sens facilement ; le mot est amené par le sujet et aura paru au copiste plus précis et plus vif que nature. V. 465-466, À Ainsi va qui amors maine, Pucele blanche que laine, D Ainsi va qui amors mainent, Bele Doe ighee laine. B C suppriment le second vers. Il semble que le vers de D cache la bonne lecon; les autres mss. ont dû avoir dans leur source un vers ana- logue qu'ils n’ont pas compris. B et C l'ont supprimé, À l’a refait. Ce sont là les seuls passages qui présentent quelque difficulté ; on a vu que B C y coïncidaient; ces deux mss. sont en effet plus souvent d'accord entre eux que l’un ou l’autre avec A. J'ai déjà dit plus haut que ni l’un ni l’autre ne donne les vers 472-473 d’A et que INTRODUCTION CxI1 tous deux ont les vers 462-463 qui manquent à À ; d’où je conclus qu’À a souvent modifié les leçons du ms. dont il provient. Pour l'établissement du texte, suivre principalement le ms. D, en empruntant au groupe A B C les lecons qui pouvaient paraitre préférables, facilitait singuliè- rement la tâche. Je n’ai pas cru, toutefois, devoir le faire. Si D, pour la première partie du poëme, est plus complet que À B C, il l’est beaucoup moins pour la dernière partie; il n'offre donc pas, à cet égard, d’a- vantage ; d’ailleurs je ne le crois pas plus rapproché de l'original que les autres mss.; nous ne connaissons pas ses intermédiaires, mais le texte en beaucoup d'endroits y a été visiblement altéré, et il me semble résulter de la comparaison des mss. du groupe À B C un texte meilleur. De ces trois mss., B me parait le plus fidèle, à l’égard des lecons; il est en effet d'accord soit avec C, soit avec À, plus souvent que C et A ne s'accordent, et l'on peut, à mon avis, retrouver maintes traces des lecons primitives sous ses nombreuses incorrections. B est en effet l’œuvre d’un copiste inattentif et inin- telligent ; il laisse tomber des vers entiers, il omet fré- quemment des mots et fausse ainsi la mesure; il écrit des mots dénués de sens; il répète parfois à la rime le mot qui termine le vers qui précède, v. 3-4 entendre, 27-28 villenie, 67-68 gent, 169-170 estrange, 307-308 vient, ce qui prouve qu'il ne s’est pas relu. Mais, à côté de cela, il observe la distinction du cas-sujet et du cas- CXII INTRODUCTION régime plus généralement que les autres mss.; c'est ainsi qu’il emploie constamment mes, ses au sujet mas- culin singulier, tandis qu’A C D ne le font que rarement. Cette copie a été exécutée dans l’est de la France, comme le prouvent les particularités dialectales qui vont suivre : Le français a, à la 3° p. s. des verbes, est fréquem- ment changé en ai : at (habet), 23, 108, 233, 345, 480, 525, 539, 505; faudrai, 247, varrai, 248, ou en ei : saurei, 252, porrei, 314, irei, 318. On trouve aussi re- vatit, 216, vet (va), 301. — L'a est changé en e dans la négation pas qui devient pes, 186, 280, 296, 541, dans bes, 302, besse, 391, pesse (passe), 390, et dans le verbe blasmer qui partout est écrit blesmer. — a de- vient quelquefois es au commencement des mots : esprandre, 346, esprandant, 347, esprinsure, 541, estande, 560. — La diphtongue at est changée en ei : malveis, 8, direi, 57, 92, reisons, 140, meistres, 165 et passim, seillie, 217, teist, 224, feit, 325, metre, 402, metrei, 407, doutei, 488, feire, 516, afeire, 517. — a est employé pour et, 53, 62, 101, 278, 336, 398, 525, et _ réciproquement et pour a, 53, 63, 308. — au est réduit à a : chevachier, 432, chevachant, 462, chevache, 475, vat (vaut), 474. — ai est réduit à a : revenra, 38, fera, 54, magres, 339. L'è francais venant de l’e et de l’? latin en position devient a devant L et t : ballement, 141, bale, 295, ensaler, 450, entrematre, 25, chançonate, 309, mat, INTRODUCTION CXIII 324, florates, 359, amorates, 363, seate (sagitta), 370. On trouve aussi vargier, 433, clargie, 156. — ei est changé en ot : mervoil, 19, mervoilliez, 226, esvoil- lier, 279, oroille, 310, mervoille, 394. — en devient presque toujours an + entandre, 3, sanz, 5, errau- mant, 9, escussemant, 23, mortelmant, 24, prant, 93, duremant, 170, comant, 222, tant, 310, empannée, 371, coviant, 428, dessant, 484, jovant, 489, etc., etc. La préposition en est le plus souvent écrite an, 8, 51, 70, 147, etc. O s’affaiblit en e dans les mots suivants : henorer, 64, henours, 335, henor, 568. — oi se réduit à o : poroent, 35, moroent, 36, blesmoent, 229, metroe, 328, 829, feroe, 330, joe, 561. — ou, très souvent au lieu d'o : majour, 87, sejour, 88, flours, 357, tour, 2065, 282, etc., atour, 266, tout, 68, 94, etc.; sous, 282, amour, passim, etc., mais aussi, fof, 15, 112, etc., dotai, 237, torné, 493, mostre, 544, rover, 172, sos- tient, 407, sospirant, 387, vos, toujours, etc. Les consonnes sont fréquemment doublées : cortois- sie, 5, unne, 25, 150, 151, 381, dissant, 11, despissent, 12, meldissant, 12, poisse, 19, ossent, 137, chossent, 138, rancunne, 152, mainne, 159, 465, semainne, 160, mechinne, 169, chemisse, 281, misse, 282, rosse (rose), 289, taissiez, 418, sainne, 464, finne, 543, etc. D est supprimé dans les mots : repanre, 243, apanre, 343. Æ est employée quelquefois sans raison étymolo- 15 CXIV INTRODUCTION gique : Auevre, 45, 51, vehu, 471, 475, 494. Elle est supprimée dans aut, 302. M est quelquefois substituée à n dansle corpset à la fin des mots : vilaim, 50, omques, 148, 189, 330, 343, am, 226, domques, 329, volumtiers, 438, volumie, 514, 567. S se trouve à la 1'° p. du s. dans les mots suivants : suis, 221, 491, pois (puis), 492. T final se rencontre aux 3° p. s. des verbes : respon- dit, 145, oit, 146, 268, abelit, 216, esjoit, 267, et dans le substantif ennuit, 22 (annuit, 319). Je citerai encore les formes doispuis pour despuis, 411, 569, s’abenoie pour s’esbanote, 365, mesage pour musage, 174, li pour leu, 59, frut pour fruit, 59, es- pice, 59, et Grice, 60, pour espece et Grece, tet pour tant, 61, iré pour irai, 436, nunl, 109, 275, nunle, (peut-être nuule, 540) (1). Certaines de ces formes pourraient être des fautes du copiste plutôt que des différences dialectales. D'ailleurs l'orthographe du ms. B est loin d’être uniforme; on sent, ce que nous savons de reste, que le copiste avait affaire à un texte prove- nant d'une autre province que la sienne et dont il a souvent respecté les formes. (1) M. Paul Meyer a déjà signalé cette orthographe (Notice sur un ms. bourguignon, Romania, n° 21, janvier 1877, p. 45), l'attribuant à une erreur de copiste. Les exemples cités ici per- mettraient peut-être de conclure que c'était une habitude. INTRODUCTION CXV J'ai cru devoir mentionner ici quelques-unes des dif- férences orthographiques de ce ms. trop nombreuses pour figurer aux variantes. Je ne dirai rien des formes des autres mss.; elles ne s’éloignent que rarement de celles qui caractérisent le dialecte de l'Ile-de-France. Les variantes les feront d’ailleurs suffisamment con- naitre. | La Bataille des Vins a été conservée par deux mss. : le ms. 837 de la Bibl. nat., de f. 231 caf. 232 c, et le ms. 113 de la Bibl. de la ville de Berne, de f. 200 a à f. 201 a. J'ai suivi de préférence le texte du ms. 837, en empruntant toutefois plusieurs lecons qui m'ont paru meilleures au ms. de Berne, dont la Bibl. nat. possède une copie dans le ms. Moreau 1727 (anc. Mouchet 52). M. le D' E. Bloesch, bibliothécaire en chef de la ville de Berne, a bien voulu, à ma prière, collationner ce texte sur l'original ; qu'il en recçoive ici mes vifs re- merciments. Les leçons de ce ms. que je n’ai pas fait entrer dans mon texte se trouveront aux variantes. Les formes suivantes indiquent que le texte du ms. de Berne a été copié en Picardie : Le pour l’article fé- minin a, 8, 71, 154, 168, do pour du, 5, 69, 71, 85, 169, cascuns, 46, 152, 164, 170, 173, 186, cascun, 153, cacha, 60, 65, ocheist, 76. J’ajouterai, comme particularités orthographiques, qu'on trouve rarement la diphtongue ow, o est préféré : Anjo, 32, gotes, 56 (goutes, 100), trestote, 116, etc. ; vos, presque toujours; mlt doit s’interpréter molt; ai est préféré à e : fai- CXVI INTRODUCTION sons, 110, 147, repaissons, 112, mais, 149, jamais, 199, etc.; on rencontre encore n et non m devant les labiales, con et non com, car, 75, et non quar, j pour 9, Jentil, 5, jesir, 150. Les variantes reproduiront les formes de ce ms. Le ms. 4333 de la Bibl. Harleïenne (British Mu- seum) est le seul ms. connu qui contienne le texte du Dit du chancelier Philippe. M. P. Meyer l’a publié dans la Romania. Il serait téméraire d’oser y toucher après un critique aussi sûr ; aussi, je le réimprime sans y rien changer (1) avec les corrections qu’il y a faites, et je le remercie d’avoir bien voulu donner à la Société rouennaise de Bibliophiles l'autorisation de le repro- duire. Le Dit du chancelier Philippe s'étend dans le ms. Harleiïen de f. 98 & à f. 100 a. M. P. Meyer pense que ce ms. a été écrit dans la seconde moitié du xrzr° siècle et, à en juger par certaines formes, dans l’est de la France (2). | La Bataille des VII Ars nous a été conservée par les deux mss. de la Bibl. nat. 837, de f. 135 b à f. 137 c, et 19152, de f. 112 4 à f. 114 6. Je reproduis le texte du ms. 837, sauf quelques leçons que j'emprunte au ms. 19152. La critique des lecons est œuvre toujours délicate, (1) Sauf une correction faite au v. 220. V. Variantes et Notes. (2) Romania, 1872, n° 2, p. 206. INTRODUCTION CXVII mais celle des formes présente des difficultés bien plus grandes, et parfois même insurmontables. Si les co- pistes n’hésitaient pas à modifier le style et les idées de l’auteur, ils prenaient des licences plus grandes encore à l'égard de l'orthographe ; le plus souvent d’ailleurs, ils cédaient sans le vouloir aux habitudes qu’ils avaient contractées. La multiplicité des mss. ne fait qu’augmenter le chaos, chaque scribe ajoutant aux inexactitudes du manuscrit qu’il copie ses propres inexactitudes. Ce qui me parait ressortir de l’étude des rimes, c’est que Henri d'Andeli, tout normand qu’il était, n’a pas écrit ses œuvres dans le dialecte de son pays. On sait qu’en normand les imparfaits de la 1'e conjugaison ne rimaient pas avec ceux des autres conjugaisons ; or nous trouvons dans la Bataille des VII Ars les rimes suivantes : amotent, connoissotent 226-227, atendoient, amenotent 318-319, voloient, prenoient 348-349. Nous sommes donc en présence d’un texte écrit dans le dialecte de l’Ile-de-France, et ce fait n’a rien qui doive nous étonner, puisque comme Je l’ai déjà dit, il est très probable que notre trouvère passa à Paris une partie de sa vie. N'ayant pas à ramener les formes à celles du pays qui vit naître Henri d'Andeli, ne trouvant aucun indice de formes qui lui soient particulières, et dési- reux de ne jamais substituer à la réalité mes conjec- tures ou mes fantaisies, je me suis simplement con- formé à l'orthographe des mss. J’ai suivi de préférence CXVIII INTRODUCTION le ms. 837, le seul qui nous donne à la fois le Lai d’Aristote, la Bataille des Vins et la Bataille des VIT Ars, et dont l'orthographe présente un caractère satisfaisant d'unité et de régularité. Quant aux pas- sages qui se trouvent dans le ms. 19152, je leur ai conservé leurs formes, attachant peu d'importance aux différences qu’on peut y trouver. Qu'importe, en effet, qu'on écrive nos, vos, molt, tot, etc., ou nous, vous, moult, tout, etc., puisqu'il est admis qu’on ne peut pas conclure des premières formes à la prononciation réelle de ces mots, et que l’o n’était dans l’ancienne ortho- graphe qu’une notation paléographique représentant tantôt notre voyelle o, tantôt nos diphtongues o% et eu? - Je ne me suis permis qu’un petit nombre de cor- rections. La principale modification apportée au texte du ms. 837 est l'application plus constante de la règle de l’s ; la comparaison des mss. me portait d'ailleurs à le faire, puisque là même où l’un d’eux viole cette règle, l’autre l’observe; le ms. 1593, si défectueux, comme je l’ai dit, à d’autres égards, a maintenu générale- ment ces formes que les autres tendent à oublier. C'est ainsi, par exemple, que j'ai donné au sujet Aristotes ls étymologique que le ms. 837 supprime et que les autres mss. conservent presque toujours. L'usage primitif n’était pas de donner l’s au sujet singulier des noms provenant des noms en er de la seconde déclinaison latine, Alixandre, mestre, ou des INTRODUCTION CXI1X noms dérivés de la troisième déclinaison. Plus tard, on les assimila à ceux qui venaient des noms en ws de la seconde déclinaison et on ajouta l’s. Henri d’An- deli ne paraît pas avoir à cet égard de système bien arrêté ; il conserve ou supprime l’s selon que la mesure l'exige : Lai d’Aristote, Que ses mestre Aristotes l'ot 139, Ainsi chastoie son seignor Maistre Aristotes por s’amor 175-176, Alixandres ainsi demeure 181, Mes maistres et mi home ensanble 208, Ses mestre Aris- totes d’Ataines 315, Qui fu mestre en toute scienee 570 ; Bataille des Vins, Uns prestre Englois si prist s’estole, 49, Chascuns lechierre à vousist estre 164, Li prestres Englois les jugeoit, 171; Dit du chancelier Philippe, Dex, tes jugleres ai esté 45. J'ai maintenu l’s ou je l'ai supprimée dans ces mots, comme le font les mss. eux-mêmes. Des notes et éclaircissements, que l’on accusera peut-être de longueur, mais qui n’expliquent pas cependant, comme je l'aurais voulu, toutes les obscu- rités du texte, un glossaire où j’ai fait entrer les mots offrant quelque difficulté, ou méritant d’être signalés, enfin une table des rimes, terminent cette publication. Je ne finirai pas sans adresser l'expression de ma vive reconnaissance aux personnes dont les conseils ou les encouragements m'ont soutenu dans la préparation de ce travail que j'aurais désiré rendre meilleur. M. G. Paris a bien voulu sur quelques points m'indiquer la voie et m'éclairer de ses avis. Je crains que les défauts CXX INTRODUCTION nombreux de cet ouvrage ne viennent attester que je n’ai pas su les mettre à profit. Je remercie le savant archiviste de la Seine-Infé- rieure, M. Ch. de Beaurepaire, de la complaisance avec laquelle il m’a communiqué plusieurs documents dont j'ai fait usage dans la première partie de cette intro- duction. Je remercie également les membres de notre Société qui m'ont témoigné pour ce travail un intérêt que rien ne justifiera peut-être, et surtout M. le pré- sident Félix dont les encouragements ne m'ont jamais fait défaut. Mon collègue et ami, M. F. Vallois, a bien voulu accepter la mission de me seconder dans les détails de l'impression. Je le remercie moins encore de la com- plaisance avec laquelle il s’est soumis à cette tâche ingrate que de la sympathie que j'ai toujours trouvée près de lui, et des nombreux renseignements qu’il m’a fournis ou qu’il m'a mis à même de puiser dans la pré- cieuse collection de livres qu'il a formée, et qu'il enrichit chaque jour avec un goût si sur et si délicat. Et maintenant, àl ne me reste plus qu’un vœu à for- muler : puisse le travail que j'ai entrepris valoir au vieux rimeur normand un regain de popularité! Pour moi, je ne sais si les sympathies que tout éditeur éprouve pour l'esprit dans le commerce duquel il a longtemps vécu ne m’abusent pas sur la valeur INTRODUCTION CXXI de Henri d’Andeli; mais, par la finesse, la convenance, l’habileté de composition et, enfin, la variété qui dis- tinguent ses œuvres, il me semble digne d’être placé à un rang élevé parmi les auteurs qui ont illustré le xiu° siècle, époque à laquelle les lettres et les arts ont brillé d’un si vif éclat. À mon sens, peu de fabliaux méritent autant que les siens qu’on leur applique ces vers du trouvère Cortebarbe : Fablel sont bon a escouter : Maint duel, maint mal font mesconter Et maint anui et maint meffet (1). (1) Des trois Avugles de Compiengne, v. 1-9, (A. de Mon- taiglon, Fabliaux, t. I, p. 70.) FIN DE L’INTRODUCTION 16 Digitized by Google Digitized by Google ÿ N E& 0) Ne fe doit on mie retrere, Es 4 Ainz doit on volentiers entendre ee ® Biaus mos, quar on i puetaprendre Sens & cortoifie en loir, Dont bien fe doivent efjoir Li bon, quar c’eft droiz & couftume, Mais li mauvès en font l’enfrume Efraument que il dire l’oent ; Qu'’auf com li bon le bien loent Et vont la bone gent prifant, Les defpifent li mefdifant Quant il pis ne lor pueent fere : Quar envie eft de tel afere Qu'ele maint tout adès el cuer De ceus qui font mis a tel fuer Qu'il n’oent de nului bien dire Qu'il ne le vueillent contredire. Si me merveil por qoi lor poife. 20 3$ 30 3$ 40 4 LI LAIS D'ARISTOTE Gent feloneffe & peu cortoife, Por qoi metez vous for autrui Voftre mefdit & voftre anui ? Ci a trop povre efcufement ; Vous pechiez . ij . fois mortelment : L’une eft de mefdire entremetre, Et l’autre fi reft defus metre Voftre mefdit, vo felonie. Certes c’eft crueus vilonie, Mais envie point ne s’eftanche." Je ne vorrai faire arreftance Ne demorer ici endroit, Ge croi que petit me vaudroit De blafmer les crueus felons C'on puet apeler guenelons, Qui retenir ne fe porroient De mefdire, s'il ne moroient, Tant i font mis & afetié. Or revendrai a mon tretié D'une aventure qu’emprife ai, Dont la matere moult prifai Quant je oi la novele oïe, Qui bien doit eftre defploïe Et dite par rime & retraite Sanz vilonie & fanz retraite, Quar oevre ou vilonie cort Ne doit eftre noncie a cort ; 60 6; 70 LI LAIS D'ARISTOTE Ne jor que vive en mon ovrer Ne quier vilonie conter, Ne ne l’empris, ne n'emprendrai ; Ja vilain mot n’entreprendrai En oevre, n’en dit que je face ; Quar vilonie fi defface Tote riens & tolt fa favor. Ne ja ne me ferai trovor De nule riens en mon vivant Ou vilains moz voift arrivant, Ainz dirai de droit examplere Chofe qui puift valoir & plere; C’ert en leu de fruit & d’efpece. Nous trovons que li rois de Grece Alixandres, qui tant fu fire, Et a tant prince mouftra s’ire Por aus abeflier & donter Et por lui croiftre & amonter, Soz lui fift larguece fa mere Qui a toz avers femble amere Et douce a toute large gent; Quar tant comme avers aime argent, Le het larges a fouftenir, Por ce que biens n’en puet venir Por tant qu'il foit mis en eftui. Onques n'ot pooir for ceftui Riens qui venift d'argent ne d’or, 75 80 8; 99 9$ 100 LI LAIS D'ARISTOTE Ainz fift de chevaliers trefor. Ce ne font pas li autre prince, Quar chafcuns recoppe & rechine Et muce & repont fi le fien, Hennor n’en a ne autre bien. Cil que on apele Alixandre Recuilli por par tot efpandre, Tot ot, tot prift & tot dona, Quar a largece abandona Li frans por mielz fon pooir faire. Repairer vueil a mon afaire. Li bons rois de Grece & d’Egite Avoit defouz fes piez fougite De novel Ynde la major; S’iert la demorez a fejor; Et fe vous me volez enquerre Por qoi demoroit en la terre Si volentiers, & tenoit qoi, Bien vos dirai refon por qoi. Amors qui tout prent & embrace Et tout aert & tout enlace L'avoit ja fi es braies mis Qu'il ert devenuz fins amis, Dont il ne fe repentoit mie, Quar il avoit trovée amie Si bele comme a fouhaidier. N'’avoit cure d’aillors plaidier 10$ 110 11$ 1230 125 LI LAIS D’ARISTOTE Fors qu'avoec li manoir & eftre. Bien eft amors et fire & meftre Quant du monde le plus poiffant Fet fi humble & obeiffant Qu'il ne prent nul conroi de lui, Ainz s’oublie tot por autrui. C’eft droiz qu’amors eft de tel pris Que puis qu’ele a . j. home pris N'i doit il avoir nul defroi, Qu'autant a amors for un roi De droit pooir, ce eft la fomme, Comme for tout le plus povre homme Qui foit en Champaigne n'en France, Tant eft fa feignorie franche. Li rois avoec s’amie maint ; S'en parolent maintes & maint, De ce qu'il en tel point s’afole Et qu’il maine vie fi fole, Que il d’avoec li ne fe muet Com cil qui amender nel puet. Aünfi le velt amors & cele Qui l’a point d’ardant eftancele ; D'ardant eftancele l'a point Cele qui fi l’a mis a point. Por quant ele n'en eft pas quite, Ainz eft fi partie la luite Que je n’en fai le meillor prandre. LI LAIS D'ARISTOTE Garde quanque cuers puet efprandre, Qu'eft la pucele enamorée, 139 Et fi fait iluec demorée Ce n'eft mie molt grant merveille, Puis que volentez li confeille ; I] li covient, ce n’eft pas doute, Por fornir fa volenté tote, 135 Ou il defferoit le commant Qu'’amors commande a fin amant. Moult de fa gent parler n'en ofent, Mès tant par derriere l'en chofent Que fes meftre Ariftotes l’ot. 140 S'eft bien refons qu'il li deflot; Belement a confeil l’a mis; Si dift: « Mar avez deguerpis « Toz les barons de vo roiame « Por l’amor d’une eftrange fame. » 145 Alixandres li refpondi Tantoft com dire li oï : « Quantes en i covient il donques ? « Je cuit que cil n’amerent onques Qui fol m'en vorroient clamer, 159 « C’on n'en puet c’une feule amer « Ne n'en doit par droit plere c'une, « Et qui de ce home rancune S'il maïint la ou fes cuers li rueve Petit d’amor dedenz li trueve. » 155 Ariftotes qui tout favoit 8 160 16$ 170 r7$ 180 LI LAIS D'ARISTOTE Quanques droite clergie avoit, Refpont au roi & fi li conte C'on li atornoit a grant honte De ce qu’en tel point fe demaine Que toute entiere la femaine Eft avoec s'amie & arrefte, Qu'il ne fet ne folaz ne fefte A fa chevalerie toute. « Je cuit que vous ne veez goute, « Rois, » dift Ariftotes fes meftre, « Or vous puet on bien mener peftre « Tout iffi comme befte en pré. « Trop avez le fens deftempré, « Quant por une mefchine eftrange « Voz cuers fi durement fe change « C’on n’i puet mefure trover. « Je vous vueil proier & rouver « A deporter de tel ufage « Quar trop i paiez le mufage. » Ainfi chaftoie fon feignor Maïftre Ariftotes por s'amor, Et li rois debonnairement Li refpondi honteufement Qu'il s'en garderoit volentiers Comme cil qui ert fiens entiers. Alixandres ainfi demeure Et atent maint jor & mainte eure 17 18$ 199 19$ 200 20; 210 LI LAIS D'ARISTOTE Qu'a s’amie ne va, n'aproche Por le dit & por le reproche Qu'il oï fon meftre reprendre; Mès fa volentez n'eft pas mendre Encor n'i voift il commeil feut, Mès miex l’aime ore & miex li veut Que il ne fift a nul jor mais. Paor de mefprendre et efmais L’en font eftre fon gré tenir ; Mais il n’a pas le fouvenir Laiffié enfanble avec la voie, Qu'amors li ramenbre & ravoie Son cler vis, fa bele façon Ou il n’a nule retraçon De vilenie ne de mal, Front poli plus cler de criftal, Beau cors, bele bouche, blont chief. « Ha! fait il, con a grant meschief « Vuelent tote gent que ge vive! Mes maïftres velt que ge eftrive Vers ce qui enz el cuer me gif. « Tant me deftraint, tant me fogift Autruis grez que m'en tieg por fol, «a Quant por autrui voloir m'’afol. « Ce eft folie, ce me fanble. Mes maïftres & mi home enfanble Ne fentent pas ce que ge fent, « Et fe ge plus a ax m'afent, # CS # CS R 21$ 22$ 230 235$ « « LI LAIS D'ARISTOTE Tot ai perdu, ce m'eft avis. Vielt amors vivre par devis ? Nenil, mais a fa volenté. » Ainf s’eft li rois dementé, Puis s'en torna veoir celi Qui molt li plot & abeli. La pucele eft en piez faillie Qui moult eftoit defconfeillie De la demorée le roi. Lors dift: « De voftre grant defroi « « « Sui bien aperceüe, fire. Finz amans comment fe confire De veoir ce que tant li pleft? » A ceft mot pleure, fi fe teft. Et li rois li refpont : « Amie, « R R A « « Ne vous en efmerveilliez mie, Qu'’el demorer ot achoifon. Mi chevalier & mi baron Me blafmoient trop durement De ce que trop efcharfement Aloie joer avoec aus; Et mes meftres dift que c'ert maus, Qui laidement m'en a repris. Ne porquant bien fai qu'’ai mefpris Qu'onques por lui defis a mi La volenté de fin ami ; Mès je doutai defpit & honte. LI LAIS D'ARISTOTE — « Sire, je fai bien que ce monte, «a Dift la dame, fe Diex me faut; 240 « Mès s’engins & fens ne me faut, « Par tens m'en voudrai bien vengier, « Et miex le porrez ledengier «a Et reprendre d’uevre plus male « Voîftre meftre chanu & pale, 245 « Se je vif demain jufqu’à nonne « Et amors fa force m'en donne « Qui poiffance ja ne faudra; « Ne ja vers moi ne li vaudra « Dialetique, ne gra[mlJaire, 359 « Se par moi nature nel maire, «a Puis que je me fui aramie «a Donc saura il molt d’efcremie, « Et fel perceverez demain. a Sire rois, or vous levez main ; 235$ « Si verroiz nature apointer « Au maiftre por lui defpointer « De fon fens & de fa clergie. « Ainz de fi tranchant efcorgie « Ne fu feruz, ne de fi cointe 260 « Con il aura demain acointe, « Se je puis ne aler ne eftre « Le matin devant fa feneftre. - « Mar nos a laidi ne gabé. « Or foiez demain en abé 365 « Aus feneftres de cele tor, 270 275 280 285 290 LI LAIS D'ARISTOTE 11 « Et je porverrai mon ator. » Alixandres moult s'efjoi De ce que dire li oï, Puis l’acola eftroitement, Si le dift debonnairement : « Mouit eftes vaillanz, biaus cuers dous, « Et fe je aim autrui que vous « Si me doinft Diex mauvès acueil. « Amors ai teles com je vueil, « Si que en autres ne claim part. » A tant de s'amie fe part, Si s’en va & cele demeure. Au matin, quant tens fu & eure, Sans efveillier autrui fe lieve, Quar li levers pas ne li grieve. Si s’eft en pure fa chemife Enz el vergier fouz la tor mife, En .j. bliaut ynde gouté, Quar la matinée ert d’efté Et li vergiers plains de verdure. Si ne doutoit pas la froidure, Qu'il faifoit chalt & dolz oré. Bien li ot nature enfloré Son cler vis de lis & de rofe, N'en toute fa taille not chofe Qui par droit eftre ni deüft; Et fi ne cuidiez qu’ele eüft 12 295 300 30$ 310 31$ LI LAIS D’ARISTOTE Loiée ne guimple ne bende. Si l'embellift moult & amende Sa bele trefce longue & blonde, N'a pas defervi qu'on la tonde. La dame qui fi biau chief porte Par mi le vergier fe deporte. Cele qui nature avoit painte, Nuz piez, defloiée, defchainte, Si va efcorçant fon bliaut, Et va chantant, non mie haut: « Or la voi, la voi, la voi. « La fontaine i fort ferie. « Or la voi, la voi, m'amie, « El glaiolai defouz l’aunoi. « Or la voi, la voi, la voi, « La bele blonde, a li m'otroi. Li rois la chançonefte entent, Qui fon cuer & s’oreille tent A la feneftre por oir. Moult l’a fet s’amie efjoir De fon dit & de fon chanter. Anqui fe porra bien vanter Ses meftre Ariftotes d’Ataines Qu’amors bones leaus lontaines Se defirent a aprochier. Ne mès n’en ira reprochier 320 32$ 339 335 340 34$ LI LAIS D’ARISTOTE 13 Le roi, ne ne dira anui, Quar il trovera tant en lui Et ert de volenté fi yvres. Levez ef, fi fiet a fes livres, Voit la dame aler & venir, EI cuer li met .J. fouvenir Tel que fon livre li fet clore. « R Hé, Diex ! » fet il, « quar venift ore Cil mireoirs plus pres de ci, Si me metroie en fa merci. Comment fi m'i metroie donques ? Non feroie, ce n’avintonques Que je, qui tant fai & tant puis, Tant de folie en mon cuer truis, C'uns feuls veoirs tout mon cuer ofte. Amors veut que le tiengne a ofte, Mès honors le tient a hontage Tel fovenir & tel outrage. Avoi ! qu'eft mes cuers devenuz ? Je fui toz viex & toz chenuz, Lais & pales & noirs & maigres, En filosofie plus aigres Que nus c'on fache, ne ne cuide. Molt ai mal emploié m'eftuide, Qui onques ne finai d'aprendre. Or me defaprent por miex prendre Amors qui maint preudomme a pris. S'ai en aprenant defapris, 359 355 360 365$ 370 LI LAIS D'ARISTOTE « Defapris ai en aprenant, Puis qu'amors me va fi prenant; « Et dès que ne m'en puis refqueurre, « Au convenir foit & droiz queure, Ne ja por moi droiz ne remaigne. Viegne amors herbergier, or viegne « En moi, ge n’en fai el quedire, « Puis que je nel puis contredire. » Si com li meftre fe demente, La dame en .j. rainflel de mente Fift .j. chapel de maintes flors. Au fere li fovint d'amors ; Si chante au cueillir les floretes : R CS [ES « Ci me tienent amoretes ; « Dras igaoit mefchinete. « Douce, trop vous aim! « Ci me tienent amoretes ; « Ou jetieng ma main. » Ainfi chante, ainfi s’efbanoie ; Més Ariftote moult anoie De ce que plus pres ne li vient. Ele fet bien quanqu'il covient A lui efchaufer & atrere. De tel fajete le veut trere Qui cointement foit empenée. Tant s'eft traveillie & penée LI LAIS D'ARISTOTE Qu'’a fa volenté l'a atret. Tout belement & tout a tret 375 Son chapel en fon biau chief pole; Ne fet famblant de nule chofe Que le voie ne aperçoive ; Et por ce que miex le deçoive Et plus bel le voift enchantant, 380 Vers la feneftre va chantant .j. vers d’une chançon de toile, Quar ne veut que cil plus fe çoile Qui tout a mis en la querele: « En.j. vergier, lez une fontenele, 585 « Dontclereeft l'onde & blanche est lagravele, « Siet fille a roi, fa main a fa maiffele ; « En foufpirant fon douz ami apele : « Hé! biaus quens Guis, La voftre amors me tot folas & ris. » AR 390 Quant ele ot ce dit, fi pres pafle De la large feneftre baffe, Que cil par le bliaut l'aert Qui trop cuidoit avoir fouffert, Tant l’a defirrée a merveille. 395 A ce coup cheï l’eftincele Toute jufqu'a terre au viel chat Qui pris eft fanz point de rachat. Et la damoifele s’efcrie : à 15 16 400 40$ 410 as 420 42$ LI LAIS D’ARISTOTE «a Qu'eft ce ? » fet elle, « Diex aïe! « Avoi! qui m'a ci detenue ? — « Dame, bien foiez vous venue, » Fet cil qui provos eft & maire De la folie qui le maire. « Meftre, » ce dift la dame, « avoi! « Eftes vous ce que je ci voi ? — « Oil, » diftil, « ma douce dame, « Por vous metrai & cors & ame, « Vie & honor en aventure. « Tant m'a fet amors & nature « Que de vous partir ne me puis. — « Ha! meftre, » fet ele; « defpuis « Qu'ainfi eft que vous tant m’amez « Ja par moi n'en ferez blafmez; Mèès Ja chofe eft moult mal alée. Ne fai qui m'a au roi meflée, « Et li blafmé de ce que tant « S'aloit avec moi deportant. — « Dame, » dif il, « or vous tefiez, « Que par moi fera rapefiez « Et li mautalenz & li cris « Et li blafmes & li eftris, « Quar li rois m'aime & crient & doute Plus que s'autre maïfnie tote. « Més, por Dieu ! ceenz vous traiez, « Et mon defir me rapaiez « De voftre cors gent & poli. R # ñ 430 440 44; 450 LI LAIS D'ARISTOTE — « Meftres, ainçois qu'a vous foli, » Dift la dame, « vous covient fere « Por moi .j. moult divers afere, « Se tant eftes d'amor foufpris; Quar moulttres granz talenz m'eft pris « De vous .j. petit chevauchier « Defus cefte herbe en ceft vergier. « Et fi vueil, » dift la damoifele, « Que defor vos ait une fele ; « S'irai plus honorablement. » Li meftres refpont liement Que ce fera 1l volentiers Comme cil qui eft fiens entiers. Bien l’a mis amors en effroi Quant la fele d’un palefroi Li fet aporter a fon col. Or croi qu’il fanblera bien fol Quant defor le col li eft mife, Et cele s’en eft entremife Tant qu’ele li met for le dos. Bien fait amors d’un viel rados Puis que nature le femont, Quant tout le meillor clerc du mont Fet comme roncin enfeler, Et puis a .iiij. piez aler A chatonant par defus l’erbe, Ci vous di example & proverbe, Sel faurai bien a point conter. = 17 18 4$$ 460 465$ 470 47$ LI LAIS D'ARISTOTE La damoifele fet monter Sor fon dos & puis fi la porte; Et Alixandre fe deporte En veoir & en efgarder Celui qui fens ne pot garder Qu'amors ne l'ait mis a folie. Et la damoifele trop lie A val le vergier le conduit; En lui chevauchier fe deduit, Si chante cler & a vois plaine : « Ainfi va qui amors maine Pucele blanche que laine ; Meftre mufars me fouftient. Ainfi va qui amors maine Et ainfi qui les maintient. » R R LS = Alixandres ert en la tor, Bien ot veü treftout l'ator ; (Qui li donaft treftout l’empire Ne fe tenift 1l pas de rire.) «a Meftre, » dift il, « por Dieu ! que vaut ce ? « Je voi moult bien c'on vous chevauche. « Comment, eftes vous forfenez Qui en tel point eftes menez ? Vous me feiftes l’autre fois « De li veoir fi grant defoiz, « Et or vous a mis en tel point f CS 48; 490 49$ $00 ÿ9$ . LI LAIS D'ARISTOTE « Qu'il n’a en vous de refon point, « Ainz vous tenez a loi de befte. » Ariftotes drece la tefte, Et la damoifele defcent. Lors refpondi honteufement : « Sire, » fait il, « vos dites voir ; « Mais or poez apercevoir, « J'oi droit fe je doutai de vous « Qui en fin jovent ardez touz « Eten feu de droite jonece, « Quant je, qui fui plains de viellece, « Ne poi contre amor rendre eftal « Qu'ele ne m’ait torné a mal « Si grant com vous avez veü. « Quanque j'ai apris & leü « Ma deffet nature en une eure « Qui toute rien taut & deveure. « Et bien fachiez certainement « Puis qu'il m'eftuet apertement « Fere folie fi aperte, « Vous n’en poez partir fans perte « Ne fanz blafme de voftre gent. » Moult s’eft refcous & bel & gent Ariftotes de fon mefchief : Et la dame eft venue a chief De treftout quanques empris a ; Et li rois forment l’en prifa Quant de fon meftre l'a vengié 19 20 LE ÿ20 LI LAIS D'ARISTOTE Qui l’ot blafmé & laidengié. Mès tant s’en fu bien efcufez De ce qu'ainfi fu amufez Qu'en riant li rois li pardone, Et fes meftres li abandone Sa volenté a parfurnir, Quar n'a refon au retenir. Or vueil une demande fere En ceft dit & en ceft afere, Dont je trai Chaton a garant Qui fet l’auctorité parant, Qui bons clers fu & fages hom : Turpe eff dodori, cum culpa redarguit ipfum. 525 ÿ30 ÿ3$ Chatons dift en ceft vers la glofe Que quant on eft repris de chofe C'on a blafmé a fere autrui Puis c'on en a blafme & anui. C'eft grant folie qui ce fet, Son fens amenuife & deffet. Voirs fu qu'Ariftotes blafma Alixandre & mafac{fma Qui tant s’eftoit mis en amer, Et puis fe leffa entamer Si en amor a une foiz Qu'il n'ot en lui point de defoiz ; Et s’il l’ot par force entrepris En doit ileftre en mal repris ? 540 ÿ4$ $$0 LE 60 LI LAIS D'ARISTOTE 21 Nenil, quar amors l’efforça Et volontez qui la force a Sor toz & for toutes enfamble, Dont n'a li meftres, ce me famble, Nule coupe en fa mefprefure, Ne l'a pas fait par aprefure Mès par nature droite & fine. Henris cefte aventure fine Qui dift & fi mouftre en la fin C'on ne puet decevoir cuer fin Ne oîter de fa volenté, Puis qu’amors l’a en volenté Por emprifoner & deftraindre : Et cil qui de ce fe veut faindre N'’eft mie trop loiaus amere Puis que s’amors li famble amere, Quar miex ne puet on endurer Amor que par deffavorer. Por celui mal bien plere doivent Qu'après les maux les biens reçoivent Par maintes foiz le mal traiant Qu'auffi amors vont effaiant. Si fet ele raffeürer Qui puet en leauté durer S'atende & fueffre en fon martire, Quar a joie li revient s’ire. Si puet on par ceft dit aprendre 22 565 ÿ70 575$ LI LAIS D’ARISTOTE C'on ne doit blafmer ne reprendre Les amies ne les amanz, Qu'amors a pooir & commanz Par defeur toz & defeur toutes, Et d’euls fet fes volentez toutes, E tret a honor toz fes fez. Defpuis que cil en fouftient fez Qui fu meftre en toute fcience, Bien devons prendre fapience Selonc ce que nous mains favons Les maus que por amor avons, Quar qui por amor fueffre maus Bien li fet merir fes travaus Que loiaumant fueffre por li. Veritez.eft & je le di, Qu’amors vaint tout & tout vaincra Tant com cis fiecles durera. Explicit li lais d’Aristote. LA BATAILLE DES VINS — RD — = # OLEZ Oïr une grant fable A/S Qu'il avint l'autrier fus la table B*Z Au bon roi qui ot non Phelippe, LSAXZA Qui volentiers moilloit fa pipe Du bon vin qui eftoit du blanc. [1 le fenti gentil & franc, Si le clamoit fon ameor. Por le bien & por la douçor Que li vins avoit dedenz foi, Li rois en but fanz avoir foi. Li rois qui eft cortois & fages Manda a treftoz fes meffages Qu'il alaiffent le meillor querre Qu'il trovaiffent en nule terre. Premiers manda le vin de Cypre, Ce n'eftoit pas cervoife d'Y pre, Vin d'Auffai & de la Mouffele, Vin d'Auni & de la Rocele, 24 30 4$ LA BATAILLE DES VINS De Saintes & de Taïlleborc, De Melans & de Treneborc, Vin de Palme, vin de Plefence, Vin d’Efpaingne, vin de Provence, De Montpellier & de Nerbone, De Bediers & de Quarquañffonne, De Moffac, de S. Melyon, Vin d'Orchife & de S. Yon, Vin d'Orliens & vin de Jargueil, Vin de Meulent, vin d'Argentueil, Vin de Soiflons, vin d’Auviler, Vin d’Efpernai le Bacheler, Vin de Sezane & de Samois, Vin d'Anjou & de Gaftinois, D'Yfoudun, de Chafñftel Raoul Et vin de Trie la bardoul, Vin de Nevers, vin de Sancerre, Vin de Verdelai, vin d’Auçuerre, De Tornierre & de Flavingni, De S. Porchain, de Savingni, Vin de Chablies & de Biaune, .J. vin qui n'eft mie trop jaune ; Plus eft vers que corne de buef. Toz les autres ne prife .j. oef. Treftuit vindrent en .J. conroi Seur la table devant le roi. Si comme Diex parla au cigne, Chafcuns des vins fe fift plus digne 65 70 LA BATAILLE DES VINS 25 Par fa bonté, par fa poiffance D'abevrer bien le roi de France. Uns preftre Englois fi prift s'eftole, Qui moult avoit la tefte fole, S'efcommenia dant Mauvais Qui eftoit du clos de Biauvais, Et dant Petart de Chaalons Qui le ventre enfle & les talons, Et mefire Rogel d'Eftampes Qui amaïine les goutes crampes; Cil troi vin amainent la roingne. A grant honte & a grant vergoingne, Batant, ferant d’un bañfton cort, Les cacha li preftres de cort Et lor dift que jamès n’entraiflent La ou nul preudomme hantaifient. Les . ij. vins & de Biauvoifins Et dans Clermons li tiers voifins, Ces . iij . vins n'en chaça il pas Qu'il les fenti de bon compas. Li vin commun, li vin moien N'erent prifié un pois baien. Vin du Mans, de Tors retornerent Por ce qu'a efté s’atornerent Por la paor du preftre Englois Qui n'ot cure de lor jenglois. Vin d'Argenches, Chambeli, Renes 7$ 80 8$ 90 9$ 100 LA BATAILLE DES VINS S'en fuirent tornant lor refnes, Quar fe li preftres les veïf, Je croi bien qu'il les oceift. Primes parla vins d'Argentueil Qui fu clers comme lerme d’ueil, Et dift qu'il valoit miex d'aus toz. « Orte tais, filz a putain glouz, » Ce dift li vins de Pierre frite, « Tu jeues a la defconfite ; « Îces trives feront enfretes ; « Je vail moult miex que vous ne fetes, « À tefmoing le vin de Marli, « De Duoeil, de Monmorenci. Lors dift bée fanc Dé Meulent : « Argentueil, je fui moult dolent « Que tu defpis tes compaignons : « Saches de voir nousen plaignons, « Qui fez dant Croe de Soiffons « Le vin de Laon, de Tausons, « Icil dui paffent Vermendois, « Cil doivent bien seoir au dois. » Efpernais dift a Auviler : « Argenteuil, trop veus aviler « Treftoz les vins de cefte table ; « Par Dieu trop t'es fez conneftable. « Nous pañlons Chaalons & Rains, « Nous oftons la goute des rains, ends 10$ 110 115$ 12$ LA BATAILLE DES VINS 27 « Nous cftaignons toutes les fois. » Dont saut en piez li vins d'Aufois, Li bons gentiz vins & roiaus: « Efpernai, trop es defloiaus! « Tu n'as droit de parler en cort. « Je fui cil qui la gent fecort; Entre moi & ma damoifele «a Longue tonne de la Mofele, « Nous fecorons les Alemanz, « Nous fefons treftoz noz commanz; « Aux Coloingnois prenons l'argent « Dont nous repeffons notre gent. » Lors dift li vins de la Rocele: «a Vous, Auffai, & vous, la Moufele, « Se vous paifliez cele gent herre, « Je repais treftoute Engleterre, « Bretons, Normans, Flamens, Galois, a Et les Efcos & les [rois « Norois & cels de Danemarche ; Jufques la dure bien ma marche; « Je fui des vins li febelins, « J'en aport toz les efterlins. » Li vins S. Jehan d'Angeli Si dift a HENRI D'ANDELI Qu'il li avoit crevé les ex Par fa force, tant eftoit prex. Engolefme, Bordiaus & Saintes, Cil i firent bien lor empaintes ; ñ R 28 130 155 140 150 155 LA BATAILLE DES VINS Et li bons vins blans de Poitiers Qui n'a cure de charretiers ; C'eft cil qui toute gent acroche Par la froidure de fa roche; Tant eft fors que par fon orgueil Se fet coftoier au foleil. Ne fai qui en but plus qu'affez, Par qoi il ot les iex quaffez. Chauveni, Montrichart, Laçoy, Chaftel Raoul & Befançoi, Monmorillon & Yfoudun Furent devant le roi tot un Por abatre le bobançois De treftos nos bons vins françois. Vin françois bien fe deffendoient Et cortoifement refpondoient: « Se vous eftes plus fort de nous, « Nous fommes fade, favorous ; « Si ne fefons nule tempeñte « À cuer, n’a corz, n'a oeil, n’a tefte. « Mès Vermentun, S. Brice, Auçuerre « Si font les genz gefir au fuerre. » Qui la veift vins eftriver, Et chafcun fa force aviver, Et chafcun mener fon defroi Sor la table devant le roi, Ce n’est ore ne plus ne mains Se vin eüflent piez ne mains 16 170 175 180 LA BATAILLE DES VINS 29 Je fai bien qu'il s'entretuaiffent, Ja por le bon roi nel leffaifent. Qui veift comment eftrivoient, Et com li vin eftinceloient, Si que la grans fale & la chambre Sambloit plaine de bafme & d'ambre. Ce fambloit paradis terreftre ; Chafcuns lechierre i vousift eftre. Chevalier, clerc, borgois, chanoine, Contraint, muel, mefel & moine, S'il hurtaiffent a tel quintaine, Jamès n’eüffent la quartaine. Li rois du blanc bien fe paia, Et chafcun des vins effaia. Li preftres Englois les jugoit Qui volentiers les engorgoit, Et a chafcun donoit .J. bout, Et puis fi disoit: « Ife gout, «a BiS. Thomas qui fu martin, « Goditouet, ci a bon vin. » Treftoz feuls lut cele leçon ; Guerfoi drinçoi fu fon clerçon. S'efcommenia la cervoife Qui eftoit fete dela Oite, En Flandres & en Engleterre, Puis geta la chandeille a terre, 30 185 190 19$ 200 LA BATAILLE DES VINS Et puis fi ala fommeillier . Hi). nuis, . ii}. Jorz fanz efveillier. Li rois les bons vins corona Et a chafcun fon non dona. Vin de Cypre fift apoftoile Qui refplendift comme une eftoile; Dont fift chardonal & legat Du bon gentil vin d'Aquilat ; Puis fift . ii}. rois & puis . ii . contes, Et puis en dura tant li contes Qu'il en fift . xij . pers en France Ou li rois out moult grant fiance. Qui . ]. des pers porroit avoir, Ne por argent ne por avoir, Defor fa table a fon mengier, Moult s’i feroit bon arengier ; Jamès maladie n’auroit Jusques au jor que il morroit. Qui miex ne puet, fi n’a pas tort, Adès o fa vielle fe dort. Soit vin moien, per ou perfone, Prenons tel vin que Diex nous done. Explicit la Bataille des Vins. LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE 20 D —— L n'eft nus qui la mort ne fente ; #4 Tuit s'en iront par cele fente : A Et fort & feble & fol & fage Et Pañeront tuit par cel paffage. Nus ne feit l'oure de fa mort. Por ce mefprent cil qui s’amort . A faire chofe qu'il ne doie ; De vie a mort n’a que. 1j. doie. Le jor dela Nativité Otil a Paris la cité Grant joie & grant duel, ce fu voirs. Bien dut eftre joious ci foirs Por ce que Jhefu Criz fu nez; Bien redut eftre duez menez Quant li Chanceliers trefpaffa. Dolors fu quant fi tot quaffa La mors lou chancelier Phelippe Qui eftoit flors & rofe & pipe, Duis & fontainne de fcience. Bien puis dire par m'’efcience 32 25 45 LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE Que nul clerc ne voit on or tel. Oiez qu'il dit ou lit mortel : Li Chanceliers, en icel point Que la mort temporel le point, Un fuen privé clerc apela, Son penfé pas ne li cela: « Di moi, »fitil, « queleoreileft; « Je fui cil qui ceft fiecle lès; «a G'i ai affez efté entant. » Quant li clers la parole entent, De pitié li cuers li fondi; En fopirant li refpondi : « Sire, il eft entor mienuit. » Dift li prodon : « Cui qu'il anuit, « De ceft fiecle me vuel partir ; « Je m’en vois après lou martir « Que felon Juif lapiderent, ‘*« Por ce qu'il forent & cuiderent « Que par lui fuffent formonté « Et de fcience & de bonté. » Ce fache bien chacuns qui m’ot Qu’il dit encore . j . autre mot Ou clerc fe doivent affentir, Quar ceft mot dit il fanz mentir: «a Dex, tes jugleres ai efté « Toz tens, & yver(s) & efté. « De ma viele feront rotes « En cefte nuit les cordes totes, 60 6$ LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE « Et ma chançons dou tout faudra ; « Mais, se toi plait, or me vaudra. « Dieus, or me rent lou guerredon ; « De mes pechiez me fai pardon : « Toz jors t'ai en chantant fervi; « Rent m'en ce que j'ai defervi. « Ne te demant or ne argent, « Mais acuel moi avuec ta gent « Qui font en pardurable joie. « Doz Dieus, otroie moi que j'oie « Tel verité de ma chançon « Que je ne chiece en contençon ; « Enfeigne moi la droite voie « Biau fire Diex, que je te voie. » Lors li Chanceliers s'areftut. Plus ne parla, tranfir l'eftut. Je ne di mie qu'il morift; Je diroie ançois q'il florift La fus es ciez par fa deferte. À toz clers fit fa mors grant perte. Li Chanceliers parti dou fiecle En tel point & en tel meniere Com vos m'oez ci devifer. Hom mortez ne porroit conter Ses bones mors ne fa meniere : De tos clers eftoit la baniere, 1! ert fonteinne de clergie, 33 34 80 &; 90 9$ 100 LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE Il eftoit flors de compaignie, Il iert plus larges qu’Alixandres. Toz jors voloit eftre li mandres En compaignie, par S. Gile, Qu'il ovroit felonc l’ewangile Qui dit, fi com il bien favoit: Li graindres com li mendres foit. Si faifoit debonairetez Dont fes cuers ert enheritez. Il ne feit mal a nul fuer. Tant par avoit liberau cuer, Que toz biens s’i ert herbergiez. Ce puet bien dire li clergiez Et jurer Dieu le fil Marie Qu'’or eft la fonteinne tarie Ou fcience puifier foloient Tuit cil qui aprendre voloient ; Et de rechief dire vos puis De voir qu'or eft fechiez li puis Ou on pooit puifier toz biens. An Chancelier ne failloit riens : C'ert des clers li plus liberaus, En. vi . ars eftoit generaus. Dieus ! quel dolor & quel damage Dou plus vaillant & dou plus fage Qui fut en la creftienté ! Cheü font en grant enferté Tuit cil qui li apartenoient. 10; 110 114 120 130 LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE 35 Dou Chancelier tuit bien venoient ; Au fiecle ne remaint fom per; Sa mort trop durement comper. Mes duez fovent en renovele ; Por ce faiz proiere novele : Biaus fire Deus, rois glorieus Qui par ton faint fanc precieus Et par ta fainte pañion Nos meïs a redemption, Qui au tiers jor refufcitaz Et tes amis d'enfer getas, Qui de niant toz nos feis, L’'ame qu'el Chancelier meïs Reemz la devant toi en glore Quar il t'ot toz jors en memoire. Ta chançon chanta bien & lut; Tant com il pot, tant com li lut, A ta viele viela. Deu, remet le en vie la Ou vit S. Pieres & S. Pols : C'eft li perdurables repols. Bien eft refons que ta pès ait : De fa viande repeffait Les armes plus fovent & meax Que nus clers que l'en voie aus eax. Viande as ames, c’eft efcrit, Et la parolle Jhefu Crit. 36 135 140 14$ 1$0 15$ LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE Hé Deus ! que porai devenir ? Qu'avoit cil prodom a morir ? Molt devroie la mort reprendre Quant ele ofai celui forprendre Qui de tote fcience eftoit Li muedres clers que jamais foit. Marie, mere de pitié, Cil que fon cuer & s’amiftié Del tot en tot t'avoit donée, Virge roïine coronée, Se met del toten ton conduit, Car il fift de toi maint conduit. De toi mie ne fe taifoit, Mais fovent biaus dis en faifoit Et en romans & en latin. Totes hores, foir & matin, Plus biau qu’autres te falua De toi fon cuer. . . . . Verge Marie, deine. . . Se li boins Chanceliers. Que il vet droit en paradis, Por ce que il 'ama toz dis Ce me vendra a grant mervelle. Douce dame, a lui falver velle. Sains Efteines, que premerains Martirs fuz, for toz foverains, 160 16$ 170 17$ 180 LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE Del Chancelier aiez pitié Que mors a del fiecle chacié Cel jor que pafñfion foffriz Et ton cors a martire offris Et de pieres fus lapidez. Cel jor nos chainja molt li dez, Que li boins Chanceliers morut. Sor clers grant tempefte corrut : Emblez lor fu li grans trefors. Sain{s] Nicholais, boens confeffors, Boens clers, ton clerc n'oblie pas; Proie por lui ifnel [Ijou pas Ha ! dame fainte Katerine, Virge pure, martire fine, Lou Chancelier n’oblie mie Car molt te tenoit a s’amie. Si bien, fi bial, de toi parla Nus n'en feüft dire par la Ouilen dift, ne fi tres bien. Un condut ou il ne faut rien Fift: Agmina milicie Que li cler n'ont mie oblié. Tuit li faint & totes les faintes, De vos dift il paroles maintes ; Cuer & cors vos abandona 37 38 18$ 190 195 200 20$ LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE Et de vos oevres fermona, Et de vos parla mex que nuz. Li Chanceliers avoit en uz s avoit biens favoit. Clers i a qui philofophie Sevent et l'etimologie De nonz, & uns m'en dift jadis : «a Philippus c'eft os lampadis. » Je li pria molt de defcrire Que bouche de lampe vuet dire. Il me refpondi une chofe: Qu'em lampe fi a molt grant chofe : Lampe c'eft . j. vairrins vefliaz, Flebes eft mais clers eft & biaz. En lampe eftuet uile & plonjon, Et s'i convient & feu & jon : Ce font cinc; drois eft que je die Que chafcune d'als fenefie ; Jel vos dirai del tot en outre: La lampe ceft fiecle demoutre ; Clers veffas eft conme de voire : Et de tant me poez bien croire Qu'ele eft brifie en éle pas, Ne cift fiecle n’eft c'uns trefpas. Sachiez de voir que je fu la Ou j'oi dire qu'en ule a 212$ 235$ LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE Douce liquor & douce gote. Vuile eft haute chofe, fans dote ; Ule medecine demande. J'ai dit de l’ule & de la lampe ; Par Deu qui eft mifericors, Li plonjons dedans, c’eft li cors Qui eft plungiés es grans devices De ceft fiecle & es grans delices ; En la doucçor, en la melite Tant fe defdut & fe delite Qu'il ne redoute point enfer. Li cors c’eft li plonjons de fer, Et li fes jons qui eft boutez EI plonjon, de rien ne doutez, C'eft li cuers qui el cors eft mis. Li uns & l’autre eft boins anmis: Se li cors aval trai tans Dont eft li cufe}rs amont ardans. Li Jons art & fi gite flanme : La flame fenefie l'ame Et dit a[u]tant com efperis ; Mas quant en ceft fiecle eft peris, En l’autre lou covient aler : Monter l'eftuet ou avaler. Malement art cil qui avalle. Cil qui monte en la haute fale Art devant Deu conme chandoile ; Si eft plus clers que nule eftoile. 21 39 40 240 24 20 255$ LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE Philippus ai defcrit tres bien, Ne vos en ai menti de rien. Cil Phelippes que je tant lo, Et bien & bel conmença l'O, Loquens O O, clavis David, Et au quint jor nos fu ravid. Es ciez fe repofe foef. Hautement apella la clef Que paradis oevre & deferme. Qui de fa mort vuet favoir terme, . M. & cc. & xxxvi). Joigne enfemble, & tot iflis De fa mort faura verité, L'andemain de Nativité. Et icil clers qui ce trova De celu que bien fe porta Par Deu qui maint en Trinitei, Por ce qu'il eft de verité, Ne l’apele mie flablel ; Ne l’a pas efcrit en tablel, Ainz l’a efcrit en parchamin. Par bois, per plains & par chamins Par bors, par chateals, par citez, Vorra qu’il foit bien recitez. Ceft dit fift Hanris D'ANDELI. Deus ait del Chancelier merci ! LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE 41 S’aurai il, qu'il l’a defervi. Or l'ait Deus par fa merci Qui vit & regne & regnera In feculorum fecula. Amen dicant omnia. Digitized by Google ÿ LA BATAILLE DES .VII. ARS 4 anis & Orliens ce font . i]. : IST C'eftgranz domages & granz deuls A] RO Que li uns a l’autre n’acorde. x SA Savez por qui eft la defcorde ? Qu'il ne font pas d’une fcience ; Car Logique, qui toz jors tence, -_ Claime les au@ors autoriaus Et les clers d'Orliens glomeriaus. Si vaut bien chafcuns . iiij. Omers, Quar il boivent a granz gomers Et fevent bien verfefier Que d’une fueille d'un figuier Vous feront il . 1. vers; Més il redient que por vers Qu'il claiment la dyaletique Par mal defpit quiquelique, Cil de Paris, li clerc Platon, Ne les prifent pas un bouton. 20 3$ 30 40 LA BATAILLE DES .VII, ARS Logique a les clers en fes mains, Et Gramaire s’eft mife au mains. Gramaire s’eft moult coroucie; Si a fa baniere drecie Dehors Orliens, en mi les blez; La a el fes os affamblez. Omers & li viex Claudiens, Donaet, Perfe, Preciens, Cil bon chevalier autoriftre Et cil bon efcuier meniftre, S’efmurent tuit avoec Gramaire Quant ele ifli de fon aumaire. Li chevalier d'Orliens s'efmurent Qui des armes aus autors furent : Meftre Jehans de St Moriffe, Qui fet fes atuors a devife, Oede, Garniers & Balfamon Qui avoit efcrit .j. faumon Sor fon efcu entre .ij . dars D'un poivre chaut o le pain ars Plus noir que coille de provoire, Por les poifons roiaus de Loire Et por boivre les vins d’Orliens Qui neffent fanz crefle de fiens. Lors n'i ot il ne geu ne ris; Lor chemin tindrent vers Paris. 4$ 60 6; 70 LA BATAILLE DES .VII. ARS Dame Logique l'oï dire; Si cria toute plaine d’ire: « Laffe! j'ai perdu mes confors « Quant Raoul de Builli eft mors. Ses genz manda devers Tornai Par dan Pierron de Cortenai. Uns logiciens moult tres fages La fu meftre Jehans li pages, Et Point l’afne, cil de Gamaches, Meftre Nichole aus hautes naches. Cil troufferent trive, cadruve Sor .J. grant char en une cuve; Li bedel traioient le char. - Robert le Nain par grant efchar Les poingnoit toz d’un aguillon; Cheron le viel point el coillon. Lors fe miftrent tuit a la voie. La ot maint paveillon de foie Soz Mont Leheri lez Linoies; La fe firent de cruels plaies. La Loi chevaucha richement Et Decret orguilleufement Sor treftoutes les autres ars. Moult i ot chevaliers lombars Que Re&torique ot amenez. Dars ont de langues empanez Por percier les cuers des genz nices Qui vienent joufter a lor lices; 45 46 75 80 8$ 90 9$ LA BATAILLE DES .VII. ARS Quar il tolent mains heritages Par les lances de lor langages. Auguftin, Ambroife, Grigoire, Giroime, Bede & Yfidoire, Diftrent a la Divinité Qu’ele efchivaft lor vanité. Ma dame la Haute Science, Qui n'avoit cure de lor tence, Leffa les ars tençant enfamble. A Paris s'en vint, ce me famble, Boivre les vins de fon celier, Par le confeil au chancelier, Ou ele avoit moult grant fiance, Quar c’ert li mieldres clers de France; Més d'un petit la tient a fole, Que quant el defpute en s'efcole EI leffe la droite clergie Et torne a la philofophie, Et li arcien n’ont mès cure Lire fors livre de nature ; Et la gent Gramaire perverfe R'ont leffié Claudien & Perle, .ij . moult bons livres anciens, Les meillors aus gramairiens ; Tuit font la contralietez De la bone ancienetez. Fifique, Ypocras, Galien, 100 10$ 110 11$ 120 12$ LA BATAILLE DES .VII. ARS Et cil hardi cirurgien, Cil de rue nueve, Robert, Et cil de Glatini, Hubert, Et meftre Pierre li Lombars Qui Paris triche par fes ars, Et Giraut, .j. autres deables, Et meftre Henri de Venables, Et Raoul de la Charité, Petit Pont & lor vanité, Treftuit tornaiflent au gaaing S'il i veiflent nul mehaing. Cirurgie, la vilenaftre, Se feoit lez .j. fanglent afîre, Qui moult amoit miex les defcordes Qu'el ne fift les gentiz concordes. Boïiftes portoit & oingnemenz, Et granz plentez de ferremenz Por fachier les quarriaus des pances. Moult avoit toft retaconnez Les ventres qu’el vit baconnez. S'eft cele fcience del mains; Mès ele a fi hardies mains Qu'’ele n’efpargne nule gent Dont ele puift avoir argent. Je les tenifle por moult preus S'il m'eüffent gari des iex; Mès il cunchient mainte gent, 47 48 130 135 140 14 150 LA BATAILLE DES .VII. ARS Que des deniers & de l'argent Qu'il reçoivent de lor poifons Font il a Paris granz mefons. De Toulete vint & de Naples, Qui des batailles fot les chaples, A mienuit la Nigremance, Qui lor dift bien lor mefeftance, Que chafcuns ait la tefte armée, Qu'ele avoit garde en l’efpée. En . j. quarrefor fift . j . feu, Lez . j . cerne, entre chien & leu. La ot. 1j. chas facrefiez Et. ij. coulombiaus forviez Par la malifne deité Por encerchier la verité. La fille dame Aftrenomie, Qui de lor maus lor fu amie, Lor dift moult bien que la bataille Ert l’endemain fanz nule faille. Arismetique fift en l'ombre, Ou ele dit, ou ele nombre, Que .x.&.ij.&.J.font.xi)., Et puis . iij . après ce font . xvj.; . iij. &. ii] . & puis . ix . arriere Refont . xvj . en la lor maniere; . Xiij. &. XXvVIj . font . XL ., Et. 117. par eus font .Lx.; 1Ç$ 160 16$ 170 180 LA BATAILLE DES .VII. ARS 49 . væ.font.c.&.xc. mil. Monte plus li contes ? Nenil. L'en puet bien conter . . milliers Par le conte qui eft premiers : Du nombre qui monte & defcent, Qui en contant vient d’un a . c De la fift la dame fon conte, Que uferier & prince & conte Aiment miex hui la conterrefle Que la chançon de la grant mefle. Arismetique fi monta Sor fon cheval & fi conta Treftoz les chevaliers de l'oft ; Et ele avoit a fon acoft Sa compaigne Giometrie Qui la refefoit fa meftrie, Qu'’entre . 1j . os en une place Fift. j. compas de brieve efpace, Et fi dift qu'en . M. piez de terre Seroit finée cele guerre. Ma dame Mufique aus clochetes Et fi clerc plain de chançonnetes Portoientgigues & vieles, Salterions & fleüteles ; De Ia note du premier fa Montoient dufqu’en ce fol fa. Li douz ton diatefalon, Diapante, diapafon, 50 185 19$ 20$ LA BATAILLE DES .VII. ARS Sont hurtées de divers gerbes Par quarreüres & par trebles. Par mi l'oft aloient chantant, Par lor chant les vont enchantant. Celes ne fe combatent pas; Mès Donaet ifnel le pas Ala tel cop ferir Platon - D'un vers berfé rez el menton Qu'il le fift treftout efbahir ; Et dans Platon par grant air Le referi fi d'un fofifme, Sor l’efcu, par mi une rime Qu'il le fift trebuchier el fanc Etle couvri treftout de fanc. Ariftotes fiert Precien Noftre haut preudomme ancien Qu'il le fift a terre voler; Du cheval le volt defouler. Mès Preciens ot . ij. neveus Qui moult eftoient biaus & preus, Dant Agrecime & Doëtrinal ; Li efcloperent fon cheval, De fon cheval firent trepié. Ariftotes, qui fu a pié, Si fift cheoir Gramaire enverfe. Lors i a point mefire Perte, Dant Juvenal & dant Orace, 210 21; 220 22; 230 23 LA BATAILLE DES .VII. ARS 51 Virgile, Lucan & Eftace, Et Sedule, Propre, Prudence, Arator, Omer & Terence: Tuit chaplerent for Ariftote, Qui fu fers com chaftel for mote. Preciens o fes . ij. neveus Li voloient crever les iex. Quant Elenche & les . ij. Logiques, Perealmaines & Topiques, Et livre de nature, Etique, Dame Nigromance, Fifique, Et dans Boices & dans Macrobe Veftu d'une chetive robe, Et Porfire vindrent le cors Por fere Ariftote fecors. Li Lombart dame Reétorique Poinftrent après Dialetique ; Ja foit ce que pas ne l’amoient, Quar de petit la connoifloient, Mès maint preudomme i mehaignierent Por l'avoir qu’il i gaaingnierent. Predicamenz & Sex Principes, Dui bon achateor de tripes, Poinftrent après dant Barbarime Qui chevauchoit foi cinquantime. S’ert il homme lige Gramaire Des meillors genz de fon aumaire, Mès il maintenoit cele guerre, 52 249 245 2$0 255$ 260 LA BATAILLE DES .VII. ARS Qu'el païs Logique avoit terre. Par trahifon eftoit tornez Por ce qu'il ert de Poitou nez. Icele pefme gent amere Poinftrent for Gramaire lor mere. Qui la veift lances lancier Por ces bons auétors efpancier, Hochier teftes & batre mains, Et aus langues lafchier les frains. . M. quarriaus voloient enfamble Peors que de fauz ne de tramble, Qu'il a plus venin en paroles Qu'en . c.m. maçues foles. Et li auétor fe deffendoient Qui de granz plaies lor fefoient, De canivecons & de greffes, De longues fables & de beffes. Lor chaftiaus fuft bien deffenfables, S'il ne fuft fi garnis de fables Qu'il ajoingnent lor vanitez Par lor biaus mos en veritez. Gramaire lor fiert . j. defciple Parmi le cors d'un participle Qui le fift a la terre eftendre, Puis Li dift : « Or alez aprendre. » Puis en fift . v. cheoir for l'erbe Par la pointe de fon averbe; Mès dans Sortes la fift repondre, 266 270 280 285 290 LA BATAILLE DES .VII. ARS 53 Qu'el ne pot pas a toz refpondre. Vers ceux d'Orliens s’eft adrecie, Qui l'ont longuement effaucie. En la parfondece d’un val Li alafchierent fon cheval Qui fouftenoit Ortografie, Le fondement de la clergie ; Puis fift arriere fes retors Dame Gramaire a fes auétors. Qui veïft logicieniaus Comme ils tuoient auétoriaus Et fere ces deftrucions Sor ces gentilz construcions. Li fofiftre les defpifoient Por ce que pas nes entendoient, Que tant i ot de contredit Que pou fet l’un que l’autre dit. . ]. chevalier Parealmaine Tua mon feignor Architraine, . }. des barons de Normendie ; Emprès ce fi tua Tobie. .liij .en tua en.}. randon, Et Ge/ffa ducis Macedum Et la Bible verfefiée R'a il d'un grant mail efmiée. Mès quant vint aus Patrénomiques, Onques la mefnie Topiques Nes porent percier par effors, 54 29$ 300 30$ 310 315 LA BATAILLE DES .VII. ARS Tant font Patrenomiques fors. Dant J'ufiè & Preterea Si tuerent Propter ea, Le bon Ego mei vel mis, Qui eftoit trop lor anemis, Qu'il ne forent dont il venoit Ne comment il fe declinoit. Quant Logique ot fet fa proelce, Si s’en revint a grant leefce | A l’eftendart, a fa baniere ; Lor fe treftrent li oft arriere. Aftrenomie & Re&torique Diftrent a la Dyaletique, Ainçois que il fuft aferi Entraiflent en Mont Leheri. Les dames, qui moult fages erent, Dedenz Mont Leheri entrerent, Et nel firent pas por cremor, . Ainz le firent tout por l'amor Quels voudrent le chaftel avoir ; Et de ce firent els favoir, Qu'’els aiment les chofes hautaines, Et Gramaire aime les fontaines. Li auétor furent moult troublé Qu'enfamble fe font affamblé, Que l'arriere ban atendoient, Que dui chevalier amenoient. 32$ 330 33$ 340 349 LA BATAILLE DES .VII. ARS Le Primat d'Orliens & Ovide Ramenoiïent en lor aïde .X.M. vers de grant randon Embrievez en lor gonfanon, Qu'Ovide teffi de fes mains En Pefil ou il fu du mains : Marctacop & Martien, Seneque & Anticlaudien Et dans Bernardins li fauvages, Qui connoifloit toz les langages Des efciences & des ars. Cil ne venoit pas comme gars, Ainz amenoit ifli grant route Que la terre en couvri treftoute. Eftacez, Achileidos, Qui avoit fort pis & fort dos Menoit par devant foi les hez. La fu li fages Chatonez, Avionès & Panfilès; La portoit dans Theaudelès Une baniere mi partie; Toiffu i fu par grant meftrie Dans Sextis percié fon efcu Que Alicia ot vaincu, Qui painte eftoit de l’autre part. La baniere comme liepart Sivoient tuit cil tupinel ; Si legier font & fi ifnel 55 56 350 355 360 365$ 370 LA BATAILLE DES .VII. ARS Par . j. pou que il ne voloient, Par. j. pou que il ne prenoient Par mi les piez dame Logique, Aftrenomie & Reétorique. Més els font fi haut herbergies Qu’els les fierent de lor corgies Et des langues l'air & le vent. Lor clers en encreflent fovent, Qu'’eles en font treftoutes quaffes. Les dames ont les langues laffes ; Logique fiert tant en fa main Qu'’ele a mis fa cotele au pain. Coutel nous fet fanz alemele, Qui porte manche fanz cotele ; De fes bras nous fet aparance, Sor le cors n’a point de fubftance. Reëtorique li vait aidant, Qui a les deniers en plaidant. Autentique, Qode, Digefte Li fet les chaudiaus por fa tefte; Quar ele a tant d’avocatiaus Qui de lor langues font batiaus Por avoir l’avoir aus vilains Que toz li païs en eft plains. Uns des garçons dame Logique Fu envoiez a Gramatique ; Lettres portiot por la pès fere. 37$ 38$ 390 39$ 400 LA BATAILLE DES .VII. ARS 57 Méës de ce ne me puis pas tere, Que quant il vint a la mefon Qu'il n’entendi pas la refon Des prefenz ne des preteriz, La ou il otefté norriz, Que poi 1 avoit demoré. N'avoit pas bien affavoré Conjugacions anormales Qui a decliner font moult males, Averbes & pars d’oroifons Articles & declinoifons, Et genres & nominatis, Et fupins & imperatis, Cafes, figures, formoifons, Singulers, plurers, . M . refons, Qu'en la cortGramaire a plus d'angles Qu'il n’a en Logique de jangles. Li gars n'en fot venir a chief; Si s’en revint a grant mefchief. Mès Logique le conforta, En fa haute tor l'en porta, Si le voloit fere voler Ainçois que il peüft aler. Aftrenomie, qui haut vole, N'a mès ne recet ne efcole, Ne en païis, ne en contrée ; Ele fuft ja toute efgarée, Ne fuft meftre Gautiers li preus, 40; 410 4i$ 420 42; LA BATAILLE DES .VII, i°S Qui de petit-en fet fes-preus, L'Englois qui lut for ‘Petit Pont, Qui por povreté fe repont. Et Gramaire fi ert alée En Egypte, ou ele-fu née. Mès Logique eft orés -encors, Chafcuns garçons i cort le cors Ainçois qu'il aitrpaflé . xv .anz; La Logique eft ore-aus enfanz. Logique eft de moult mal ator Sor Mont Leheri en la tor ; La demaine ele fa meñttie ; Mès Gramaïire la contralie De fes auttors & d’autorez Sentencieus & legerez. Ego fi refpont en la tor Des granz cops que l'en fiert entor, Quar toute jor getent lor times. Ele fe deffent de fofimes : Sovent les fet cheoir envers Et il li relancent lor vers, Si que toz li airs en-eft nubles. Ele fe deffent d'’iffolubles, De foluces & de faltée. Li autorel font-teus rabée Qui ilueques font affamblé, Quant il auront tant voleté 430 435 440 44$ 450 LA BATAILLE DES .VII. ARS 59 Que ja d'iluec ne partiront Defi au jor que il charront; Et s’eles chiéent en lor mains, Il les menront du plus au mains. Por noient i font lor atentes, Quar Aftrenomie a lor tentes, Qui defor els geta la foudre ; Toz les paveillons mift en poudre, Et li autorel s’en fuirent, Qui la Gramaire deguerpirent. Verfefieres li cortois S’enfui entre Orliens & Blois. Il n'ofe mès aler par'France, Qu'il n'i a nule connoiffance ; Quar arcien & difcretiftre N'ont mès que fere de lor giftre. Li Breton & li Alemant Font encore . j . poi fon commant ; Més fe li Lombart le tenoient, Icil le par eftrangleroient. Seignor, li fiecles vait par vaines; Emprès forment vendront avaines, Dufqu'’a . xxx . anz fi fe tendront, Tant que noveles genz vendront, Qui recorront a la Gramaire, Aufi comme l’en foloit faire 60 LA BATAILLE DES .VII. ARS Quant fu nez HENRIS D’ANDELI, Qui nous tefmoingne de par li C’on doit le cointe clerc deftruire Qui ne fet fa leçon conftruire ; 460 Quar en toute fcience ef gars Meftres qui n’entent bien fes pars. Explicit la Bataille des . VII . Ars. Digitized by Google VARIANTES" LAI D'ARISTOTÉ A. Paris. Bibl. nat., f. fr., ms. 837 (anc. 7218), f. 80 c à 83 a. B. » » » ms. 1593 (anc. 7165), f. 154 a à 156 d. C. » . » » nouv. acq. m. 1104, f. 69 c à 72 b. D. » » » f. fr., ms. 19152 (anc. S. G. 1830 et 1239), f. 171/ à 1737. V. 1,B C. De conter biaus mozs. D beax, de même v. 4,388. Le D initial n°a pas été exécuté en B par le rubricateur. — 2, C l'en, de même v. 3. 4. — 8, D reprandre. — 4, B quant... entandre. — 6, À De bien, BC Des biens. À B se doit on esjoir. — 7, À Li bons, B Li bons cors soit. — 8, À B C Et. A la frume, B l'anfurne. — 9, D Ausi tost con. — 10, A Ausi. B Ainsi. A li.j.. D le desioent. — 11, A loant. B les bones gens dissant. C Et vont adès le bien disant. — 12, A C le. D la. — 14, A de lor. — 15, B en. — 16, A À ceus... en tel. — 17-18. Ces deux vers manquent à À B.— 19, A por goi il. B omet por qgoi. — 2, B po. C pou. D poi. 22, À meffet. — 23, A fol. B Cil ai. D Moit en ovrez vilainement. — 4, D Si pechiez. C mortement. — %5, D L'un. — 9%, A Et li autre s'est. C Et li autre rest. D li autres c'est. — 27, À vilonie. B vos vilenie. C As genz la vostre felonnie. D voz. — 98, A c'est cuers de felonie.B cruel villenie. D cruez. — 29-32. Ces quatre vers manquent (1) On donne ici toutes les variantes de leçons, mais seulement les principales variantes de formes. Voir, à l'egard du ms. B., l’Introduction, P: CXII-CXIV. 62 | VARIANTES à A B C.— 31, D demorez, corr. demorer. — 33, D A. — 34, C Qu'en, de mème, v. 171, 341. — %, B Que.— 36, B se ne. — 37, B issont. — 38, D Ge. CD revenrai. B revenra. A dilié. B tracier. — 39, D D'un affaire que g'enpris ai. B omet le D initial. — 40, B C matire. D l'aventure. 4], B j'oi la verté. C j'en oi la reson. D ge oi la matere. — 42,B Que. D desploiée. — 43-44, À B C £&t dire par rime et relrere, sanz vilonie (B C vilenie) et sanz retrere. Retraire écrit d'abord en B au v. 44 a été ensuite remplacé par contraire. — 46, B en. C contée en. D escoutée a. — 47,B lors. A rimer. D Ne ja jor que je vive en m'uetre. — 48, A de vilonie ouvrer. B Ne quier je vilenie nommer. C vilennie. D N'orrois vilanie remuevre. — 49, A Ne le l'empris. B ne enpanrei. C Nonc ne l'empris n'empenrai. D Qu'ainz ne. — 50, B ja a vilaim ne respondrei. D Ne vilain mot n'i reprandrai. C omet ce vers. — 51, À En dit n'en oetre. — 52, AB Cse. — 53, A Et toute riens a. B À tote riens el sa seur. C Et toute chose a sa saveur. D saveur. — 54, B Ne ne me fera troveur. C troveur. D Ne ne quier estre troveur. — 55, À C De rien que voie. B De riens que vive. — 56, À Quar vilain mot vont anuiant. D vilain mot. B va. C voit. — 57, C D essamplaire. — 58, A doit. B peust. C puet. — 59, A S'ert. B Si ert en li de frut et d'espice. — 60, À Gresse. B Grice. 61, À si. B tet fu sires. — 62, À Qui. B mostra s'ires. C mostra. D princes monstra.— 63, D ax. De mème v. 210, 231. B etbessier. C dan- ter — 64, B henorer. — 6, À B C Ce li. — 66, À est. D Qui as autres sanble estre. — 68, À Que tant. B Et tout. B C ainme, de même v. 188$. — 69, À Zarguece. D por. C maintenir. — 70, D bien. — 71-84 Ces quatorze vers manquent à À B C. — 76, D chascun, corr. chascuns. 83, D Le franc, corr. Li frans ; poir, cor. pooir.— 85, D Li sires. A Gresse. B D Egipte. — 86, C sozgite. D sozgipte. — 87, B De novel vice le majour. D Inde. — 88, À Ou ert. B S'ert la demorée a sejour. C assejor. — 89, À Se vous me voliiez. B voliez. D omet vous. — 90, B Par quoi. — 92, B Si vos direi. — 93, C tant. — 5, A en buies. B en dracie. C en braie. — 96, B iert. — 98, À B trové. — 99, A c'on pot. D si beles. VARIANTES 63 101, B C Fors avec. B a estre. — 10%, B Moult. À C poissans. B puissant. — 103, D Que. B des monte les plus puissant. — 104, B omet et. C obediant. — 106, B oblie. D obeist tot a. — 107, B haut pris. — 108, D Puis qu’el. À empris. D sorpris. — 110, B Qu'atant. D Que tant. B seur. — 111, B povoir. — 112, D Quant sor trestout le plus preudome. — 114, omis par B. — 116, B moult li tesmaint. — 117, À De ce que. — 118, À que. — 119, A Oncques d'avoec. D Que d'avuec lwi ne 8e remuaet. — 120, À refuser. B qu'amander ne lo puet. C nu. 121-136. Ces seize vers manquent à À B C.— 137, B Mout. D ses gens. — 138, À Mès par derriere moult. B le. C Mès en derriere tant. — 139, À Quant son mestre. B ses meistres. C son mestre. D son maistre. — 140, À Si est bien droiz. D C'est bien raison. B que il deslot. 141, B consoil. D consaill. — 142, B Dit li moult. D Et dit mar avoir. C avez ariens mis; l'n a été pointé et l’abréviation * écrite au-dessus. — 143, D Les bachelers de son reaume. B de nos reaumes. C roiaume. — 144, C Por une seule. D d'une feme baude. — 145-146. Ces deux vers manquent à D. — 146, C Qui autrement ne s'escondi. — 148, D Ge croi. — 149, À Qui por fol m'en voudrent. B me. C vodroient, D Qui por fol l'en. — 150, B omet n’en. B soule. — 151, B Nan n'an. C_ Ne m'en. D Par droit n'en doit paire. — 152, C Et qui de cele me. D Et qui de ce le roi. — 153, B Si maint. D Si fait ce que. — 154, A d’amors, B d'amours de treuve. D en son cuer trueve. — 156, D Ce qu'en...estoit. C Quanqu'en. B tote clargie estoit. — 157, À B se. C sil. D Vint au roi et puis. — 158, À Que on li tornoit. B atornent. — 159, Bque en..se mainne. D Que il en. — 160, B tot. D Et que trestote. 161, C Maint avec. — 162, B Que il ne fait solaz. D Ne me fait. — 164, D Or croi. — 165, D fait. À C D son. — 166, D Si vos porra on. C en. — 167, B Ainsi com une..proie. C Aussi comme une. D Ausi con autre. — 168, B le san fors de voie. C destrempd. — 169, D pucele. — 170, C Vo. D Le vostre cuer. B estrange. — 171, D raison. — 172, B prier. C voil. B C rover. — 173, À À departir. C Que guerpissiez si fet. — 174, B mesage. — 175-180. Ces six vers manquent à A B C. 181, C einsint. D Ainsi Alixandre. B demuere. — 182, B Et 24 64 VARIANTES s'estint mainz jors et Mmainte huere. C D et maint. D heure. — 183, C vait. B n'apruche. C D n'aprouche. — 184, B repruche. D reprouche. — 185, B Que il ost. — 186, B volunté. D volenté. B pes. — 187, C Ne qu'il seut. — D selt. — 188, A l'en aime et miex l'en. B C l'ainme. D Que mielx... mielx la velt. — 189, À Que il ne feist onques mès. B Qu'il ne fist omques mais. C Plus qu'il ne fist onques mès. — 190-216 sont remplacés en À B C par les trois vers suivants : Hontes et mesdiz et esmès (A meffès) L'en fet tenir (A couvrir) tant qu'a celi Revail (A reva) qui tant (C molt) li abeli. 217, À Et la dame. B La dame estoit. C Et la bele est em. — 218, B Que. C ere. — 219, À Por. — 220, D Puis dist. À por vostra. 221, D Me sui bien perceue. — 222, B se porsuire. — 223, À D'aler veoir ce que. B De tant veoir ce que. D De veoir chose qui. — 224, D puis. — 226, B Ne vos am mervoilliez vos mie. D Or ne vos en mer- veilliez mie. — 227, B Qu demorer. D El demorer. — 2%, D blasmerent. C malt. À malement. D laidement. — 230, B eschaufemant. — 2831, A Aloïe et venoie. D Estoie sovent avuec ax. — 232, À mon mestre. BC c'est. D max. — 233, B Que. — 234, B sai que. D Et ge sai bien que g'at. — 235-236 ne sont pas en À B C. — 235, D amis, corr. à mi. — 237, D ge douta. — 239, D fait. — 240, D Mais s’arz et enging. B a interverti les deux vers 239-240. 241, B verroiz. C Je me voudré de lui. D Ge m'en saurai molt bien. — 242, B li porroiz. C Si que miex porroiz. D Que mielx li porroiz reproschier. — 243, A Et prendre de honte. B Et repanre de mute. — 245, B dusqu'a. — 246, C me. D force abandonne. — 247, A Qui ja poissance. B Que puissance ja nu faudrai. C ja ne ne. — 248, D Ja contre moi. B varrei. — 249-252 sont remplacés en A B C par ces deux vers : Dialetique (A Dyaletique) ne clergie, Dont (B Dan. C Ou) saura il (B saurei. C il saura) trop d'escremis. VARIANTES 65 — 253, B si l’apercevrez. C parceverez. D si le parcevrois. — 255-264. Ces dix vers manquent à À B C. 265, B es. C D as. — 267, D s'esbahi. — 260-270. Ces deux vers manquent à À B ; C donne à leur place : Si en commença a noter Et ceste chançon a chanter. — 911, D fins cuers dolz. — 273, D Dont me. — 2756, À B Si qu'a nul autre. B n'an. — Au lieu des cinq vers 271-275, C donne : Main se levoit bele Krambours. Mout estes vaillanz, biaus cuers doux, D'uutre ne quier avoir regart. Sime doinst Dex mawvès escueil. Amors ai telles] con je veil Si qu'a nule autre ne claim part. — 971, C vet. — 278, À fu tens. B À matin. — 270, B esvoillier dancrin. D La bele la blonde. — 280, C Et li. D Mais li. B pes. 281, D Lors s'est. — 289, C Enz ou. D El vergier desoz. — 283, D inde et gosié. — 284-287. Ces quatre vers sont remplacés en A B par les deux suivants : En la matinée d'esté Si fesoit douz (B coi) et qoi (B douce) oré. et en C par : Car la matinée d’esté Estoit douce et de qoi ord. — 288, À B l'avoit. D floré. — 290, D En tote. — 291, B ne. — 292, B Et si cuidiez qu'ele n'eust. C Si ne cuidiez pas. D Ne ne cuidiez qu'ele eusl. — 293, À Loié. B Lid. C Liée. D Ne guinple loié. — 294, B Ci. — 205, B La bale. À treche. C Sa tresce grosse. D blonde et longue. — 66 | VARIANTES 296, A le. B pes. — 297, D biax. — 299-300. Ces deux vers manquent àABC. 301, B Si vet. C Si vait. D S'en vait. — 302, B Chante voiz bes. C Chantant vait bas. D Chantant basset. — 303-308. Ce couplet diffère beaucoup dans les mss.; les vers 307-308 se lisent ainsi dans A: Or la voi, la voi la bele Blonde, or la voi. Leçon de B: Or la voi, la voi, la voi La fontenne à cort serie A glaiolai desoz l'anoi : Or la voi, la voi, la voi, La bale bionde, et li m'ostroi. Leçon de D : C'est la jus desoz l'olive, La la voi venir m'amie. La fontaine à sort serie El jaglolai soz l'aunai. La la voi, la voi, la voi, La bele la blonde, a li m'otroi. Lecon de C : Or la voi, la voi m'amie, La bele blonde, a li m'otroi. La fontainne i sort serie. Or la voi, la voit m'amie. Une dame i ot jolie Ou gluiolat desouz l’aunoi. Or la voi, la voi, la voi, La bele blonde, a li m'otroi. VARIANTES 67 Après le vers 308, B donne ces deux vers qui ne sont pas dans ACD: Alicandres estoit levez A la fenestre iert escoutez... — 309, À Quant li rois la chançon. B Ou la chançonate. D sa. — 310, A l'oreille et li cuer i. B Car son cuer et s'oroille i. — 319, B Le. Ci. D S'amor le fait tot resjoir. — 313, D et son. — 315, À C D Son.— 316, À bone leaus lontaine. B loigtennes. C lointainnes. D fines loiax loigtaignes. — 317, B apruchier. C aprouchier, D Sont molit bones a raproschier. — 318, D Ne mais ne l'ira. C D reprouchier. — 319, A ne n'en rendra. — 320, Tant saura de folie. | 321, B Et iert de volunté. C Qu'il ert de volenté toz. D Et tant ert de volentez. — 322, C Levez s'ert et sist. D Levez est et. — 323, C la bele. D Voit celui. — 324, À Au. B mat el. — 325, D Tex que ses livres. — 326, BC Et dist hé (C ha) Dex car venist ore. D Ha. — 327, B mireours. C mireors. D miroers.— 328, B metroe. — 329, À B se. B metroe. — 330, B feroe. — 331, B tot sai et tot puis. C Quant je. — 332, À De ma folie. — 333, À C'un seul. B Qui sans. C C'un seus. D seis. — 334, B vueil que je teigne. C D velt. C je tiengne a hoste. D gel liegne. — 335-336. Ces deux vers manquent à D.— 385, À honor. — 336, B a. À hommage. — 337, À mon cuer. D mes sens. —- 338, À Que je sui toz viez et chenuz. — 339, B pelez. D Tains et noirs et pales. — 340, À Et plus en sui aspres et. B Et plus en filorpres et. C Et plus en filosophie egres. D agres. 811, B Qu'on ne sache ne cuide. C ne qu'en. D ne qu'an. — 342, A Mal ai emploié mon. D Bien ai emploité mon. — 343, B Que. D cessai. B apanre. — 344, B desprant. — 345, B tant. — 346, À aprendant. B esprandre. D En aprenant ai. — 347, B esprandant. — 448, C wait. — Les vers 348-355 sont réduits aux quatre suivants en A B : Puis qu'amors me va si prenant (B prendrant) Que je (B supp. je) ne le (B la) puis contredire. Ainsi li mestres se detire Et moult (B mout) durement se demente. 68 VARIANTES Pus qu'amors me vait si prenant Que je ne li puis contredire Ne son voloir pas escondire. Ainsi li mestres se demente. — 356, D chapel. — 357, D I assenbla de plusors. — 358, B À faire. — 359, À en cueillant. B en coïillir les florates. — 360, B teignent amorestes. 361 manque dans A B C. — 362, B doucetes. À bele. — 363,B teignent amorales. — 304, B m'amiale. — 365, B s'abenoie. — 366, À Mestre. B s'esmoie. — 367, À De ce qu'ele plus pres ne vient. C De ce que pres de li ne vient. — 368, B quanque li vient. — 369, D De lui. À retrere. — 370, B seate li vuet. C li. CD velt. —371,BC empande. — 372, À Moult. C Dtravaillie. — 313, À Que sa volentez. B Qu sa volunté. C Qu'a sa volentez. — 314 manque à B. — 375, D sor son blon. — 377, B Qu'elle voie. D Que maïistre Aristote. — 378, D Mais. — 379, D beau. B vost. C voit. D vait. — 380, D Vint vers la fenestre. C vient. B sa fenestre en chantant. 381, A Les vers. B.j. ver d'unne chançon descuevre. C.j. ver d’une chanson atoile. D chaçon. — 382, À pas que cil se. B vuet. C vall. B cuevre. C çoille. D Quar nature que cil se cueille. — 383 manque à B. — 384, A Lez .j. D fontele. — 385, B omet et. D Dont l'aive est bele et clere la. Manque à A. — 386, B Sitest fille en sa main. D ses dels li renowvele. — 388, À Ahi quens Guis. D quans. — 389, B mi. D omet me lot, — 390, À si s’en. D Quant ot ce dit, si tres près. — 391, À Lez la. B longue. D De la fenestre qui ert. — 392, À Et ci. D Que maistre Aristote. — 393, B Qu'il cuide trop. C Qui cuide trop. — 394-397, Ces quatre vers manquent à D. — 39%4, À a desirré la pucele. — 395, À A cest mot. B À cest col. C la chandoile. — 396, C jus a. A vil. B jusqu'a terre l'abat. — 397, B Que prins. — 398, D Bien fait senblant d'estre marrie. — 39, B C Qui est ce Diex fet ele aïe. D Cele puis a dit Diex aïe, — 400, À À foi. D Qu'est ce qui ci m'a. A retenue. 401, B C vos soiez bien. — 402, D prevoz ert. — 404, À Sire. — VARIANTES 69 406, B fait il. D amie. — 407, D et vie. — 408, D Honewr et tot on. — 411, À Ha sire. C dit. D fist. B dois puis. — 413, B ne. D serois. — 415, B que. — 416, À Et moult. — 417, À o moi esbanoiant. D avuec moi arestant. — 418, B fait il. D Dist Aristotes, or laissiez. — 419, D Quar. B apaiez. C apesiez. D abaissiez. 421, B escris. — 422-493. Ces deux vers manquent à À B C. — 4%5,B desier. D E mon desirrer m'apaies. 426, B Gent cors et. — 497, B Mes- tres avant que vos. D Ha maistre avant. — 428, C la bele. D Fait. — 42%, À Avant .j. — 480, À B d'amors. C estes por mot. — 431, À Quar uns moult grans. C molt talent tres grant. — 439, B Sus ceste herbe on cest vargier. C Sor ceste herbe en cest biau. D Desor cel. — 434, D fait. — 435, À B Qu'i ait sor vo (B vos) dos. — 436, À Si serai plus Ronestement. B S'’iré plus honoreemant. D S'iere plus. — 437, À li respond briefment. D Li viellarz. = 439, À Com cil... tos entiers. B C Si com cil. — 440, À a desroi. B C natwre. D l’a amors mis. 441, C du. — 442, À comporter. D Aporte el vergier en. — 443, À BC Bien fet amors de (B du. C d'un) sage fol. — 447-447. Ces quatre vers manquent à À B C. — 449, À Que tout. B Quant lo meillour clerc de cest mont. — 452, D Tot chatonant par desor. — 458, B Si. C Prenez essample a cest. D Ci convient. — 454, B S'an. C Que bien saurei. D Gel saurai. — 456, À le. — 457, À Parmi le vergier. BC La damoisele. — 458-46). Ces quatre vers manquent à À B C. 462-463. Ces deux vers manquent À À et sont intervertis en B C : En lui chevauchier (B chevachant) et deduit (B deduist), Par mi le vergier le (B se) conduit (B conduist). — 464, D Et chante haut. B sainne. — 466, C Ainsint vait. B qu'amours. D mainent. — 466 manque dans B C. D Bele dose ighee laine. — 468, C Ainsint vait. D mainent. — 489, C Et ainsint. D Et qui bon amor. — En B, 467-469 sont réduits à ces deux vers : Et ainsit qui la maintient Meistres musars me sostient. 70 VARIANTES — 470-473 manquent en D. — 470, D iert. — 471, B le tour. — 472-473 manquent en B C. — 474, B que vat ce. C Mestres, ce dist li rois, que vaut ce. D Maistre, dist li rois, que volez. — 475, B Bien ai veñu que vos chevache. C Je voi bien que on. D Ge voi bien que vos chevachiez. — 471, D vos maintenez. — 479, À veir. 482, À B metez. C Eïinz estes mis. — 483, B lieve. D dreca. — 485, D Puis. À honestement. — 486-487. Ces deux vers manquent à A B C. — 488, C Droit oi. D Ge oi droit et. — 489, À Que en droit. B Qus. A vous. — 491, D qui plains sui. — 492, D ne puet.— 493, D mend. — 495, D Ce que. — 496, À Me. D M'a amors deffait en eure. — 497-511. Ces quinze vers manquent à D qui ajoute ce vers de raccord : Li rois fu lies en iceste eure. — 497, B trestot devoure. C prent. — 499, C Pus qu'il. 501, B C pouez.—502, B nostre. — 503, B Mout se rescuel. —506,B quanqu'ele enprise a. — A partir du vers 507, C supprime la fin du poème et la remplace par ces six vers : Miex velt estre sanz compaingnie Qu'avoir compaingnon a amie. Par cest lai vos di en la fin : Tex cuide avoir le cuer molt fin Et molt sachant tot sanz essoine Qui l'a moit povre a la besoingne. — 6507, A l’em. B l'an, corr. l'en. — 510, B Més bien s'an fu tant. — 511, B De ce que si. — 512, D son maistre. — 514, D parfornir. —515,B au tentr. D el. — 516, B [0] r. — 518, B Caiton. — 519, B Qu'a fait. D Qui fist. — 592) manque à D. B ons. 521, D Turpe est doctum. — 522, À Catons dit en ca vers. D et cist vers le glose. — 523, D Fox est qui blasme a autri chose. — 524-525. Ces deux vers manquent à D. — 524, B a force. — 5%, B a annui. — 526, B que. D Dont est repris et qui. — 528, B Alixandre. D est. — 529, B Aristotes et mesama. D Son seignor et mesaama. — 532, D En amor si. — 533, B Qu'i. D Qu'il ni mist onques nul deffaiz. — 584-535. Ces deux vers manquent à D.—534 AB cit, corr. s’il. — 535, B a. — 536, B VARIANTES 71 la força. D Ce fist amors qui l'efforçga. — 537, À B Qui sa volenté li dona. D volenté, corr. volentez. — 538, D De toz et de totes. — 539, B moi. — 540, B Nuule (ou nunle) corpe. 541, D Quant ne mesprit par. B esprinsure. — 542, À B droiture. — 543, D cest. — 544, D Si dist et demonsitre. — 545, D dessevrer. Le poème finit en D à ce vers, au-dessous duquel on lit : Æxplicit d'Aristote et d'Alixandre. — 550, B laiaus ameres. — 553, À B Amors, corr. Amor. — 556, A li mal. B traient. — 557, B Qu'ainsi amours vont et essaient. — 559, B loiauté. — 560, B S'estande et suffre. 561, B joe. — 562, B par deduit. — 567, B Et deffait ses volumtez. — 569, B Dois puis. — 573 et 574, À amors. B amours, corr. amor. — 574, B soffre. — 575, B siel merir cest. —576, À Que li amant sueffrent. B soffre. — 571, B lo. — 579, À duerra. B cis. — B Explicit d'Aris- {otes. 72 VARIANTES BATAILLE DES VINS — 22/7 — À. Paris, Bibl. nat., ms. fr. 837 (anc. 7218), f. 231 c à 2% c. B. Bibl. de Berne, ms. 118, f. 200 a à 201 a (1). V. 1, B Segnor oiés. — 2, B Qui avint jadis sor. — 3, B Felipe. — 7, B aumaçcor. — 10, B qu'il avoit soi. — 11, B qui fu. — 19, B me- sages. — 13, B C'alaissent le mellor vin. — 15, B Primes... Cipre. — 16, B Ipre. — 17, B Ausais... Mosele. — 18, À Anni. B Rochele. — 20, B Melen... Treveborc. 21, B Plaisence. — 22, B Espagne. — 23, B Monpellier. — %4, B Carcasone. — %5, B Mosac... Saint Melion. — 96, B Saint Tion. — 27, B Jarguel. — 2%, B Argentuel (de même v. 77, S8, 96). — 31, B Sesane. À . vij. mois. — 3%, B Vin d'Anjo, vin de. — 33, B Chastel Raol (de même v. 138). — 34, À vins. B le Bardol. — 35, B Sansuere. — 36, B Verselai... Auçuere. — 37, B Tonaïire... Flaveni. — 38, B Saint Porçain... Soveni. — 39, B Chabliues. 41, À vert. — 42, B uef. — 43, B Trestot vinrent. — 44, B Sor. — 45, B cisne. — 48, B abuvrer. — 49, À B Un, corr. Uns. B l’estole. — 51, B S’escumenia (de mème v. 179). A dans. B Mavel. — 52, B Qui croist ens es clos de Biavès. — 55, À Rogoel. — 56, B gotes cranpes. — 57, B rogne. — 58, B vergogne. — 60, À Les amaïinent ferant a cort. B prestre. B transpose les deux vers 59-60. 61, B jamais n’entrassent. — 62, B La uw nul prodome. — 63, B Moe liure n Biauvoisins. — 64, B lor cher. — 65, B Ces .ij. vins n’en cacha il pas. — 67, B Levin .—68, B Ne proisa il. —"70,B Por ço qu'en esté se tornerent.—73,B Vin d'Arjences, Chanbure, Resnes.— 76, B Je sai... ocheist. — 78, B larme d'uel. — 79, B qu'i. — 80, B fix... glos. (1) V. quelques formes signalées dans l'Introduction, p. CxV-CxvI. VARIANTES 73 — 82, B sues. — 83, B Iceste trives sont enfraites. — 84, B val. — 85, B Au tesmoing do. — 86, B Dueil. — 87, B sac. — 88, B trop. — 90, B Saces... plenons. — 91, B Que fait. À d'Augçuerre. — 92, À Le vin de Laucei de Tauçons. — 93, B Icil . {j. pesent. — 9%, B doient... seir. — 95, À Espernai. B et. — 98, B tu 1068 aviller. — 98, B Par Deu trop te fais conestable. — 9, B Nos paissons. — 100. B les goutes. 101. B Nos estagnons. — 102, A Le vin. — 103, B Ji roiax. — 104, B desloiax. — 105, B a cort. — 108, B Longe tone. — 109, B Si secorons. — 11], B Les Colonois prendons d'argent. — 118, B Lors dist Aunis de la Rochele. — 114, B Vous Ausois et vos la Mosele. — 115, A fiere. — 117, À Bretons, Flamens, Normans, Engilois. — 119, B ciaus. 122, B Estrelins. — 193, B Jehans. A supprime l's avec raison, le sens étant : Li vins de S. Jehan... — 125, B Qui li avoit crevés les eus. — 126, À piez. — 197, B Agolesmes. — 128, B Si ti. — 129, À Et le bon vin blanc. — 133, A fort. B orguel. — 134, B Se fait il toster au solel. — 135, B c'aisès. — 136, B coi. — 137, À Channi, Montrichart, Lagoy. — 138, À Betesi. — 139, B Montmorellon et Ysodun. — 140- 142, 4 : Et cil d'entor tout de commun Furent devant le roi tout cois Por abatre le bobançois. 141, B beubangois. — 143, B Li vin françois se desfendoient. — 144, B Qui. — 145, B que nos. — 146, À sades. B Nos somes sade. — 148,B Wa cuer n'a cors, n’a uei. — 149, A Vermendots. B Auçurre. — 150, B la gent jesir. — 156, À vins. B et mains. — 157,B s’en- tretuassent. — 158, B no laissasent. — 159, B con il. 161, A grant. B cambre. — 163, B C'estoit un. — 164, B vosist. — 165, A Chevaliers, clers. B caloine. — 171, À # estoit. — 173, B À cascuns vin. À .j. baut. — 174. À ysebaut. — 175, À Bien. — 176, B Giditoet. — 117, À Trestout seul. B Trestos sols, corr. Trestoz seuls. — 178, B Hersoi. À dunque. — 180, B faite par de l'Oise. 74 VARIANTES 182, B jeta la chandoile. — 183, B si s'ala someller. — 184, B Trois jors trois nuis sans esveller. — 186, B son don. — 187, B Chipre fut. — 188, B con vraie. — 189, B Puis fist cardonal. — 190, B D'un bon. — 191, B .”. contes. — 194, BU... ot. — 195, B poroit. — 197, B mangier. — 199, B n’'aroit. — 200, B Des ci a l'ore qu'il moroit.— 204, B Buvons tel vin con Dex nous done. — B Explicit. VARIANTES 79 LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE 1 0 0 JE 0 0 mm Bibl. Harléienne fBritish Museum), n0 4333, f. 98 b à 100 a. (Le texte de cette pièce est celui que M. P. Meyer a donné dans la Romania, n0 2, avril 1872, p. 210-215 ; les corrections faites ou proposées par lui sont ici reproduites.) V. 10, Ot, ms. ou. — 11, ce, ms. se; de même v. 14, 88, 153, etc. — 12, ms. joions ; il a de même au v. 22, on pour ou. — 17, lou, ms. dou. — 5l, me, corr. m'en? cf. 54. — 59, corr. merite? ms. v'ite. — 73, Ses ms. Sez. — 84, Ses, ms. ces. — 96, An pour Au, mais il faudrait plutôt ou, et de même au v. 105. — 98, En, corr. Es f — 110, Qui par, ms. Que por. — 114, tes, ms. tas, faute occasionnée par la finale de getas qui suit. — 115, Qui, ms. que. — 125, pès, ms. pas. — 126, sa, corr. ta. — 127, sortent, ms. sevent. — 132, 138, 231, Cil, ms. Si. — 134, ele, ms. sl. — 141, met, corr. mit ? — 146. Les deux dernières lettres de ce vers et des parties plus ou moins grandes des suivants ont été enlevées par une coupure. — 179. Le commencement des vers manque par suite de la coupure mentionnée dans la note sur le v. 146. — 193, chose, corr. glosef — 208, Ou, ms. si. — 213, qui, ms. que. — 224, corr. a l'autre? — 224, anmis, ms. Amis ; de même v. 227, flanme est écrit flîme; v. 235 conme, ms. 9me, etc. — 2%. La fin de ce vers est peu intelligible ; p. 6. corr. trait toz tansf — 233, cil, ms. si. — 258. I] y a per en toutes lettres ; partout ailleurs par ou le plus souvent p barré. — 263, S’, ms. Si, mais l’£ a été ajouté postérieurement. Note de l'éditeur. — V. 230, ms. d'enfer, corr. de fer. Voir la raison de cette correction dans la note sur les vers 190 et suivants. 76 VARIANTES BATAILLE DES VII ARTS A. Paris, Bibl. nat., ms. fr. 837 (anc. 7218), f. 135 b à f. 137 c. B. >» » ms. fr. 19152 (anc. S. G. 1830 et 1239), f. 112 d à 114 b. V. 2, B Et grant domaiges et granz dels. — 7, B autoreax. — 8, B gomereax. — 9-16. Ces huit vers manquent à B. 23, B De fors. — %, B vielz. — %, À Denaoït. B Doneet, corr. Donaet, écrit ainsi v. 188. — 29, B ovuec. À Graumaire. — 3%, B el; de même v. 78, 88, 89, 167, 186, 260, 265, 368. — 32, B as ; de même v. 54, 9%, 174, 245, 290. — 33, B Maïistre Johan de S. Morise. — 3%, B Que de Garnier. — 38, B o les pennars. — 40, B poissons reaæx. À Laire. 42, B gresse. — 43, B geus. — 44, B tinrent. — 47, B perduz. — 48, B Quar Raoul de Bulli. — 50, B dant Perron. — 52, B Johans. — 53, À Poilasne. — 54, B Nicole. — 55, B Cil troi sevent trive et quadruve. — 57, B trahiuent. — 58, B Naim. — 59, B poignoit. 63, B Lunoies. — 64, B cruex. — 65, À Le lai. — 66, B Et Degrez orgueilleusement. — 69, B out. — 70, B enpennez. — 76, B supprime et. 81, B Laissa tençant les arz ensanble. — 83, B Qui Li livra tot son celier. — 86, A le meillor clerc. B Que. — 87, B tint. — 88, B despuste. — 90, À supprime a. B filosophie. — 9%, B Dooir fors livres. — 96, B livre encians. 101-102. Ces deux vers manquent à B. — 105, B Girar. — 106, B Et maistre Henricus de Naples. — 109 B tornassent au gaaig. — 110, B venissent nul mahaïg. — 113-123. Ces treize vers manquent à B. Après le vers 117, un vers manque à A ; la ligne qu'il devait occuper a été laissée en blanc dans le ms. — 114 et 119, AB il, corr. el. 124, B Ge. — 125, B els ; de même v. 215. — 126, B Mais i con- chient. — 130, B Tolete... Naple. — 131, B Qui de bataille sot la VARIANTES 77 Chaple. — 132, B À wne nuit vint Nigramance. — 135, B Ele s'estoit ja lote armée. — 136, À Qu'en. — 139, B coulonbeax forniez. 142, B Astronomie ; de même v. 304, 351, 435. — 144, B Lors. — 146, À Armielique. B l’omdre. — 151, B a La. — 152, B .œæitij. et XV. — 153, B ax ; de même v. 436. — 155, B Le conte. 161, B usurier. — 462, B mielz... conereese. — 164, À Arimetique. — 168, B Geometrie. — 170, B Entre. — 171, B de bone. — 176, B viceles. — 177, C flauteles. — 179, B jusqu'en. — 180, B diatesaron. À dont dans le texte, douz en marge. 18, B hurtez de diverses janbes. — 183, B trangles. — 186, B Qu'el ne se conbalissent pas. — 187, B Mais Doneet en es le pas. — 189, B ver. À borserez. — 191, B dant. — 192, B sojismes.— 194, B tresbuchier. — 195, B Et qu’il covri trestot. — 197, B baron ancien. — 200, B Pre- cians ot .ij. nevoz. 201, B beax et proz. — 20%, B Agrioine. — 207, B mi sire. — 2083, A Orasce. — 209, À Etasce. — 210, B Sedile. — 213, B fier. — 214, B Pri- ciens. — 216, B ses. — 217, B Periarmenes. — 218, B supprime el. — 219, B Nigramance et. — %0, À dan... dan. B âant.….. dant, corr. dans... dans. 222, B vinrent. — 224, B Retorique ; de mème v. 351. — 2%, B Poindrent ; de même v. 232, 241. — 227, B Que. — 228, B preudon :i maaignerent. — 229, B Por lor avoir qu'il gaaignerent. — 230, B Pre- dicament et ses. — 931, B acheleor. — 232, À dau. B Barbarisme. — 233, B .L. ime. — 235, B armaire. — 238, B traïison. — 239, A Poituu, — 240, B arriere. 242, B lever. — 243, B autors; de même v. 250, 273, 316, 416. — 244, B Hoschier. — 246, B quarreux. — 247, B poiors. — 248, B venim. — 249, B Que il n'a en .c. menues folles. — 252, B Et de caniviax et de grefes. — 254, B chastel fu. — 256, B Qu'il maniuent. — 257, B beax. — 258, B fiert et deciple. — 260, B Qu'el Les fist. 261, B Puis {or dist n'i. — 262,B.j.— 2635, B El. — 266, B Olliens. — 267, B longuement l'ont. — 270, A Otographie. — 273, B Dama. — 274, B iogicienneaz. — 275, B Con il tenoient autoriaæ. — 216, B ses. À des- 78 | VARIANTES truclions. — 277, À contrictions. B Et ces gentiz construcions. — 278, A Li soffitel. 282, B Percarmeine. — 283, À omet seignor. — 285, B Thobie. — 287, À Et geta ducis Macidum. B Et gita envers Marcidon, corr. Et Gesta ducis Macedum. — 29, B asomée. — 297, B Cil estoit moult lor bons amis. — 298, B donc. — 299, B desclinoit. 303, B Adonc se retraist l'ost. — 305, B Dialetique. — 311, B Encçois le firent por. — 312, B vorrent. AB il, corr. els; de mème v. 313,314, 352, 353. — 317, B Ensanble.— 318, B Qui lor riere ban. — 320, B O!I- liens. 322, B Bien .x. milliers en .j. randon. — 323, B Enbrevez en lor gonfenon. — 324, B choisi. — 325, B En eissil. — 326, B Maraacop et Marcien. — 322, B si tres grant. — 333, B en couvri toute. — 331, A Etacet. — 336, B Le menoit par devant les ez. — 338, A Pauñfilès. — 339, À dan. B dant Tyodolez, corr. dans ; de même v. 342. 343, À B Que Malicia ot, corr. Alicia. — 312, B Sonoient tuit acupinel. — 348, B poi. — 319, B Et par .j. poi qu'il. — 352, À her- bregies. — 353, B corgiees. — 355, B Lor eles encroissent sovent. — 356, B totes quusses. — 359, B Qu'il. — 360, B alumele. 361, B portes manches. — 363, B sustance. — 367, B chaudeax ; de mème v. 369. — 368, B ei a tant d'avocadiax. — 369, B au vileins. — 372, B Ver de garains. — 374, B Letres porta. — 376, B en la. — 377, B Qu'il n'entendoit. 382, B ennormales. — 383, B desclinier. — 385, B desclinoisons. — 389, B pluriers. — 390, B En la. — 396, À Se li. — 398-411. Ces quatorze vers manquent à B. 414, B La meine ele. — 4]7,B lierez. — 419, B cox. — 420, B toutes { gielent. 421, B deffent de sofismes. — 420, A D'issolubles. B fallaces. — 427,B Li autores font tex rabaces. — 431, B De st alors que il cherront. — 433, B metront. — 436, B gita. — 437, B Toz lor parteillon. — 438, B s'enfoirent. — 440, B Versefierres. — 441, B S'enfoi. — 443, B II n'i a. — VARIANTES 79 444, B discretire. — 445, B giste. — 447, B encore pot. — 451, B Après formenz vinrent aveines. — 452, B Jusqu'a... cil se tenont. — 453, B venront. — 455, B Ansi. — 456, À B Henri, corr. Henris. — 458, B despire. — 459, À contruire. — B Explicit. 26 Digitized by Google NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS LAT D'ARISTOTE Page 1, vers 1. — Il n’est pas rare de trouver cette idée développée au début des fabliaux ; les trouvères se plaisent souvent à annoncer qu'ils se proposent un but moral. Le fabliau du Prestre et des . ij. Ribaus (A. de Montaiglon et G. Raynaud, Fabliaux, t. III, p. 58) commence par ces vers, qui présentent beaucoup d’analogie avec le début du Lai d’Aristote : Qui biaus mos set conter et dire, Il ne les doit pas escondire Entre bone gent ne repondre, Ainz les doit volentiers despondre Des meillors et des plus massis Quant il voit qu’il sont bien assis Et que chascuns volentiers l'ot, Si qu’en la fin du tout se lot. P. 3, v. 59. — Notre trouvère veut dire ici que son fabliau pourra tenir lieu de ces friandises, fruits et 82 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS épices, qui composaient le dessert ou qu’on offrait aux visiteurs. Et nous croyons que la pensée de taxer de présomption l’aimable poète ne viendra pas à l'esprit du lecteur aussi charmé que pouvaient l’être les con- vives de Scarron, quand celle qui devait être plus tard M°° de Maintenon remplaçait le rôt absent par un de ces contes qu’elle savait si bien dire. Nos pères n’appelaient pas seulement épices les con- diments nombreux dont ils faisaient usage beaucoup plus que nous pour relever la saveur des mets et en faciliter la digestion ; ils donnaient encore ce nom aux confitures et conserves de toute espèce, dragées, etc., qu’on ne manquait jamais d'offrir avec le vin dans les visites et les réceptions. Il en est question très fré- quemment dans les chroniques. P.3,v.61.— Voir, sur les rapports d'Alexandre et d'Aristote et sur les fables dont on s’est plu à entourer ces deux grands noms dès l'antiquité et pendant le moyen âge, la Légende d'Aristote au moyen däge, publiée par M. Ch. Gidel dans l'Annuaïire de l’Asso- ciation pour l'encouragement des études grecques en France, 1874. L'autour de cette intéressante notice y parle (p. 43-44 du tirage à part) de Henri d’Andeli et du Lai d’Aristote. P. 3, v. 65. — Rapprocher de ce vers le passage suivant du poème de Lambert li Cors et d'Alexandre de Bernay : NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 83 À E ! bons rois conquerrans, seur tous houmes hardis, Largece estoit ta mere, tu estoies ses fils. (Alexandréide, etc. 1861, in-8, p. 475). P. 3, v. 72 et suiv. — Les trouvères laissent rare- ment échapper l’occasion de célébrer la générosité d'Alexandre ; elle était passée en proverbe au moyen âge, et nous voyons Henri d'Andeli, dans le Dit du chancelier Philippe, s’en servir comme de terme de comparaison, V. 77 : Il iert plus larges qu'Alixandres. P.5, v. 102. — On trouve dans la deuxième version de F'loire et Blancheflor, publiée par M. Ed. du Méril (Bibl. elzév., 1856, p. 172), un développement analogue sur la puissance de l’amour : Trop est amors de grant pooir, Qui si tost à home plaissié, Et si müé, et si changié, Et si l’a tost en ses laz mis. En poi d’ore l’a si conquis : Ja n'ert de si grant poesté Qu'il ne face sa volenté. P. 14, v. 357. — Sur les chapels lcouronnes) de fleurs, dont parlent très souvent les trouvères et qui figurent fréquemment sur les monuments du moyen 84 | NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS âge, voir Viollet-le-Duc, Dict. du Mobilier, t. II, p. 473-474, et t. III, p. 119-122. I y avait à Paris une confrérie de fabricants de chapels de fleurs. — Un détail curieux témoignera de la passion de nos ancêtres pour les chapels de fleurs et particulièrement de roses. M. À. de Bonnechose, dans ses Recherches historiques sur les progrès de l’horticulture et de l'étude de la botanique dans le Bessin, p. 15-16, nous apprend que, au x etau xui° siècle, des maisons étaient fieffées pour la simple redevance d'un chapel de roses. P. 15, v. 384. — M. P. Paris a publié dans son Romancero françois, p. 37-38, cette chanson de toile ou d'aventure, sous le titre de Cuens Guis [comte Gui) et sans nom d'auteur, d’après le ms. fr. 20050 (anc. S. G. 1989) de la Bibliothèque nationale. Eile est com- posée de six couplets, dont le premier est celui que chante la maitresse d'Alexandre. M. P. Paris a cité encore ce couplet dans l’Æistoire littéraire de la France, t. XXIII, p. 811. J'en donne ici le texte, qui diffère un peu de celui du Lai d'Aristote : En un vergier, lez une fontenelle Dont clere est l'onde et blanche la gravelle Siet fille D roi, la main a sa maxele, En souspirant, son dous ami rapele : « Aé! cuens Guis, amis, « La vostre amor me tolt solas et ris. » P. 17,v. 447. — Ce passage est peu clair. Rados NOTES ET RCLAIRCISSEMENTS 85 paraît vouloir dire cheval ; il fait penser à redos, redon (bas-lat. redossius) qui signifie un cheval malade et vicieux. On trouve aussi dans Du Cange : « Rado. Poly= ptychus S. Remigii Remensis : Donat annis singulis in pastione de spelta mod. 1 pull. 2 ova 15. lign. carr. 1 ad scuriam reficiendam Radon. 5 ad fæœnum vehendum quartam partem de carr. » — Si rados signifie cheval de peu de valeur, l’auteur aurait voulu seulement montrer la puissance de l’amour, en disant qu’elle peut changer ua vieillard en mauvais cheval, quand nature le semont. P. 20, v. 518. — Ce Chaton qui, au dire de Henri d’Andeli, ... bons clers fu et sages hom, et que, dans sa Bataille des VIT Ars, il appelle Cha- tonez (Catonnet), est, croit-on, le rhéteur Dionysius Caton, contemporain des Antonins, dont la vie est d’ailleurs complètement ignorée. L'ouvrage qu'on lui attribue est un recueil de sentences morales, écrit en distiques et divisé en quatre livres; il est accompagné, dans les mss. et dans les éditions imprimées, de quelques brèves sentences en prose, qui, si elles n’appartiennent pas au même auteur, paraissent cependant être de la même époque. Cette œuvre, qui a été en grande faveur pendant tout le moyen âge, était attribuée alors soit à Caton le Censeur, soit à Caton d'Utique. Elle a été très souvent traduite ou imitée ; la plus ancienne tra- 86 NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS duction est celle que fit, avant 1145, Everard, moine de Kirkam.(V. Mist. litt.de la France, t. XIII, p. 68-70, et t. XVIII, p. 826-830). Je ne parlerai pas des autres traductions ou imitations qui en ont été faites ; elles ont été mentionnées par Leroux de Lincy dans son Livre des Proverbes français, 2° édit., in-12, 1859, t. I, p. xxi-xx vu. Je dirai seulement que, parmi les tra- ducteurs, on trouve Jean Le Fèvre, de Ressons-sur- Matz, qui, dans son Matheolus, s’est souvenu de la légende d’Aristote (V. Introduction, p. xLu) et qui traduisit encore l’Ecloga Theoduli, dont Henri d’An- deli parle sous le nom de Theaudelès dans la Bataille des VII Ars, v. 340. NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 87 BATAILLE DES VINS 12 0 0 DÈCe © Grmmmemss P.23, v. 3. — Ce bon roi qui ot non Phelippe est pris ordinairement pour Philippe-Auguste(V.Daunou, Hist. lit. de la France,t. XVI, p. 218; E. Littré, Zb:- dem, t. XXIII, p. 227). Legrand d’Aussy, dans ses Notes sur la Bataille des Vins (Fabliaux, t. III, p. 42), va jusqu’à préciser l’époque du règne de Philippe-Auguste où ce fabliau aurait été composé. « Ce conte, dit-il, a été fait sous Philippe-Auguste, avant les conquêtes de ce prince sur Jean-sans-Terre, et lorsque les rois d'Angle- terre possédoient la Guyenne, la Saintonge, l’Angou- mois, le Poitou, etc. Les vins de ces provinces sont ici réputés étrangers ; le poète les met en opposition avec quelques-uns de ceux des provinces soumises immédia- tement au roi. 11 nomme ceux-ci françois et leur fait soutenir entre eux la rivalité qui régnoit entre les deux couronnes. » Il est à remarquer que les vins français, et par là le trouvére entend uniquement les vins de l'Ile-de-France, et encore principalement ceux du voi- sinage de Paris, sont mis en opposition non-seulement avec les vins des proninces qui appartenaient à l’Angle- terre avant 1204, mais encore avec ceux de la Bour- gogne, de la Champagne, de la Lorraine, de l'Alsace | 88 NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS (Aussai, que Legrand d’Aussy interprète à tort par Auxois). Rien ne témoigne donc ici « de la rivalité qui régnoit entre les deux couronnes », et quand même le poème aurait été écrit pendant le règne de Philippe- Auguste, on n'aurait aucune raison d’en faire remonter la composition à une date antérieure à 1204. D'autre part, M. Antony Méray (la Vie autemps des Trouvères, p.35) pense que, dans ce fabliau, il s'agit de Philippe le Hardi. La question est délicate à trancher. Quand on identifiait notre trouvère avec le chanoine de Rouen, le roi désigné dans ce conte ne pouvait être que Philippe-Auguste ; mais je crois avoir démontré que cette identification ne saurait être maintenue. Si l’au- teur du fabliau est ce Zenricus de Andeliaco que cite le Regestrum Visitationum d'Eude Rigaud sous la date de _… rien n'empêche d'admettre qu'il ait vécu au delà de 1270 et que le poète ait voulu désigner ici Philippe le Hardi. Je crois cependant qu'il s'agit plutôt de Philippe-Auguste. P. 23, v. 5. — Ce vers, Du bon vin qui estoit du blanc, et les vers 169-170, Li rois du blanc bien se paia, Et chascun des vins essaia, semblent indiquer qu'il ne s’agit dans cette pièce que des vins blancs. Cela peut surprendre, parce que beaucoup des crus cités ne nous sont connus aujourd'hui que par leurs vins rouges, le Beaune et le Saint-Emilion, par exemple. Remarquons toutefois que notre poète désigne le Beaune comme un vin d’un blanc verdâtre : NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 89 .j. vin qui n'est mie trop jaune Plus est vers que corne de buef...…. et que Jofroi de Waterford, dans le chapitre du Segré des Segrez, que j'ai reproduit dans l'introduction, parle du vin blanc de Saint-Emilion. On sera moins étonné si l’on se rappelle que le raisin noir peut donner du vin blanc ou tirant sur le blanc ; tout le secret consiste à ne pas laisser la pellicule, qui seule est colorée, fer- menter avec le moût. C’est un procédé de fabrication. Il se peut qu’on l’ait suivi de préférence à cette époque du moyen âge. Voici ce que dit Olivier de Serres dans son Troisième Lieu du Théâtre d'Agriculture et Mes- nage des champs, 1804, in-4°, t. I, p. 275 : « Il n’est de nécessité d’avoir des raisins blancs pour les vins blancs, d'autant que les noirs satisfont à cela, rendans le moust blanc, la couleur des raisins ne péné- trant plus avant que la pellicule, sans toucher au moust. Toutes-fois la blancheur n’en est du tout si naïfve, que des seuls raisins blancs : mesme y a il des terroirs et des espèces de raisins qui ne se ployent guières bien à cela. Aucuns vins blancs sont aussi clers qu’eau de fontaine, autres demeurent tousjours troubles, et en- cores s’en treuvent de couleur de laict : toutes lesquelles diversités sont agréables, pourveu que le goust res- ponde au désir, selon le proverbe : vin pour saveur, drap pour couleur. » P. 23, v. 15 et suivants. — J’ai donné dans l'intro- 90 NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS duction le curieux chapitre du Segré des Segrez, dans lequel Jofroi de Waterford compare et juge différents vins. J’ai cité la Desputoison du Vin et de l'Iaue, où sont mentionnés les vins de Beaune, de Clamecy, d'Auxerre, de Nevers, d'Anjou, de Saint-Jean (d'An- gely), de la Rochelle, de Gascogne, de Saint-Pourçain, et le vin français, qui se disputent la prééminence devant un tribunal où siègent, sous la présidence du dieu d'amour, le vin grec, le vin de Grenache, le vin de Chypre, le vin muscadet et le vin rinois. Voici encore deux passages où l’on trouve une nomenclature intéressante à rapprocher de celle de Henri d’Andeli. Le premier est tiré du Roman de Fauvel, commencé sous Philippe le Bel par François de Rues et terminé par Chaiïllou de Pestain ; il a été cité par M. Paulin Paris dans le t.I des Manuscrits françois de la Biblio- thèque du roi, p. 320-321 : Vins i ot bons et precieus, À boire moult delicieus, Citouandés, rosés, florés ; Vins de Gascoingne colorés, De Montpellier et de Rochele, Et de Garnache et de Castele ; Vins de Beaune et de saint Pourcain, Que riche gent tiennent pour sain, De saint Jangon et de Navarre, Du vinon que l’en dit Labarre, D'Espaigne, d'Anjou, d’Orlenois, D'Auceure et de Laonnois, NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 91 Et de saint Jehan, de Biauvoisin, Du vin François d'iluec voisin ; Il eut piment et bons clarés. Les miex vaillans, les miex parés Menjoient le plus gloutement.... Le second passage appartient à Eustache Deschamps; il a été publié par Crapelet dans l'introduction précé- dant le choix qu’il a donné en 1832 des œuvres de ce poète : Or lui refault de plusieurs vins : Vin de saint Jehan et vin d'Espaigne, Vin de Ryn et vin d’Alemaigne. Vin d'Aucerre et vin de Bourgongne, Vin de Beaune et de Gascongne, Vin de Chabloix, vins de Givry, Vins de Vertus, vins d'Irancy, Vins d'Orliens et de Saint Poursain ; Avoir tel femme n’est pas sain; Vin d'Ay, vins de La Rochelle, Garnache fault, et Ganachelle, Vin grec et du vin muscadé. Marvoisie elle a demandé ; Vergus veult avoir, vin goués. Ms., p. vexvi. P. 23, v. 16. — Henri d'Andeli parle ici assez dé- daigneusement de la cervoise, et, plus loin, il la fait excommunier par le prêtre anglais. Il était sans doute de l’avis de son contemporain le normand Henri d’'Avranches, qui lui a lancé cette boutade citée par 92 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS G. Camden dans sa Britanniæ descriptio (in-4°, 1600, p. 495) : Nescio quod stygiæ monstrum conforme paludi Cervisiam plerique vocant : nil spissius illa Dum bibitur, nil clarius est dum mingitur, unde Constat, quod multas feces in ventre relinquit. Un autre contemporain, Jofroi de Waterford, porte un jugement moins absolu. Dans le chapitre LXV de son Segré des Segrez, intitulé de diverses manieres de beverages (Bibl. nat., fonds fr., 1822, f. 114, r° 2° col. à f. 114, vo 1'° col.), il distingue plusieurs sortes de boires faits de froment, d'orge et d’avoine, condamne certaines cervoises, en approuve d’autres, suivant leur nature ou leur mode de préparation. La bière a eu aussi ses partisans, qui, de leur côté, n’ont pas ménagé le vin. Le médecin Jean-Henri Meibom s’est déclaré hautement en faveur de la bière dans son savant traité De cervisiis potibusque et ebriaminibus extra vinum aliis Commentarius (Helmstadt, 1678, in-4°). Après avoir cité les opinions contraires de Dioscoride, de Galien, d’Aetius, d'Ori- base, de Paulus d’Egine, de Siméon Seth, d’Avicenne, il s’écrie : « Verum hos experientia hodie omnes re- fellit, quæ tale quid in zytho aut cervisia inveniri negat, ut ea potius constet Germanos, Anglos, Belgas, totiusque septemtrionis incolas alios, cervisiæ potores, saluberrimos fere, robastissimos et pulcherrimos esse, NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 93 ac bene habitos, et in annosam senectutem incolumes, nullis uspiam gentibus vino utentibus colore, forma aut valetudine cessuros, privatim vero fœminas fœ- cundiores aliis reperiri. » Ch. XXV, 16. Ilest déjà bien beau que la bière donne la force et la beauté, fasse parvenir à l'extrême vieillesse et rende les femmes plus fécondes. Hugo Grotius va encore plus loin, s’il est possible, et fait de la bière le breuvage des Muses (cité par Meibom, ch. XX VII, 24): Ipsæ te sitiunt novem Sorores, Nec Permesside proluuntur unda, Ex quo Græcia Barbaro sub hoste est. Enfin, pour finir comme j'ai commencé, par un Normand, Adrien Turnèbe, dans son De vino libellus (publié à la suite du traité de Meibom), où il attribue au vin tous les maux qui affigent l'humanité, dit : « Vinum et staturæ juxta et valetudini officit. Illa autem quæ sibi septemtrionales populi ex frugibus humore maceratis in acorem vitiata conficiunt, minus utrique nocent. Argumento sunt corpora illis in locis salubriora et auctiora. Nam ex habitu corporum, cer- tissima ducuntur hujus rei, ut opinor, argumenta : quanquam in eo potu putredine quæsita acrimonia, quæ mentem etiam sauciat nonnihil, lædit minus tamen, quam vinum.» J’ai donné quelques pièces du procès : à chacun de juger suivant ses préférences. Je tiens pour ma part 94 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS qu’il serait sage d’appliquer aux botres en général la maxime philosophique par laquelle Henri d’Andeli termine son petit poème : Prenons tel vin que Diex nous done. P. 23, v. 17-39. — J'ai dit dans l'introduction qu'il était difficile d'identifier plusieurs des noms de lieux cités par Henri d’Andeli, parce que ces noms sont portés par des localités différentes. Je crois cependant avoir trouvé un criterium qui permet d'arriver le plus souvent à une identification sinon certaine, du moins très acceptable. Le poète me paraît, dans la longue nomenclature qui s'étend du v. 15 au v. 39 et qui comprend quarante-cinq noms, énumérer les vins par région, c’est-à-dire réunir dans un même vers ou dans deux vers qui se suivent, les vins de localités relative- ment voisines, appartenant à une même province ou à deux provinces limitrophes; et cet ordre apparaît encore dans la plupart des autres passages où le trou- vère associe plusieurs noms de lieux. Du reste, quelques lecons du ms. de Berne, différentes de celles du ms. fr. 837 de la Bibl. nat., s'accordent avec le système que je propose et que j'essaierai de justifier dans les notes qui vont suivre. P. 23, v. 17. — Après avoir cité, v. 15, tout d’abord le vin de Chypre, qui doit plus tard obtenir le premier rang, et qui n’a aucun rapport, ajoute plaisamment le NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 95 poëte, avec la bière flamande (cervoise d’Ypre), Henri d’Andeli réunit dans ce vers les vins de la Moselle et de l'Alsace (Aussai), c’est-à-dire les vins tout à fait voisins de la Moselle et du Rhin. _ P. 23, v. 18-19. — Dans ces deux vers sont réunis les vins de l’Aunis et de la Saintonge, provinces voi- sines qui ont formé le département de la Charente- Inférieure. La Rochelle était la capitale de l’Aunis ; Saintes et Taillebourg étaient dans la Saintonge. P. 24, v. 20-21. — Melans (ms. de Berne, Melen); Treneborc (ms. de Berne, Treveborc). Legrand d’Aussy voit dans Melans un Meulan qui se trouve, dit-il, en Poitou (Notes sur la Bataille des Vins, p. 48). Il ne connait pas Treneborc (Zbidem, p. 48). À l'égard de Palme et de Plaisance, il s'exprime ainsi (Zbidem, p. 48): « Je ne sais où placer Palme. Est-ce celui du Languedoc ou la capitale de l’île Majorque? Le Plai- sance du fabliau est-il le Placentia d’Espagne, le Plaisance d'Italie, du Languedoc, de Guyenne, du Rouergue ou du Poitou? Je croirois volontiers que c’est celui de Lombardie, parce que, dans une ordon- nance de Charles V, année 1369, je vois les vins de cette ville assujettis à des droits particuliers. » J’ai fait remarquer plus haut que, dans sa nomen- clature, le poète mentionne les vins par groupe géo- graphique, et je crois que dans ces deux vers il a réuni les noms de quatre vins italiens. Melans est pour moi Milan, la capitale de la Lombardie; il m’est impossible 28 96 NOTES ET EOLAIRCISSEMENTS d'identifier Trenneborc. Je trouve bien dans le Théâtre du monde de Blaeu, 3° partie, 1644, une carte du Ducato, overo Territorio di Milano, qui porte un village de Trenno à l’ouest et à peu de distance de Milan; mais cela ne suffit pas, c’est Trennoborgo qu'il faudrait trouver. Quant à Plaisance, point de difficulté. A l'égard de Palme, je reproduirai en entier un passage du livre v, p. 255-256, de l’ouvrage d’Andrea Baccio intitulé : De naturali vinorum historia, de vinis Italiæ et de conviviis antiquorum libri septem, Romæ, 1596, in-f°. Voici ce que dit cet auteur sous la rubrique Palmesia vina in Picenis : « Prædicta in Picenis generosa vina commemorat Plinius, lib. XITII, cap. IT, ubi scribit : Ex reliquis vinis a supero mari, Prætutiana sunt, et Ancone (1). Ubi de loco (ut ego ex ipso Palmæ nomine conjicio) intelli- gendum videtur in agro Firmanum castellum ad oram maritimam, quod ab antiquo (ni fallor) nomine Turris de Palma cognominatur, ab uvæ scilicet hujus genere, cui vetusta sub illo jugo esset origo, de quo haud levis hæc alia conjectura sit, non aliud extitisse, mutatis alioqui nominibus, quam quod hodie a Picenis Mara- aum appellatur, a Marano non procul a Palma oppido, in cujus vinetis frequens propagatur id vitis genus, (1) Baccio a cité incomplètement le passage de Pline. En voici le texte tel que le donne l'édition Nisard : Ex reliquis autem a supero mari Prætutia atque Ancone nascentia, et quæ a palma uva forte enata Palmensia appellavere, — L. XIV, c. VIII, 7. NOTES ET KCLAIRCISSEMENTS 97 jamque ceteris Piceni vinetis factum est pro suavitate communissimum. Nisi quia lapsu temporum, sicut et ipsarum frugum quidam est proventus, et nominum varietas, Palma cum jam sit parvus vicus, a vicino Marano induit nomen, et genus Maranæ uvæ, quod succosum et gratum gustui, colore albicans, et cum maturuerit luteolo, tenuissimo cortice, ac dulce. Hodie vero cum non adeo in vinis habeat usum, sed in esca- riis omnem obtineat gratiam, persuasos velim colonos, ut copiose magis Maranas vites repastinent, sicque Palmesium tantæ gratiæ vinum instaurabunt. » Est-il téméraire d'admettre que le vin de Palme dont parle Henri d’Andeli était originaire de cette lo- calité, qu’on trouve encore désignée sous le nom de Torre di Palma, au bord du rivage de l’Adriatique, entre Ancône et Ascoli, au nord de la rivière Asone, dans la carte intitulée Marca d'Ancona, olim Pice- num, du Théâtre du Monde de Blaeu, 3° partie, 1634 ? P. 24, v. 22. — L’Espagne et la Provence sont asso- ciées naturellement dans ce vers, puisque la dernière, après avoir été placée longtemps sous la suzeraineté des empereurs d'Allemagne, était passée par mariage dans la maison des comtes de Barcelone, qui la possé- dèrent jusqu'en 1245. P. 24, v. 23-24. — Dans ces deux vers sont réunis les noms de quatre villes du Languedoc : Montpellier, ch.-1. de l'Hérault; Narbonne, ch.-1. d’arr. de l'Aude ; 98 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Bediers — Béziers, ch.-l, d'arr. de l'Hérault ; Carcas- sonne, ch.-1l. de l’Aude. Pline l’Ancien, dans l’énumération qu’il fait des vins estimés de son temps, y comprend celui de Béziers et s'exprime ainsi : « Bæterrarum intra Gallias consistit auctoritas (la réputation du vin de Béziers ne s'étend pas au delà des Gaules). » Aist. nat.,l. XIV,c. VIII, 8. P. 24, v. 25. — Nous restons dans le midi avec ces deux vins de la Guyenne : Mossac — Moissac, ch.-l. d’arr. de Tarn-et-Garonne ; S. Melyon — Saint-Emi- lion, Gironde, arr. de Libourne. Saint Melion ou Milion est la forme usitée au moyen âge. Voir dans l'introduction le chapitre du Segré des Segrez. En voici un autre exemple : Cilz vous est mieudres que d'Irvois _ Ni que vins de Saint Melion. (Des .tiy. Dames de Paris, v. 122-123. — MM. A. de Montaiglon et G. Raynaud, Fabliaux, 1. III, p. 149). On trouve Saint Millyon dans le Débat des Héraulx d'armes de France et d'Angleterre, Débat français, $ 61, p. 24. Paris, 1877. P. 24, v. 26-27. — Encore quatre vins de même région : Orchise — Orchaize, Loir-et-Cher, arr. de Blois, canton d'Herbault; Orléans, ch.-l. du Loiret; Jargueil — Jargeau, Loiret, ch.-l. de canton de l’arr. d'Orléans; Saint-Yon, Seine-et-Oise, arr. de Ram- NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 99 bouillet, canton de Dourdan, au sud du département, dans le voisinage du Loiret. Le vin d'Orléans est un des plus fréquemment cités au moyen âge. Voir les témoignages réunis par Le- grand d’Aussy dans son Jistoire de la vie privée des François, t. III, p. 2 à 20, passim. P. 24, v. 28. — Ici deux vins de l'Ile-de-France tout à fait voisins. Meulent — Meulan, Seine-et-Oise, ch.-]. de canton, arr. de Versailles; Argenteuil (Seine- et-Oise), ch.-1. de canton, arr. de Versailles. P. 24, v. 29-31. — Soissons, Aisne, ch.-l. d’arr.; Auviler — Hautvillers, Marne, arr. de Reims, canton d’Ay ; Epernay, Marne, ch.-1. d’arr.; Sezanne, Marne, ch.-1. de canton de l’arr. d'Epernay ; Samois (ms. 837, . vi} . mois), Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau. L'arrondissement de Soissons est voisin de ceux de Reims et d'Epernay. Aujourd’hui les vins blancs que produisent les coteaux de Cuffies et de Crouy au nord de Soissons sont en médiocre estime. Il y a dans le Loiret, arr. d'Orléans, un Semoy que Legrand d’Aussy, dans ses Notes sur la Bataille des Vins, p. 47, a cru pouvoir identifier avec la localité indi- quée dans le fabliau. La lecon mal orthographiée du ms. 837 s'accorde mieux avec le Semoy du Loiret; mais celle du ms. de Berne me semble préférable pour trois raisons : 1° Samois est plus voisin que Semoy des autres lieux cités dans ces deux vers; 2° la forme an- cienne et la forme moderne du nom sont identiques ; 100 NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 8° le vin de Samois jouissait d’une certaine notoriété, comme le prouvent les passages suivants extraits du Compte général des revenus tant ordinaires qu'extra- ordinaires du Roy pendant l’année 1202, publié par Brussel dans son Nouvel examen de l’usage général des fiefs en France pendant le XI°, le XIE, le XII et le XIVe siècle,1727, in-4°,t. II. On lit, en effet, p. cxzu, sous la rubrique Moretum et Samesium (Moret et Samois formaient une prévôté sous Philippe-Auguste): « De xxxvur modiis vini Samesii, quatuor sestariis minus xviu À. », et plus loin, p. cz, sous la rubrique Præpositi Moreti et Samesii : « De xxxui modiis et xv sestar’ et dim’ vini ad modium Samesii xxun 1. et vis.et dim’.....De pressoragio Samesii xu 1. et dim”.» P. 24, v. 32. — Dans le Combat de trente Bretons contre trente Anglais, 2° édit., in-4°, 1836, p. 26, c’est avec le vin d'Anjou que les chevaliers bretons se dé- saltèrent : Et toux par ordenance firent petticion Daller toux querre à boire sans nulle arrestezon Chascun en sa boutaille vin d'Anjou y fu bon. Le Gastinois est-il l’ancien pays du Gâtinais partagé entre l’Ile-de-France et l’Orléanais, ou bien la Gâtine, partie du Poitou voisine de l'Anjou? La Gâtine est appelée Gastinois dans la carte du Poictou, sive Pic- taviæ descriptio, de l’Atlas de Mercator, 1619, et dans la carte portant pour titre Pictaviæ Ducatus descrip- NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 101 tio, vulgo le pais de Poictou, du Théatre du Monde de Blaeu, 2° partie, 1644. J'ajoute que d’ailleurs les trou- vères modifient quelquefois les syllabes finales pour la rime. Le fabliau Du Chevalier qui fist sa fame confesse (A. de Montaiglon, Fabliaux, t. I, p. 179), dont la scène est placée En Beesin, moult près de Vire, 8e termine par ces deux vers : Granz risées et granz gabois En feirent en Bescinois. Ï1 se peut que l’Anjou et la Gâtine du Poitou aient été rapprochés dans le vers de Henri d’Andeli. P. 24, v. 33. — Ysoudun — Issoudun, Indre, ch.-1. d’arr.; Chastel Raoul — Châteauroux, ch.-l. de l'Indre. P. 24, v.34.— Trie la Bardoul (ms.de Berne, Triele Bardol) — Trilbardou, Seine-et-Marne, arr. de Meaux, canton de Claye. On lit Trillebardou dans la carte de l’Zsle-de-France, Parisiensis agri descriptio, auctore F. Guilloterio Biturigi, de l'Atlas de Mercator, 1619, et dans la carte du Gouvernement de l’Isle-de-France, par Damiens de Templeux, escuyer, sieur du Frestoy, du Théâtre du Monde de Blaeu, 2° partie, 1644. Il ne s'agit donc pas ici, comme l’a prétendu Legrand d'Aussy (Notes, etc., p. 47), du Trie de Guyenne (ou plutôt de Gascogne). Dans la charte de commune accordée en 1197 aux habitants de Meaux par le comte de Champagne et de Brie, on lit (art. 26) : « In hac libertate hujus commu- 102 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS niæ apposui Zrii-Lorbardun, et Charmentre, salvo jure Domini Simonis, et Chamberi, et Cungi et Nan- thoil, et omnes alios homines de potestate Meldis, in quibus tailliam et Justitiam habui. » — Brussel, Nou- vel examen de l'usage général des Fiefs en France pendant le XIe, le XII, le XIIIe et le XIV® siècle, 1727, in-4°, t. I, p. 185-186. Trie la Bardoul que l’auteur cite entre Ysoudun et Chastel Raoul d’une part, Nevers et Sancerre de l’autre, contredit un peu mon système; mais il faut bien accorder quelque chose aux nécessités de la rime. Le nom n’est d’ailleurs associé à aucun autre dans ce vers. P. 24, v. 35-37. — Six localités voisines sont réunies dans ces trois vers. Sancerre, ch.-I. d’arr. du Cher, n’est qu’à deux kilomètres de la Loire, qui le sépare du département de la Nièvre, dont le ch.-1l. est Nevers. — Auxerre et Vezelay, ch.-l. de canton de l’arr. d’Avallon, sont dans l'Yonne, au nord de la Nièvre. — Tonnerre, ch.-1. d’arr. de l'Yonne, est sur l’Armancon; Flavigny, dans la Côte-d'Or, sur les coteaux qui dominent cette rivière. On trouve d’autres Flavigny dans l’Aisne, le Cher, la Marne, la Meurthe, etc.; mais le vin de Fla- vigny venant à la suite des vins de Vezelay, d'Auxerre et de Tonnerre qui se trouvent dans l'Yonne, il est très probable qu’il s’agit ici du Flavigny de la Côte- d'Or, qui d’ailleurs est encore renommé pour ses vins. Le Tornière du ms. 837 est Toneire dans le ms. de NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 103 Berne. Cette dernière forme ressemble plus à la forme moderne ; mais celle du ms. 837 est excellente; elle répond à la forme latine du mot dont le Dictionnaire topographique de l’Yonne donne les variantes qui suivent : Tornodoronse castrum, Tornotrinse castrum, Tornodorum, Tornedrisus, Tornetrinse castrum, Tor- nedurum. Vezelay est écrit Verdelay dans le ms. 837, Verselay dans le ms. de Berne. Ces deux formes correspondent aux formes latines Verdiliacus et Verziliacus. L’r de Verselay et l'r de Tornierre ont disparu dans les formes modernes. Le Dict. top. de l’ Yonne donne ces formes latines : Vidiliacus, Viziliacense monasterium, Verzi- liacum, Verselayum, Vizeliacum. Il ne mentionne pas Verdiliacus non plus que Vercelliacum qu’on trouve dans une traduction du xin° siècle de la légende latine de Girart de Roussillon, où il est rendu par Verzelai (Romania, n° 26, avril 1878, p. 190-191). Le vin d'Auxerre est un de ceux dont il est le plus fréquemment question au moyen âge ; il était en haute estime et c’est lui que les taverniers faisaient le plus souvent crier pour attirer les chalands : Ci a bon vin frès et novel, Ç'a d'Aucoire, ç'a de Soissons. Pain et char, et vin et poissons (Cortebarbe, Des trois avugles de Compiengne. — A. de Montaiglon, Fabliaux, t. I, p. 72). 104 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Chaiens, fait bon disner, chaiens ; Chi a caut pain et caus herens, Et vin d'Aucheurre a plain tonnel. (Jean Bodel, C’est li Jus de saint Nicholai. — L.-J.-N. Monmerqué et Francisque Michel, Théâtre français au moyen âge, p. 166). C'est au vin d'Auxerre que s'applique, dans la même pièce, ce joli couplet du crieur Raoulés : Le vin aforé de nouvel, A plain lot et a plain tonnel, Sage, bevant, et plain et gros, Rampant comme escuireus en bos, Sans nul mors de pourri ne d'aigre; Seur lie court et sec et maigre, Cler con larme de pecheour, Croupant seur langue a lecheour : Autre gent n'en doivent gouster. (Zbid., p. 180.) Le passage suivant du Couronnement de Renart témoigne encore du cas qu’on faisait de ce vin (Méon, Renart, t. IV), v. 1541-1544 : Cil n'est de fin or ne d'argent, De riches pieres ne de dras, De viandes, de morciaus cras, De vins d'Auchoirre ne de Biaune. I] serait facile de multiplier les citations. Voir parti- NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 105 culièrement la Desputoison du Vin et de l’Iaue (Jubi- nal, Fabliaux, t. I, p. 293-311). P. 24, v. 38. — Saint-Pourçain, Allier, ch.-l. de canton, arr. de Gannat.— Le vin de Saint-Pourçain est fréquemment mentionné par les écrivains du moyen âge. « Un de nos poètes du xrn° siècle, dit Legrand d’Aussy sans le désigner autrement, parlant d’un homme qui étoit devenu fort riche, dit de lui pour nous donner une idée de son luxe, qu’il ne buvoit plus que du vin de Saint-Pourcain (/ist. de la vie privée des François, t. III, p. 5, note). Le miracle intitulé : L’evesque a qui Nostre Dame s’apparut (Miracles de Nostre Dame, t. II, 1877), contient, vers 288-293, le passage suivant : SECOND CLERC Et ou en pensez vous aler De ci endroit? PREMIER CLERC Chiez Baudet de l'image droit, Pour boire de ce Saint Poursain, Qui me fait souvent le cuer sain Et en bon point. L'autre nom que cite le vers 38 est Savingni dans le ms. 837, Soveni dans le ms. de Berne. Il ÿ a en France un grand nombre de villages et de hameaux qui portent le nom de Savigny; celui auquel le vers de notre 106 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS fabliau s’appliquerait le mieux, est le Savigny de la Côte-d'Or, arr. de Beaune, situé à cinq kilomètres au nord de cette ville et qui produit d'excellents vins. — Voir les témoignages extraits de Salins et de l’abbé Gaudelot par Legrand d'Aussy dans son ist. de la vie privée des François, t. IIT, p. 41 et note. La lecon du ms. de Berne pourrait toutefois être préférée. Au nord de Saint-Pourcain, se trouve, égale- ment dans l'Allier, à seize kil. environ au sud-ouest de Moulins,un chef-lieu de canton du nom de Souvigny, où a existé autrefois une célèbre abbaye de Bénédictins et où se trouve encore une église que l’on regarde comme un spécimen remarquable de l’art gothique. Je trouve les vins de Saint-Pourçain et de Souvigny cités ensemble dans le passage suivant extrait des Impositions faites à Paris du consentement de la ville et pour un an seulement par le roy Philippe de Valois (Félibien, Hist. de la ville de Paris, in-f0, 1725, preuves et pièces justificatives, t. III, p. 425) : « Item, la queuë de vin de S. Porcian et de Souvergny payera 11 8. et l’achepteur pour revendre autant. » Il est vraisem- blable que la lecon du ms. de Berne est la bonne et que le poète a réuni dans ce vers les noms de deux crus du Bourbonnais. | P. 24, v, 39. — Chablis, Yonne, ch.-I. de canton, arr. d'Auxerre: Beaune, Côte-d'Or, ch.-1l. d’arr. — La Desputoison du Vin et de l’Iaue (Jubinal, Nouveau Recueil, t. I, p. 296-297) contient un éloge pompeux du NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 107 vin de Beaune, qui est représenté comme le vin favori du pape : Sos le pappe lama tant Que beneison li donna Et s'amour li abandonna. Legrand d’Aussy (Mist. de la Vie privee des Fran- çois, t. III, p. 6-7) rappelle que cette prédilection était partagée parles cardinaux. « Pétrarque, dit-il, écrivant en 1366 à Urbain V, pour l’engager à revenir dans Rome, et réfutant les diverses raisons qui retenoient au-delà des monts les cardinaux, dit : Je leur ai en- tendu alléguer quelquefois qu’il n’y avoit point de vin de Beaune en Italie. » Selon notre poète, Beaune est un vin .+. qui n'est mie trop jaune, Plus est vers que corne de buef. D'après l’auteur de la Desputoison, Beaune fasse n'est trop rouge ne trop tainte (pâle). Olivier de Serres, dansson Troisième lieu du Theätre d'Agriculture et Mesnage des champs(in-4°, 1804, t.I, p. 209), vante « les excellens vins blancs d'Orléans. d'Anjou, de Beaune... d’Aunix. » Au xvur et au xvut siècle, un débat s’éleva entre les médecins de Paris et ceux de Reims sur les qualités au vin de Beaune et des vins de Champagne. Les 108 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS poètes français et latins se mirent de la partie. Un professeur au collège d'Harcourt, Grenan, fit une ode saphique en l'honneur des crus de Bourgogne. Les vins de Champagne ne restèrent pas en arrière ; ils eurent leur ode alcaïque composée par Coffin, pro- fesseur au collège de Beauvais. Le Recueil de poésies latines et françoises sur les vins de Champagne et de Bourgogne, publié en 1712 par l'imprimeur Thiboust, contient les pièces auxquelles ce débat a donné lieu. P. 25, v. 49-62.— Ici le prestre englois excommunie et chasse à grands coups de bâton les vins de Beauvais, de Châlons et d'Etampes que le poète appelle plaisam- ment Dant Mauvais, Dant Petart et Mestre Rogoel ou Rogel (ms. de Berne). Le sobriquet de Dant Petart appliqué au vin de Châlons se comprend aisément ; le poète l’explique d’ailleurs par ces mots : qui le ventre enfle... Quant à celui de Rogoel, je le crois dérivé de rogue au sens de âpre, rude; un passage des rues de Paris, p. 356, cité par Roquefort (Glossaire de la langue romane), fournit à l'appui l'exemple suivant : Mon chemin ne fu pas trop rogue, En la rue Nicolas Arode Alai, et puis en Mauconseil. Les Beauvais sont nombreux en France, et, dès lors, l'identification est difficile. Legrand d’Aussy (Notes sur la Bataille des Vins, Fabliaux, t. III, p. 40) ne cite que celui du Quercy et celui de la Saintonge, et ajoute : NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 109 « C’est sans doute de l’un des deux qu'il s’agit, la capitale du Beauvoisis ne produisant pas de vin. » Legrand d’Aussy oublie que, au moyen âge, on récol- tait des vins bien au delà de la limite actuelle de leur production ; la Normandie, la Picardie, l’Artois, les provinces belges, l'Angleterre même en produisaient. On a cessé de cultiver la vigne dans ces régions, quand la facilité des communications a permis d’y introduire à peu de frais les vins du centre et du midi de la France. D'ailleurs, Legrand d’Aussy, à l'endroit du t. II de son Hist. de la vie privée des François, p. 397-399, où il parle du fabliau de Henri d’Andeli, dit qu'il résulte d’un compte des revenus de Philippe-Auguste pour l'année 1200, rapporté par Brussel, que ce roi « possé- doit des vignes à Bourges, à Soissons, à Compiègne, à Laon, à Beauvais.... » Il paraît bien s'agir ici de la capitale du Beauvaisis. Rien n'empêche donc d'admettre que notre poète a eu cette ville en vue, d'autant plus que le vin de Beauvais est jugé de mauvaise qualité, ce qui n’a rien que de naturel en raison de la latitude. Quel est le Chaalons qui produisait Dant Petart? Etait-ce Châlons-sur-Marne ou Châlon-sur-Saône, ou une autre localité, car on trouve encore un Chälons- sur-Vesle dans la Marne, un autre dans la Mayenne, sans parler du Châlons de la Drôme et du Châlon de l'Isère que j'exclus tous les deux, notre poète ne citant aucun autre vin de cette région? La question ne me parait pas pouvoir être résolue. 110 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Quant au vin d’Etampes, Henri d’Andeli n’est pas seul à le mépriser. On lit les vers suivants dans la violente satire contre les femmes qui est intitulée Le Dit Chastie-Musart (v. 77-81): L'amors ne la haïne ne prise pas . j. pois, Et se ge l'ai prisiée, ç'a esté sor mon pois. Sens de feme et bontez poise bien au droit pois A la valor des vins du vignou d Estampois. Se li vins valent pou, sens de feme valt mains ;.… (Jubinal, Œuvres de Rutebeuf, Bibl. elzév., t. IT, p. 385, additions). P.25, v. 63-65. — Le texte est corrompu dans les deux mss. : | Bibl. nat., ms. 837 : Les .ij. vins et de Biauvoisins Et dans Clermons li tiers voisins, Ces .iij. vins n'en chaça il pas... Ms. de Berne : Moe liure 1 Biauvoisins Et dant Clermons lor cher voisins Ces .ij. vins n’en cacha il pas... Je ne puis deviner ce que cache la lecon du ms. de Berne. Quant à celle du ms. 837, que j'ai laissée NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 111 subsister dans le texte, je hasarde ici la correction suivante : Les .ij. vinet de Biauvoisins... vinet au sens de petit vin. Je trouve dans Littré vinette, vinelle, avec la signification de petit vin, pi- quette. Le comte Jaubert, dans son Glossaire du centre de la France, donne vinaut avec l'explication sui- vante : vin, petit vin d’un cru modeste : « Voilà du bon vinaut, un bon petit vinaut. » Roquefort, dans son Glossaire de la Langue romane, donne aussi vinot, qu’il traduit par petit vin, vin très faible. Je n’ai pas trouvé d'exemple de vinet. Avec cette correction, le passage s’expliquerait facilement : Le prêtre anglais ne chassa ni les deux petits vins de Beauvoisins ni leur voisin dans Clermont, qui était le troisième. Il resterait toujours à trouver ce qu'étaient ces deux petits vins de Beauvoisins. Legrand d’Aussy (Notes, etc., p.40) dit, à propos de ce passage : « Beauvoisins est en Bourgogne; Clermont est la capitale de l'Auvergne ; l’Agénois et le Lan- guedoc en ont aussi chacun un. » Il aurait pu ajouter qu’il y a aussi Clermont-en-Argonne et Clermont-en- Beauvaisis, et qu’on trouve encore des Beauvoisins dans la Drôme, le Gard et le Jura. Rappelons que, dans le passage du Fauvel cité plus haut (note du v. 15), le vin français est dit voisin du vin de Biauvoisin : 30 112 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Et de saint Jehan, de Biauvoisin, Du vin François d'iluec voisin ; Le Biauvoisin est donc ici le Beauvaisis. On lit aussi dans l'Atlas de Mercator, en tête de la description de cette région : Le pays de Beauvais ou Beauvoisin. Si, dans notre vers, le Biauvoisins est le pays de Beauvais, Clermont son voisin est Clermont-en-Beauvaisis. Quant à la contradiction apparente avec les vers 51-52, où nous voyons le mauvais vin de Beauvais excommunié, on pourrait dire que le Beauvaisis produisait sans doute deux autres vins de quelque qualité dont nous ne savons pas autrement les noms. P. 25, v. 69 et 73. — L’auteur nous montre ici les vins du Mans et de Tours, sujets à tourner en été, s’enfuyant effrayés par la sévérité du prêtre anglais, aussi bien que ceux d’Argences, de Chambeli et de Rennes. Il n’y à pas de difficulté pour le Mans et Tours. L’erreur de Legrand d’Aussy plaçant Argences en Languedoc a été depuis longtemps relevée. Il s’agit d’Argences qui est situé dans le Calvados entre Lisieux et Caen, dans la vallée de la Muance. On y trouve encore quelques vignobles. Voir les auteurs qui ont traité de la culture de la vigne en Normandie et particulièrement M. L. Delisle : Etude sur la condition de la classe agricole et l’état de l'agriculture en Normandie au moyen dge, 1851, p. 439-440. Le savant auteur rappelle que les vignobles d’Argences furent donnés à l’abbaye de NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 113 Fécamp par le duc Richard II, et reproduit à cette occasion la curieuse légende qu’on lit dans Guil- laume de Malmesbury. On trouve un Chambilly dans la Saône-et-Loire, un Chambly dans le Jura, un autre dans l'Oise, arr. de Senlis. C’est probablement de ce dernier qu'il s’agit. Au lieu de Chambeli, le ms. de Berne donne Chan- bure. A l'égard de Renes, Legrand d’Aussy (op. cit., p. 40) dit : « Il y a deux Rennes à vignobles, l’un dans le Maine, l’autre dans le Languedoc. » Mais la capitale de la Bretagne avait aussi des vignobles au moyen âge. Rien n'empêche d'admettre que ce mauvais vin soit celui du Rennes de Bretagne. P. 26, v. 81.— Pierre frite — Pierrefitte, Seine, arr. de Saint-Denis. Le passage suivant de Gautier de Coinsy atteste que ce vin était autrefois estimé : Mais tex fait molt le babuin, Le pappelart et l’ypocrite, Qui dou bon vin de Pierre frite Boit plus grans trais et churelure, Que tex fait grant chiere e tgrant hure. V. 1438-1444. (Ci commence de sainte Leocade. — Méon, Fa- bliauc, t. I). P. 26, v. 85-86. — Marli, Duoeil et Monmorenci, que Pierrefitte appelle ici en témoignage, sont, comme lui et comme Argenteuil (v. 77), des vins de l’Ile-de- 114 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS France. Il y a deux Marly : Marly-le-Roi, célèbre par le château qu'y fit élever Louis XIV, dans la Seine-et- Oise, entre Saint-Germain et Versailles, et Marly-la- Ville, au nord-est du même département. Quant à Dueil et Montmorency, ils sont aussi dans la Seine-et- Oise, tout près de la limite sud de ce département, à peu de distance de Saint-Denis. P.26, v.87.— La leçon de Berne est identique, sauf qu'on lit sac au lieu de sanc, l’a n'étant pas surmonté du signe abréviatif de ln; c’est sans doute une omis- sion du copiste. La Curne de Sainte-Palaye (Glossaire) donne cette explication : « Remarquons cette expres- sion où le mot bée est employé comme exclamation ou espèce de jurement : Lors dist bée, sanc de Meulant, etc. » S’il en est ainsi, jecrois qu'il faut supprimerla virgule qu'il a placée entre bée et sanc et lire bée sanc Dé ou bé le sanc Dé qui signifierait par lé sang de Dieu. Bée ou bé pourrait bien être une forme francisée de l’anglais by; le ms. de Berne donne plus loin : Bi saint Tho- mas ; il est vrai que là, c’est le prêtre anglais qui parle. Ce qu’il y a de certain, c’est que ce vers indique un changement d’interlocuteur, comme le prouve aussi le vocatif Argenteuil qui commence le vers suivant; le vin de Meulan répond à son tour à Argenteuil, comme vient de le faire le vin de Pierrefitte. Ce qu’il y a d’é- trange, c’est de voir le sujet séparé de son verbe par NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 115 cette exclamation. J’ai cru toutefois devoir introduire cette correction dans le texte. P. 26, v. 91-92. — Voici les lecons des deux mss. : Ms. 837, Bibl. nat. : Qui fez d'Auçuerre, de Soissons, Le vin de Laucei de Tauçons. Ms. de Berne : Que fait dant Croe de Soissons Le vin de Laon de Tausons. La leçon du ms. de Berne me semble préférable ; je crois que dant Croe est le vin de Crouy, village à vi- gnobles situé tout près et au nord de Soissons. Ce nom n’a pu venir à l’idée du copiste ; il l’a trouvé dans le texte qu'il avait sous les yeux; le copiste du ms. 837 a mal lu ou n’a pas compris; il a remplacé ces deux mots par d’Auçuerre. Ce passage signifie-t-il : Nous nous plaignons que tu assimiles dant Croe de Soissons aux vins de Laon (ou de Laucei) et de Tausons qui sont meilleurs que le vin de Vermandois et méritent bien de figurer sur la table (dois)? Je n’ai rien trouvé sur Tausons. Quant à Vermandois, voir la note du v. 149. P. 26, v. 95. — L'Histoire littéraire de la France, t. XXIII, p.227, dit à propos des vins francais : « Dans l'état actuel des choses, il est toujours singulier de voir les vins d'Argenteuil, d’Aubervilliers, de Montmo- 116 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS rency, comptés parmi les bons crus. » Je ne crois pas que le vin d’Aubervilliers soit cité dans ce fabliau. Auviler (v. 29), nommé entre Soissons et Epernay, est le Hautvillers situé dans la Marne, arr. de Reims, canton d'Ay. C'est le même qui est désigné au v. 95. Le ms. de Berne donne cette leçon : Espernais dist et Auviler : Argentuel, tu wes aviller..., et le ms. fr. 837, Bibl. nat., cette autre : Espernai dist a Aviler : Argenteuil, trop veus aviler.... a du premier vers au sens d'avec. Epernay repousse les prétentions d'Argenteuil en son nom et en celui d'Hautvillers. P. 26, v. 99. — Le vin de Chaalons dont il s’agit ici ne peut être le même que le Dant Petart de Chaalons excommunié (v. 53) par le prêtre anglais. Rains (Reims) et Chaalons (probablement Châlons-sur- Marne) sont ici deux bons vins, puisque Epernay et Hautvillers, voulant donner une haute idée de leur valeur, disent qu'ils les passent. P. 27, v. 115-122. — Ce qu'’affirme notre poète du commerce étendu des vins de La Rochelle est de la plus exacte vérité ; il serait facile de citer une foule de textes à l'appui. Legrand d’'Aussy semble en douter. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 117 « Est-il possible, dit-il (Notes, etc., p. 41), que La Ro- chelle et son petit canton pussent fournir nos provinces septentrionales et une partie des royaumes du nord? » On comprenait sans doute alors sous le nom de vins de La Rochelle les vins de l’Aunis et de l’Angoumois, qui étaient expédiés de ce port, comme nous comprenons sous le nom générique de vins de Bordeaux tous les produits des crus de la région bordelaise. — Le vin de La Rochelle était très estimé; une foule de té- moignages l’attestent, et le poète pouvaitluifaire dire : Je sui des vins li sebelins. Une remarque à propos de ce vers ; il signifie : Je suis le plus précienx des vins. La martre zibeline, surtout la noire, était, au moyen âge, la plus recherchée et la plus chère des fourrures. Dans la langue du blason, on la désignait par le nom de sable et elle était marquée par la couleur noire. On l'appelle encore sable en anglais. P. 27, v. 123-136. — Dans ce passage, nous voyons les vins de la Guyenne, de la Saintonge et du Poitou, prendre part à la lutte : Saint-Jean-d’Angely, Saintes (ch.-1. d’arr. de la Charente-Inférieure), Angoulême, Bordeaux, Poitiers. On est étonné de voir le Bordelais tenir si peu de place dans l’œuvre de notre trouvère. P.27, v. 124.— J'ai déjà signalé dans l'introduction l'erreur singulière de Legrand d’Aussy, qui prend le nom de notre trouvère pour celui d’un cru et qui lui applique cette note : « Cet Andeli est celui du Quercy ou celui de Saintonge. » (Op. cit., p. 42.) 118 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS P.28, v. 133-134. — On lit dans le Dict. de La Curne, v. costoyer : « Ce mot, dans le passage suivant, paroît difficile à expliquer : Le bon vin blanc de Poitiers Tant est fort que par son orgueil Se fau costoier au soleil. » L'éditeur du Dict. ajoute en note : « Un adage du xvi° siècle dit encore (Leroux de Lincy, I, 383) : Le vin est si frais à Poitiers qu’il esteindroit le feu d'enfer. Il vous force donc de vous accoter au soleil, » Mais aucun des deux mss. ne donne la lecon se fau; on lit dans le ms. 837 se fait, et dans celui de Berne se fait il toster (au sens de chauffer, griller). L’expli- cation ne peut donc être admise. À costoier, on trouve dans le même Dictionnaire : « Cultiver. Ce mot est employé figurément dans ces vers, où l'on dit en parlant d’une femme galante : Ja n'est (ne sera) bien sa terre costoté Tant com el n'ait c'un buef (bœuf) à sa karue. >» (Kievre de Raïns, Poës. mss. av. 1300, t. IIT, p. 1167). En s’autorisant de cet exemple, on peut, je crois, interpréter ainsi les deux vers de Henri d’Andeli : Il est si fort, parce qu'il se fait, ce vin orgueilleux, culti- ver au soleil. NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 119 Remarquons encore le rapport qui existe entre l’adage cité par Leroux de Liney et le v. 132 : Par la froidure de sa roche. P.28, v. 137-139. — Nos deux mss. diffèrent encore sur deux de ces noms : | Ms. 837, Bibl. nat. : Channi, Montrichart, Laçoy Chastel Raoul et Betesi Monmorillon et Ysoudun.... Ms. de Berne : Chauveni, Montrichart, Lacoy Chastel Raol et Besançoi Montmorillon et Ysodun.... Chauveni ct Besançoi du ms. de Berne me paraissent préférables ; ils se trouvent dans la même région que les autres lieux cités. Chauveni = Chauvigny, Vienne, ch.-l. de cant., arr. de Montmorillon ; Besancoi — Bu- zançais, Indre, ch.-1. de cant., arr. de Châteauroux. Montmorillon et Chauvigny sont dans la Vienne; Châteauroux , Issoudun et Buzançais dans l'Indre ; Montrichard est un ch.-l. de cant. du Loir-et-Cher, arr. de Blois, et il est probable que Laçoy est Lassay qui se trouve dans le même département, arr. de Ro- morantin. Îl y a aussi dans la Mayenne un Lassay, ch.-l. de canton. 31 120 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS De plus, la leçon Channi, n’ayant que deux syllabes, oblige à en donner trois à Laçoy qui ne peut d’ailleurs rimer avec Betesi qu’à cette condition. Cela ne parait pas possible, et pour cette raison encore la lecon du ms. de Berne me semble meilleure. Quant à Channi et à Betesi, ils répondraient sans doute : le premier à Chagny, ch.-l. de cant. de Saône- et-Loire, le second à Bethisy-Saint-Martin ou à Be- thisy-Saint-Pierre, bourgs du département de l'Oise, arr. de Senlis, cant. de Crespy. Le Chastel Raol, qui a donné son nom à Châteauroux, existe encore ; il a été bâti au x° siècle par Raoul de Déols. P. 28, v. 143. — Dans sa notice sur Issoudun (ist. des villes de France, Paris, 1845, t. IV, p. 206-210), M. Chenu de Pierry a interprété ce passage d’une facon qui n’est pas conforme à la pensée de l’auteur. « Les vins de ce territoire, dit-il (p. 209), n’ont plus la répu- tation dont ils jouissaient encore au moyen âge. Un auteur au xu° siècle mettant en scène les vins du Bor- delais, de la Saintonge, de l’Angoumois et du Poitou, leur faisait disputer tour à tour le privilège de fournir la table de Philippe-Auguste; mais Issoudun, Chä- teauroux et Sancerre les arrétant, soutenaient l’hon- neur des vins français. (Leurs adversaires sortaient du duché de Guyenne, appartenant à l'Angleterre.) « Si vous avez plus de force que nous, disaient-ils, nous avons en récompense une finesse et une sève qui NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 121 vous manquent, et jamais on n'entend ni les yeux nila tête nous faire de reproches. » Cette dernière assertion est contredite par Guillaume le Breton ; il affirme que le vin d’Issoudun enivre ceux qui, « dédaignant associer Thétis à Bacchus », en boivent témérairement. » — Loin de soutenir l'honneur des vins français, (je rappelle que, sous cette dénomination, Henri d’Andeli comprend exclusivement les vins de l'Ile-de-France), Issoudun et Châteauroux (Sancerre n’est pas nommé dans ce pas- sage) s'efforcent d’abattre leur jactance, et c'est à eux précisément que les vins français répondent : Se vous estes plus fort de nous, Nous sommes sade, savourous, Si ne fesons nule tempeste À cuer, n’a corz, n’a oeil, n'a teste. Henri d’Andeli et Guillaume le Breton, loin de se contredire, sont donc parfaitement d’accord sur la force du vin d’Issoudun. P. 28, v. 149. — Voici les leçons des deux mss. : Ms. 837, Bib. nat. : Mès Vermandois, S. Brice, Auçuerre... Ms. de Berne : Mais Vermentun, S. Brice, Auçuere.... Vermentun est manifestement ici la bonne leçon. Saint-Bris et Vermenton sont deux villages voisins 122 NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS d'Auxerre ; Saint-Bris au sud-ouest d'Auxerre, sur les coteaux qui dominent la rive droite de l'Yonne; Ver- menton un peu plus au sud-ouest, sur la Cure, peu avant son confluent avec l’Yonne. Ces trois vins, qui ont pour qualité commune de faire gesir les genz au fuerre, c’est-à-dire de les coucher sur la paille, appar- tiennent à la même région. Les vins de l'Auxerrois sont toujours représentés par les trouvères comme forts et capiteux. Nous trouvons, v. 93, dans les deux mss., le nomde Vermandois, qui ne peut être uneerreur de copiste, puis- qu’il rime avec dois. Faut-il y voir une autre forme du mot Vermentun? J'incline à le croire, parce que le ms. 837 l'écrit encore ainsi là où il s’agit bien évidemment du moderne Vermenton, et parce qu’il ne saurait étre question du pays du Vermandois (Picardie) qui, par sa position, ne pouvait fournir de bons vins; or le fabliau, parlant de deux vins bien dignes de prendre place au dois, c'est-à-dire à la table, dit qu'ils passent Ver- mandois, c’est-à-dire un bon vin, car ce ne serait pas faire leur éloge que de les dire supérieurs à un vin médiocre. « I y a, dit Legrand d’Aussy (op. cit., p. 48), un Saint- Brice en Limousin, un autre en Anjou, deux en Cham- pagne, deux dans l’Agénois. » Ces divers Saint-Brice n'ont rien à faire ici. P. 29, v. 167-168. — Legrand d'Aussy (Fabliaux, t. III, p. 37) a fait à cet endroit un singulier contre-sens : NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS _ 123 « C'était une jolie quintaine que celle de ces champions disposés au combat.... et je gage même qu'aucun d'eux n'eût demandé la quarantaine. » Henri d’An- deli se borne à dire plaisamment que se livrer à un pareil exercice (celui de boire de bon vin}, c’est se préserver de la fièvre quarte. P. 29, v. 173-176. — Encore un passage sur lequel différent les deux mss. Ms. 837 : Et a chascun donoit . j. baut, Et puis si disoit :« Ysebaut, Bien S. Thomas qui fu martin, Goditouet, ci a bon vin. » Ms. de Berne : À cascuns vin donoit .j. bout, Et puis si disoit : « Ise gout, Bi saint Thomas qui fu martin, Giditoet, ci a bon vin. » | La leçon du ms. de Berne me semble encore ici préfé- rable ; les mots anglais y sont moins altérés. Zse gout se comprend aisément; ces mots sont peu éloignés de la forme moderne it is good; bi— by, qui signifie par. Quant à Goditouet du ms. 837, qui me parait meilleur que le Giditoet du ms. de Berne, je ne puis ni l’ana- lyser ni l’interpréter ; la première partie du mot repré- sente God, Dieu, et alors il y aurait là un juron, ou 124 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS good, bon, mais que veut dire le reste ? Le premier de ces quatre vers me paraît signifier que le prêtre anglais livrait un assaut à chacun des vins: bouter veut dire en roman pousser, et l’anglais a conservé encore le subs- tantif bout dans le sens de coup. Le mot français martin signifie ici martyr ; la termi- naison a été modifiée pour la rime; c’est une licence que se permettent parfois les trouvères et dont on trouve maints exemples : Il vaut grant monnoie; Nous le garderon. Qui li a apris a parler laton (latin). (Du Prestre qui fu mis au lardier. — A. de Mon- taiglon et G. Raynaud, Fabliaux, t. II, p. 27-28). Et maintenant la dame envoie Son ami a grant aleure, Puis saut et delie la mure (mule). (Des Tresces. — Ibid., t. IV, p. 71). Qui bien vuelt a une partie De mon cors, et a autre mal Est ce amor entière ? Nenal (Nenil). (La Vie de saint Alexi, v. 194-196. — Komania, n° 30, avril 1879, p. 171). NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 125 P. 29, v. 178. — Entre la leçon du ms. de Berne : Hersoi drinçoi fu son clerçon, et celle du ms. 837 : Guersoi dunque fu son clerçon, il semble qu'il n’y ait pas à hésiter. Drinçoi représente le verbe anglais to drink. S'il arrive qu’un copiste rem- place par un mot français un terme anglais qu'il ne comprend pas, il est inadmissible qu’il substitue un mot anglais à un mot français. Evidemment drinçot était dans le texte de l’auteur. L'expression Æersoi (ou Guersoi) drinçoi répond à une locution bien connue dont on a des exemples en latin et en français. On trouve dans le Regestrum Visitationum d’Eude Ri- gaud : « Item, presbyter de Ribuüef frequentat tabernas et potat ad garsoil, p. 29 ; ..... inquiratur de potato- ribus ad warseil, p. 137; ..... item, injunximus presbytero Sancti Sulpitii quod tabernas evitaret, et non biberet ad garseil, p. 329 ; ..... Rogerus, cano- nicus, erat vinolentus et frequenter immoderate pota- bat; ipsi vero inhibuimus ne amplius potaret ad garsal- lum, p. 458.» Le sens est bien clair: boire avec excès. On lit dans Du Cange : « Garsallum, Gall. Garsoil, Guttur, ut opinor. Potare ad Garsallum vel ad Gar- soil, est immoderatius seu usque ad satietatem bibere. » Du Cange cite ensuite deux exemples tirés du Reges- trum Visitationwm et renvoie au mot Gargocil, où il 126 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS dit : « Gargocil 1. guttur, Gall. Gosier. Bibere ad Gargocil, in Statutis Cisterc. apud Marten. tom. IV, Anecd. col. 1316, est immoderatius bibere. » Jubinal (Œuvres de Rutebeuf, Bibl. elzév., t. I, p. 110) donne une autre étymologie : « À guersoi, à ivrognerie, par gourmandise. — Ce mot, qui est composé de guère et de soif, me semble une raillerie philologique pour désigner l’action de boire beaucoup. » Rutebeuf a dit dans la Complainte d'Outre-Mer : se en la sainte croiz cria Aus Juys qu'il moroit de soi : Ce n'ert pas por boivre a guersoi, Ainz avoit soi de nous reembre. V. 62-65. (Œurres de Rutebeuf, Bibl. elzév., t. I, p. 110). Jubinal a publié à la suite des œuvres de ce poète (t. III, additions, p. 347-352) le Dit de Guersay, dù à un rimeur inconnu. Je citerai encore deux exemples de ce mot : dans le premier, il sert d'invitation à boire ; dans le second, il a le sens d’ivrognerie : | Més tien le hanap, si di, have, Conpaingnon, je te di guersai. (Renart, 3168-69). À none, si comme il soleit, Menjout ; mès son mengier n'ert pas Farsi de chufles ne de gas, NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 127 De bordes ne de lecheries, De guerseiz ne de gloutonnies. (La Vie de saint Alexi, v. 42-46. — Romania, n° 30, avril 1879, p. 170). P.29, v. 182. — Le prêtre anglais jette la chandeille (cierge) à terre en excommuniant la cervoise; c’est ce que faisait toujours celui qui prononçait la formule d'excommunication. « De Jhesu Crist, fet il, soient il tut maldit! » Dunc ad geté aval, quant oùt cel mot dit, De sur le pavement la chandeille en defit;.… (Saint Thomas, édition Hippeau, v. 4876-78). Dans Renart le Novel, l'archiprétre Timer (l’âne), accompagné de deux de ses fils portant cloke, candeille et benottier, excommunie Renart : Et quant fist le candeille esteindre, Si dist pour plus Renart destraindre, Pour çou qu'iert en mauvais estat, Amen, amen, fiat, fiat. V. 6095-98. (Renart, édition Méon, t. IV, p. 376). P. 30, v. 187 et suiv.— Ainsi ce sont deux vins étran- gers qui obtiennent la prééminence : Chypre et Aquilat. Ce dernier nom représente-t-il Aquilée, port des États autrichiens situé au fond de l’Adriatique sur l’empla- cement de l’antique Aquilée, qui du temps des Romains 32 128 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS fut très florissante, ou Aquila, ville des Abruzzes, dans la vallée de l’Aterino ? — Il est fâächeux que Henri d’An- deli ne nous ait pas donné les noms des vins dont Philippe fit « douze pers en France. » P.30,v.201-202. — M. P. Meyer (Troisième rapport sur une mission littéraire en Angleterre et en Ecosse, Archives des Missions scientifiques et littéraires, 2e série, t. V, p. 175) cite ces vers du ms. Digby 53 (Bibl. Bodleïenne), f. 8 : Ki meus ne pot a sa veille se dort. Pars sit anus thori cum posse caret meliori. Cum (I. cui) non posse datur melius vetule sociatur. Qui meliora nequid vetule fert basia que quit. Leroux de Lincy, cité également par M. P. Meyer, donne (Livre des proverbes français, etc., 2° édit., in-12, 1859, t. II, p. 396) ce vers tiré du ms. de la Bibl. nat., Colbert, n° 76185 : Qui mieux ne peut faire o sa veille se dort. Dans le dit du Plait Renart de Dammartin contre Vairon son roncin (Jubinal, Nouveau Recueil, etc., t. II, p. 26), on retrouve le même proverbe : Je ne puis. Tu m'as dit que doneor sont mort : Je sui cil qui par force a sa vielle se dort. Ce proverbe est parvenu jusqu'à nous sous cette forme : Faute de mieux, on couche avec sa femme. NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 129 P. 30, v. 203-204. — Ces deux vers signifient : Que notre vin soit de qualité moyenne ou d’un goût plus relevé, buvons-le tel que Dieu nous le donne. Ces trois mots : Mmoien, per ou persone, me semblent répondre pour les vins à la distinction établie dans la nation : tiers-état, noblesse, clergè. Les pairs étaient au pre- mier rang dans la noblesse féodale; le mot pair est d’ailleurs pris souvent dans le sens de baron, c'est-à- dire noble(voir les exemples dans Du Cange) ; le per- sonat était un degré de la hiérarchie ecclésiastique. Du Cange : « Persona, qui dignitatem habet cum præroga- tiva in choro et capitulo.…. » md) } } D D 4 € € éme mm 130 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS LE DIT DU CHANCELIER PHILIPPE BOB — P.32, v. 36-37, — « Saint Etienne, dont la fête tombe le 26 décembre. » Le v. 37 rappelle l’épitre farcie de saint Etienne qui a été répandue au xrr° et au xur° siècle : Conter vous veul la passion De saint Esteve le baron Comment et par quel mesprison Le lapiderent li felon. (Jahrbuch f. rom. Lit. IV, 342). — Note de M. P. Meyer. P.38, v. 190. — V. sur cette bizarre étymologie un article de M. A. Darmesteter dans la Romania, t. I, p. 360-362. Après avoir cité les passages de divers auteurs qui, du vu au xi° siècle, ont reproduit cette étymologie, M. A. Darmesteter établit que la respon- sabilité en revient à saint Jérôme (De Nominibus Hebræorum). Examinons l'explication symbolique dont Henri d’Andeli se fait l'interprète à propos de cette étymo- logie. La glose étrange qu’il reproduit nous permettra de déterminer le sens exact d’un mot que La Curne de Sainte-Palaye parait avoir mal expliqué. Dans une NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 131 lampe, dit Henri d’Andeli, il y a cinq choses : le vaisseau de verre, l’huile, le plonjon, le jon et le feu. Le vaisseau de verre, c’est le monde fragile comme lui, et qui n’est qu’un passage (trespas); l'huile repré- sente les délices et la douceur du monde; le plonjon, c’est le corps qui est plongé dans ces délices ; le jon qui est bouté dans le plonjon, c’est le cœur qui est placé dans le corps ; li jons art et si gite flanme ; enfin le feu, c'est l’âme ou l'esprit. On lit dans le Dict. de La Curne : Jonc : anneau pour retenir la mèche d’une lampe; « mergulus, le ferret de la lampe, en quoy est la mèche ou le jon, ou petit pluvion. » (D. C., t. IV, 372 5°.) Du Cange, auquel La Curne renvoie, dit au mot Mergulus : Mergulus. Johann. de Janua : Mergulus, est dimi- nutivum de mergus, et est æquivocuim ad ferrum quod mergitur in lampade, et ad tenendum papy- rum, et ad avem mergum. Unde Gloss. Lat.-Gall. Sangerm. : Mergulus, le ferret de la lampe, en quoy est la mèche ou le jon, ou petit pluvion. La Curne n’a pas bien compris l'explication du glos- saire latin-français de Saint-Germain. Jon n'y est pas donné comme synonyme de ferret de la lampe, mais comme synonyme de mèche. Il faut lire ainsi : le ferret de la lampe, — en quoy est la mèche, ou le jon, — ou petit pluvion. Le jon n'est donc pas l'anneau ou le 132 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS ferret, c'est la mèche, et, s’il y avait quelque doute, le vers de Henri d'Andeli suffirait à le lever : Li jons art et si gite flanme. L’anneau ou le ferret, c’est le plonjon, mergulus.. quod mergitur in lampade. Le mot pluvion de la ci- tation de Du Cange doit être ou une erreur du copiste ou une faute de lecture; il est facile de confondre u etn;on aura sans doute écrit ou lu pluuion au licu de plunion. Remarquons que petit plonjon est la tra- duction exacte du diminutif mergulus. Une dernière remarque. Il est singulier de trouver à la rime des vers 219 et 220 : enfer, enfer ; les trou- vères se gardent de rimer avec les mêmes mots, au moins dans le même sens. Je crois que l'explication donnée plus haut du mot plonjon — ferrum quod mergitur in lampade — conduit à corriger ainsi le vers 220 : Li cors c'est li plonjons de fer. On peut rapprocher de l'interprétation symbolique que nous lisons dans Henri d'Andeli ce curieux passage dans lequel le monde est comparé à un œuf. Il est tiré d’une pièce intitulée : Zeicomence la petite philosophie. M. P. Meyer l’a publiée dans son article sur les Ma- nuscrits français de Cambridge.— St John's College NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 133 (Romania, n° 81, juillet 1879, p. 305-342). — Le pas- sage que j’extrais se trouve p. 338-339 : Li mond est rond(e) cum une pelote, Nient estable mes tutdis mote. Unc ne fu ne ja n’ert estable Més tutdis est moble et remuable ; Par elemenz est destinctez Cum par un oef veer porrez : L'escale l’aubun defors enclost, L’aubun le mouel dedenz reclost, Le mouel enclot une gote Ke de gresse est formée tote ; L'escale est ausi cum le ciel, L'eir cum l'aubun s8or le mouel, Le mouel enclot la crasse gote Et l’eir purceint la terre tote. Savoir poet ki sens ad parfond Ke le ciel enclot tuit le mond. v. 85-100. P. 40, v. 240-242. — « On appelle 00, à cause de leur début (0 sapientia... — O Adonaï... — Oradix Jesse... — O clavis David... — O oriens... — 0 rex gentium... — O Emmanuel...), les grandes an- tiennes qui se chantent pendant les dimanches qui précèdent Noël, à partir du 17 décembre, avant et après le Magnificat. » (Note de M. P. Meyer.) P. 40, v. 256.— « Un texte à ajouter, dit M. P. Meyer, à ceux que feu Du Méril a réunis dans son mémoire sur l’usage des tablettes en cire, Etudes sur 134 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS quelques points d'archéologie et d'histoire littéraire, 1862, p. 109-111.» | Cette coutume a été conservée à Rouen. Dans un mé- moire touchant l'usage d'écrire sur des tablettes de cire (Mémoires de littérature tirés des registres de l’Aca- démie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1753, p. 278), l'abbé Lebeuf dit : « La même chose est attestée pour la fin du même siècle (xvu®) à l'égard de la cathédrale de Rouen, par le sieur le Brun des Marettes, auteur du Voyage liturgique, composé alors, mais imprimé seule- ment en 1718, à la réserve qu’on n'écrivoit le nom des officiers qu'avec un simple poinçon. Je ne suis pas certain que cet usage subsiste encore à Rouen; mais il étoit en vigueur l’an 1722, auquel je vis les officiers de la semaine courante, in tabulis, sur de la cire, ainsi que je l’avois lu dans le Voyage liturgique. » Aujourd'hui encore, aux halles de Rouen (Vieux- Marché), les adjudications du poisson vendu à la crie sont inscrites sur de longues tablettes dont les deux côtés sont enduits de cire noire. C’est peut-être le seul exemple en France de la conservation de cet antique usage. ad D DD CCC —————— NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 135 BATAILLE DES VII ARTS = — P. 43, v.7-8.— Il est souvent bien difficile de retrouver le sens exact des sobriquets. Le mot auto- riaus, diminutif de mépris du mot auteur, se comprend aisément (Cf. logicieniaus, v. 274, avocatiaus, 368), mais glomeriaus (ms. 19152, gomereax) est moins clair. Jubinal l’explique ainsi : « Gomer veut dire une chose de peu de valeur, peut-être une petite monnaie. Le terme de clercs glomeriaus voudrait doncdire : clercs dont on fait peu de cas. » Ce sens est bien évident; mais il s’agit toujours de trouver quelle est réellement cette chose de peu de valeur. Si l’on adopte la leçon glomeriaus, on ne peut la tirer de gomer, mais elle a peut-être un rapport avec le mot Glomerum, pour lequel Du Cange donne cette glose d'Ugutio : Pallium pastorale. Le gomereax du ms. 19152 viendrait bien de gomer, qui lui-même me parait tiré du latin gomarus. Je trouve encore dans Du Cange : « Gomarus, Piscis, in Glossar. Lat.-Gall. ex Cod. reg. 7679. » Du Cange ajoute que ce glossaire a oublié le mot fran- çais, « omittitur vox Gallica », et se demande si ce mot ne serait pas homard, « an pro AZomarus, Astacus. Gall. Zomard ? » Il renvoie à Gambarus, qu'il glose 33 136 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS ainsi : « Cancer, ostacus, vox Italica Gambaro, nostris Ecrevisse. Ex lat. Gammarus ». Le mot gomer se trouve dans ce passage du Koman de la Rose : D'amer povre hom ne li chaille, Qu'il n'est riens que povres hons vaille ; Se c'iert Ovide ou Omers, Ne les prise pas deux gomers. Ce qui voudrait dire : Je n’en fais pas le cas de deux écrevisses. P. 43, v. 16. — Quiquelique est encore une de ces appellations dérisoires dont le sens échappe. On trouve dans le Roman du Renart(édit. Méon, t. III, v. 21205- 21206) : Sez tu riens de dialectique ? Oil, tote quique liquique. Je ne cite que pour mémoire l'explication de ce mot donnée par Roquefort(Glossaire de la langue romane, t. 11) : « Quiquelihikhe, le cri du coq, pour désigner quelque personnage impertinent. » Il est difficile de voir ce qu’une pareille interprétation peut avoir de commun avec la logique. P. 44, v. 25. — Ce nom d’'Omers ne désigne pas ici l'illustre auteur de l’Iliade et de l'Odyssée; l'étude de la langue grecque était une exception très rare à cette époque. L'auteur veut parler de l’abrégé de l'Iliade, Iliados epitome, en 1075 vers hexamètres, composé NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 137 avant le rv° siècle de notre ère ; il nous a été conservé par beaucoup de mss., dont quelques-uns donnent ce titre : Hoinerus de bello Trojano ou De Destructione Trojæ. D'autres mss. portent ce titre : Homeri Iliadum opus per Pindarum Thebanum e Græco in Latinum traductum. Ce Pindare ne serait pas le poète lyrique, mais un autre Pindare, grammairien d'Alexandrie. Quelques mss. l’attribuent soit à Pandarus, soit à Pintatius ou Pintadius. Pandarus est le nom d’un chef qui figure parmi les défenseurs de Troie; on eut au moyen âge la singulière idée de lui attribuer cet ou- vrage, de même qu’on rapportait à Dictys de Crète et à Darès le Phrygien, ses contemporains, desrelations du siège. Quant à Pintadius, il ne s’est occupé que de jeux d'esprit et de difficultés métriques, tandis que le style de l’Epitome est simple et aisé. Le mieux qu’on puisse faire, c’est d’avouer qu’on ne connait pas le véritable nom de l’auteur de cet opus- cule, à moins qu'on ne veuille l’attribuer à Rufus Festus Avienus, comme l’a fait Wernsdorf dans son édition des Poetæ latini minores, reproduite par Lemaire dans sa Bibliothèque latine. P. 44, v. 26. — Donat et Priscien furent les deux grandes autorités grammaticales du moyen âge, et leurs ouvrages furent étudiés et commentés dans les écoles jusqu’au xm siècle, époque à laquelle parurent le Grecismus d'Evrard de Béthune et le Doctrinale 138 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS puerorum d'Alexandre de Villedieu qui, aprés avoir partagé leur vogue, finirent par les remplacer au xive siècle. On ne se servait même plus, au xu° siécle, de tous les ouvrages de Donat et de Priscien. « On n’em- ployait de Donat, dit M. Ch. Thurot (ist. des doc- trines gramm. au moyen àge, Not. et Extr. des mss., t. XXII, 2° partie, p. 94), que l’abrégé rédigé par ques- tions et par réponses, que l’on désignait sous le nom de Donatus minor, et le troisième livre de son Ars major, que l’on appelait déjà du temps de Hugues de Saint-Victor Barbarismus. Quand les grammairiens citent Donat, c’est toujours à l’Ars minor qu’ils font allusion. Les deux premiers livres de l’Ars major étaient tombés en désuétude. Quant à Priscien, on n’en connaissait plus que le traité De Accentibus, qui lui était attribué, etles Znstitutiones grammaticæ, dont les seize premiers livres formaient ce qu’on appelait Prisci volumen majus, Priscianus major ou volumen majus, et dont les deux derniers étaient désignés sous les noms de Prisciant volumen minus, Priscianus minor où volumen minus. » P. 44, v. 27-28. — Henri d’Andeli entend par chevaliers autoristres les auteurs Homère, Claudien, Perse, et par ecuyers menistres (serviteurs), les grammairiens Donat et Priscien qu’il met au service des poètes. P. 44, v. 33-35. — Je n'ai pu trouver rien de con- cluant sur « ces chevaliers d'Orléans » qui viennent NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 139 défendre la cause de Grammaire. Il faut sans doute voir en eux des docteurs ou des maitres contemporains dc Henri d’Andeli, ou bien des auteurs ayant vécu antérieurement et dont les œuvres figureraient ici sous le nom de leurs auteurs dans la lutte entre Grammaire et Logique. Si l’on adoptait cette dernière hypothèse, on pourrait voir dans « Oede » Odon qui, né à Orléans, quelques années avant la dernière moitié du xi° siècle, enseigna les lettres d’abord à Toul, puis à Tournay, où il fut abbé de Saint-Martin, devint ensuite évêque de Cambray, et mourut le 19 juin 1113. « Avant qu’Odon, dit l'Aistoire littéraire de la France (t. IX, p. 594), quittat la ville d'Orléans, lieu de sa naissance, et par conséquent lorsqu'il était encore jeune, il avait déjà composé un poème sur la fameuse guerre de Troie... On ne trouve plus au reste nulle part ce poème d'Odon, qui paraît avoir été le premier de ses écrits. » Il est possible que cette œuvre, composée à Orléans, et dont un contemporain, Godefroy scholastique de Reims, vante la douceur et l'harmonie, ait continué d’être en vogue dans les écoles de cette ville au x11° et au x1n° siècle. Il est d’ailleurs bien difticile, en l’absence de toute autre indication, de déterminer à qui peut se rapporter un nom propre que tant de personnages ont porté. Il en est de même du nom de Garnier. « C'est peut-être, dit Jubinal (Œuvres de Rutebeuf, Bibl. elzév., t. III, p. 328-329), le Garnier qui enseignait au xur° siècle la 140 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS grammaire à Paris avec tant de succès, et dont Pierre- le-Chantre vante le désintéressement (V. Hist. litt. de la France, t. IX, p. 144).» Quant à Balsamon, je ne connais aucun auteur qui en France ait porté ce nom. P. 44, v. 36-38. — Il faut convenir que ce Balsamon porte sur son écu de bien singuliers emblèmes : sau- mon, dards, poivre chaud, pain ars (rôti). Ce person- nage qui, sans doute, comme les autres tenants des écoles orléanaises, était un auteur, c’est-à-dire un versificateur latin, avait peut-être mis en vers quelques préceptes de cuisine. Le poivre chaut et le pain ars figurent en effet très souvent dans la préparation des mets au moyen âge. M. Drouet d’Arcq a publié ( Bibl. de l'Ecole des Chartes, 5° série, t. I, p. 209-227) : « Un petit traité de cuisine écrit en français au commencement du x1v° siècle ». Le poivre chaud y est souvent mentionné, entre autres dans le passage suivant (p. 222) : « Sau- mon frès, au poivre chaut; le salé à la moustarde, en yver ot en esté. » Je trouve également dans le Mena- gier de Paris, t. II, p. 156 : « Sanglier frais soit cuit en eaue et mengié au poivre chault..….. » Le poivre chaut parait avoir été une sauce. Je trouve dans le petit traité de cuisine publié par M. Drouet d’Arcq, op. cit., p. 219 : « Connins, en rost, au poivre chaut ou aigre.... » Or, le Menagier de Paris, t. II, p. 232-233, contient dans la nomenclature des « saulces NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 141 boulies » deux sauces sous les noms de poivre jaunet ou aigret et de poivre noir. Je crois que cette dernière est le poivre chault dont il parle, p. 156, et dont il ne fait pas connaître ailleurs la composition; le pain ars est d’ailleurs un des ingrédients qui y entrent. — « Poivre noir. Prenez clou de giroffle et un peu de poivre, gingembre, et broyez très bien: puis broyez pain ars destrempé en meigre eaue de char ou en meigre eaue de choulx qui mieulx vaut, puis soit bouly en une paelle de fer et au boulir soit mis du vinaigre; puis mettez en un pot au feu pour tenir chault. Ztem, plu- sieurs y mettent de lacanelle. » Le pain « ars », puis broyé au mortier, entrait dans la préparation d’une foule de mets ; il servait à lier et à donner de la couleur. Menagier de Paris, t. IT: pain ars, p. 172, 233; pain harlé sur le gril, p. 151, 162, 165 ; pain brûlé, p. 154, 160 ; pain sori sur le gril, p. 106. : Une dernière question : Faut-il voir dans le mot dars une expression métaphorique voulant dire que le poivre chaud darde le palais, le pique comme un dard, ou bien s'agit-il du dard ou vandoise, poisson appar- tenant comme la carpe au genre cyprinus? Littré cite cet exemple du xiv° siècle : « Que nul ne prengne dars durant le dit temps. » Ordonnances des rois de France, t. VII, p. 779. Voilà bien des conjectures, mais on les excusera en raison de la difficulté du pas- sage. 142 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS P. 44, v. 39. — Telle est la lecon des deux mss. Il y aurait là une bien singulière comparaison, surtout sous la plume d’un ecclésiastique; et d’ailleurs, pour- quoi cette comparaison ? Elle est incompréhensible. J'ai d'abord examiné deux hypothèses : ou bien une confusion possible entre les lettres jet /, qui se ressemblent beaucoup dans certains mss., aurait amené le copiste du ms. qui est la source des deux nôtres, à lire coille au lieu de coiffe, ou bien trouvant le mot coule, employé au sens de capuchon (du bas-latin culla), il aurait vu là l'autre signification et aurait donné au mot la forme sous laquelle il l’écrivait d’or- dinaire. Il y a bien une difficulté à cette hypothèse ; le capuchon parait n'avoir été porté que par le clergé régulier, ici il s’agit d'un prêtre (provotre). Mais voici qui remet tout en question. Je trouve dans le Diction- nairé de Cotgrave (édit. de 1660): « Couillon de prestre, Spindletree, Prickiwood, Pricktymber. » Or, leSpindletree, c'estle F'usain(Evonymus), appelé aussi Bonnet de prêtre, à cause de la forme de ses graines qui ressemblent assez bien à un bonnet carré, ce qui ramène à coiffe de provoire que j'avais songé à admettre. Mais le mot employé par Cotgrave n’en subsiste pas moins; il faut tenir grand compte de cette coïncidence avec le terme des deux mss.; aussi je n'ai pas cru devoir changer cette lecon dont le sens serait : plus notr que fusain. P. 44, v. 40. — « On appelle en termes de marine NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 143 poissons royaux, les dauphins, esturgeons, saumons et truites, lesquels appartiennent au Roi seul, quand ils sont trouvés échoués sur le bord de la mer, à la différence des baleines, marsoins, veaux de mer, thons, souffleurs et autres poissons à lard, qui sont partagez comme simples épaves. Pisces regii. Cela est réglé par le titre 7 du livre 5 de l'Ordonnance de la Marine. La coutume de Normandie appelle aussi poissons royaux généralement tout le poisson qui est digne de la table du Roi, comme vives, surmulets, qui sont les rougets, les haubarts qui sont brigues, ou loubines, etc. » Dict. de Trévoux. P. 45, v. 47-48.— Un Raoul de Builly (Rad’. de Builly) est mentionné comme témoin dansune charte (Rotuli chartarum in Turri Londinensi asservati, acc. Thoma Duffus Hardy, t. I, 209 A), par laquelle Galfr’. de Turre devient homme-lige de Jean .sans Terre en 1215, mais je ne saurais dire si, dans ce pas- sage du poète, il s’agit ou non de ce personnage. P. 45, v. 49. — Je crois que Henri d’Andeli désigne ici par Zornai une maison que les évêques de Tournay possédaient près de l'enceinte de Philippe- Auguste, dans la rue Bordet ou Bordelle (maintenant rue Descartes), qui aboutissait à la porte de ce nom et passait derrière Sainte-Geneviève. Un évêque de Tournay y établit, en 1353, le collège de Tournay contigu au collège de Boncourt fondé la même année. Ils furent tous deux réunis plus tard au collège de 34 144 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Navarre établi en 1304 par Jeanne de Navarre, fille de Philippe le Bel. L'École polytechnique occupe aujourd’hui leur place. On comprend que notre poète fasse assembler l’armée de Logique près des remparts, — elle va sortir de Paris, — et sur la montagne Sainte-Geneviève, — c’est là que Logique avait ses écoles. P. 45, v. 50.— Il s’agit sans doute ici de Pierre de Courtenai, chanoine de l’église de Paris, fils de Pierre de Courtenai, qui fut empereur de Constantinople et mourut en 1218, et d’Yolande de Hainaut ou de Flandre. Le titre de dan que lui donne le poète s’applique évidemment à un ecclésiastique. Le P. Anselme dit (ist. chr. et généal., t. I, p. 477): « Pierre de Courtenay, destiné à l’église, est qualifié clerc dans une chartre de 1210, pour l’abbaye de Vezelay », et dans le Cartulaire de l’église Notre-Dame de Paris, édité par M. Guérard, on lit (t. I, p. 464), janvier Sn : « Pro hiis autem et pro omnibus supra- dictis, ego Petrus de Cortenaio, Parisiensis cano- nicus.... » P. 45, v. 51.— Ce vers, « Uns logiciens moult tres sages », doit-il être rattaché au vers précédent, comme l’a cru Jubinal qui l’en a séparé par une simple vir- gule et a placé un point après le mot sages, ou au vers suivant, les mots uns logiciens ayant l’s caractéris- tique du cas-sujet. J’ai adopté ce dernier parti, bien que je n’ignore pas que les mots se rapportant par NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 145 apposition à un cas oblique ont parfois l’s qui distingue le sujet singulier. (Voir M. de Lebinski : Die Declina- tion der substantiva in der Oil-Sprache, 1878, in-8°). P. 45, v. 52-54.— Je n’ai rien trouvé sur ce Jehans li pages, pas plus que sur Nicole aus hautes naches (fesses), Robert-le Nain (v. 58) et Cheron le Viel (v. 60). A l'égard de Poin l’Asne, Jubinal dit : « Ne serait- ce point le dominicain Jean de Paris, docteur et pro- fesseur de théologie, qui vivait vers 1200, et qui fut surnommé Poin-l’Ane (pungens Asinum) ? » Ces mots cil de Gamaches paraissent exclure l’hypothèse de Jubinal et montrer qu’il y avait alors plusieurs Poin- l’Ane faciles à confondre. Ce nom n'était pas d’ailleurs à cette époque si rare qu’on pourrait le croire. Plu- sieurs documents nous apprennent qu’il était porté par une famille de Paris; on le trouve aussi en Normandie. A la page 81, col. 2, des Magnti Rotuli scaccarii Nor- manniæ sub regibus Angliæ, publiés par la Société des Antiquaires de Normandie, 1846, on lit en effet : Thomas Pointlasne 2 sol. pro clamore dimisso. P. 45, v. 55-57. Cil trousserent trive, cadruve Sor. j. grant char en une cuve. Li bedel traioient le char. Le ms. 19152 donne la leçon suivante que Jubinal a préférée en la ponctuant ainsi : 146 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Cil troi sevent trive, cadruve. Sor. j. grant char en une cuve, Li bedel traioient le char. Le premier vers offre, il est vrai, un sens très appli- cable aux trois personnages qui viennent d'être nom- més, mais les deux derniers ne peuvent s'expliquer d’une manière satisfaisante. Comment comprendre en effet que les bedeaux (appariteurs de l’Université) traînent le char sur un grand char en une cuve? Le sens du ms. 837 est clair : « Ceux-ci chargèrent le Trivium et le Quadrivium (V. Introduction, p. LxxiI) sur un char dans une cuve et les bedeaux tiraient le char. » Ce sens de trousser (charger sur, placer dans) est bien connu; on le trouve déjà plusieurs fois dans la Chanson de Roland. Aux exemples cités par M. Littré, à l'historique du mot Trousser, je puis ajouter les suivants, qui s’accordent parfaitement avec le passage de notre trouvère. Îls sont tirés du fabliau intitulé : Du Prestre mis au lardier (A. de Montaiglon et G. Raynaud : Fabliaux, t. U, p. 27). Sur une charete me faut trousser haut Ce viez lardier là, vendre le me faut. s Li e e (] Li] e e. C2 e. ° C] On fit ens en l'eure Le lardier trousser. Ainsi, les sept Arts sont trainés sur un char jusqu’au lieu où doit se livrer la bataille, tandis que la Loi (le NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 147 droit civil) et Decret (le droit canon) s’y rendent noble- ment à cheval : La Loi chevaucha richement Et Decret orguilleusement Sor trestoutes les autres ars. Ceci nous montre quelle importance l’étude du droit civil et surtout celle du droit canon, la première renou- velée par le jurisconsulte Irnerius, la seconde instituée par le moine Gratien, à Bologne, dans la dernière moitié du xu° siècle, avaient déjà prise dans l’Univer- sité de Paris. — Le moine Gratien avait publié un recueil de Décrétales qui servirent de base à l’enseigne- ment du droit canon, d’où le nom de Décret donné à cette science. P. 45, v. 63.— Montlhéry (Mons Letherici), Seine-et- Oise, arr. de Corbeil, c. d’'Arpajon, est célèbre par le château-fort qui fut rasè par Louis le Gros, et dont il reste une tour dont Henri d’Andeli parle plus loin, et par la bataille qui eut lieu le 16 novembre 1465 entre Louis XI et les seigneurs qui avaient formé contre lui la Ligue du Bien public. Linas, qui n’est plus qu’un petit village, un peu au sud de Montihéry, était un doyenné au xm° siècle. | P.45, v. 68.— L'étude du droit était très florissante en Italie, principalement à Bologne et à Padoue, et beaucoup de Lombards venaient à Paris trafiquer de leur éloquence. Voilà pourquoi le poète en fait les sui- 148 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS vants de Rhétorique, leur donne pour armes des dards empennés de langues, et les montre habiles à enlever les héritages Par les lances de lor langages. P. 46, v. 75-76.— Aux Pères de l’Église latine, saint Augustin, saint Ambroise, saint Grégoire le Grand, pape, saint Jérôme, le poète joint le moine et historien anglais Bède le Vénérable et Isidore de Séville, tous deux en grande estime au moyen âge pour leurs traités de théologie. Le parti des grammairiens aurait pu revendiquer le dernier dont les Etymologies ou Ori- gines étaient en renom dans les écoles de grammaire. P. 46, v. 77-79.— Divinité et Haute-Science dé- signent ici la Théologie qui primait tous les autres arts. Dans les Recherches de la France, 1. IX, ch. X, col. 906 de l’édition de 1723, Etienne Pasquier dit : « Orestoient nos Docteurs anciennement appellez tan- tost Docteurs en Theologie, tantost Maistres en divi- nité. Ainsi le trouverez-vous en Froissard Tome pre- mier chapitre 211. & au testament fait l'an 1304. par Jeanne Royne de Navarre Comtesse de Champagne & Brie femme dudit Roy Philippes le Bel. » — Les An- glais emploient encore aujourd’hui Divinity dans le sens de théologie. P.46, v. 84.— Ce chancelier, que le trouvère appelle deux vers plus loin li mieldres clers de France, est très vraisemblablement Philippe de Grève, chancelier NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 149 de l’église de Paris de 1218 au 26 décembre 1236, dont la mort a inspiré à notre poète son Dit du chancelier Philippe. Au vers 86, le mot c’ert, c'était, semble indi- quer que le chancelier était déjà mort quand la Bataille des VIT Ars fut composée. P. 46, v. 91. — La qualification d’arcien dut être attribuée d’abord à tous ceux qui étudiaient les sept Arts, c’est-à-dire aussi bien aux grammairiens qu'aux logiciens. Ce vers et le 444, Quar arcien et discretistre, montrent bien que, au temps de Henri d’Andeli, ce titre s’appliquait spécialement aux maîtres et aux étu- diants en logique (V. La Curne, v. Artien). Arcien paraît avoir le même sens dans ce passage de Rutebeuf (De Maistre Guillaume de Saint-Amour, v. 40-43) : Hé ! arcien, Decretistre, fisicien Et vous la gent Justinieu... (Jabinal, Œuvres complètes de Rutebeuf, Bibl. elzév.,t. I, p. 95.) P. 46, v. 99. — La « Fisique » n’était pas alors autre chose que la médecine et l’on donnait le nom de « fisi- ciens » ou de « mires » aux médecins, dont la profession ne se confondait pas avec celle des chirurgiens. « Phisique est une science par le quele on connoist 150 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS toutes les manieres du cors de l’homme, et par lequele on garde le santé du cors et remue les maladies. » Alcbrant, Bibl. nat., f. fr. 7929, fo 2. — Cf. l'anglais Physician, médecin. P. 47, v. 101. — Ontrouve au xin® siècle deux méde- cins portant ce nom : Robert de Douay, chanoine de Senlis, médecin de Louis IX, ou, selon G. Naudé, de la reine Marguerite, et Robert, chanoine de Champeaux en Brie, médecin d’Etienne, évêque de Paris, cité par le Cartulaire de Notre-Dame de Paris (édit. Guérard, t. I, p. 212) comme témoin d'un hommage fait par Jean de Gehenni (Jagny) à cet évêque, le 21 mars 1279, avant le dimanche des Rameaux. P. 47, v. 102. — Il y avait, à Paris, dans la cité, une rue de Glatigny, qui parait avoir été assez mal famée. P. 47, v.103.— Dans la liste qu’il donne des médecins du roi, v. Archiater, Du Cange cite : « Petrus Lombar- dus, Canonicus Carnotensis, Archiater Ludovici VII, anno 1138, obituar. Carnot. », et l'Histoire littéraire de la France, t. IX, p.193-194, dit : « On nous donne aussi pour premier Médecin du Roi Louis-le-Jeune, un Pierre Lombard Chanoine de l’église de Chartres, où il est, dit-on, enterré, et ainsi fort différent de l’'Evêque de Paris du même nom. » D'un autre côté, M. de Lépinois (ist. de Chartres, 1854, t. I, p. 158), cite un « M° Pierre Lombard, cha- noine et médecin du Roi », et il ajoute en note : « Ce Pierre Lombard, clerc, puis chanoine sous-diacre, fa- NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 151 milier du chanoine Landulphe de Columpnia, en 1299, n’a rien de commun avec Pierre Lombard, le maître des sentences, qui fut évêque de Paris en 1159... (Voir Nécrol. de Notre-Dame, + 37, au 19 des kal. de février et les registres capitulaires anno 1299.) » Il est assez singulier de trouver deux Pierre Lom- bard au xx et au xurr° siècle, tous deux chanoines de . Chartres, tous deux médecins du roi. P.47,v. 105. — L'absence de toute autre désignation rend bien difficile de déterminer quel est le médecin dé- signé par un nom si commun au moyen âge que celui de Giraut. La Bibl. publique de Rouen possède un ou- vrage sur la médecine de Géraud de Bourges, intitulé : Suminma magistri Geraldi (ms. TE du x siècle). Fabricius lui a consacré les lignes suivantes dans sa Bibliotheca latina mediæ et infimæ œtatis, t. III, | lib. VIL, p. 39 : « Geraldus Bituricensis, Medicus, cujus Commentarium ms. super Viaticum Constantini memo- rat Sanderus in Bibl, Belgica ms. p. 194. Constantinus Afer, auctor Viatici, scripsit circa annum 1090. » — Est-ce le Giraut dont parle Henri d'Andeli ? P.47,v. 106. — Le nom de Henri de Venables s’ap- plique évidemment à un Normand. Venables est un village du département de l'Eure, situé à peu de dis- tance de Gaillon et des Andelys. Je trouve dans le Regestrum Visitationum d'Eude Rigaud le nom d'un Henri, médecin de l'archevêque, assistant comme témoin à plusieurs actes : p. 156, magistro Henrico 5) 152 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS Babille, phisico nostro ; p. 161, magistri Henricus li Begues et Johannes Gibosus, phisici ; p. 170, magistro Henrico, phisico ; p. 173, magister Henricus, dictus Blesus, phisicus. Li Begues est la traduction de Blesus ; Babille signifie probablement ici qui balbutie et dési- gnerait le même personnage. — Si l’on considère que Venables est voisin de Gaillon et des Andelys, où les archevéques de Rouen avaient des domaines, on pour- rait peut-être supposer sans trop de témérité que ce Henri, médecin attaché à la personne d’Eude Rigaud, est le mestre Henri de Venables dont parle notre trou- vère ; la supposition devient encore plus probable si l’on admet (voyez l'introduction) que Henri d’'Andeli était lui-même clerc d'Eude Rigaud. P. 47, v. 108. — Quel est ce médecin ou ce chirurgien que Henri d’Andeli désigne ici sous le nom de Petit- Pont ? Le Petit-Pont unissait comme aujourd'hui la Cité à la rive gauche de la Seine ; il était bordé de maisons occupées par des écoles, et les maîtres qui y enseignaient tiraient de lui leur surnom ; en l'absence de toute autre désignation, il est difficile de savoir du- quel il s’agit. Parmi ceux qui ont porté ce nom, je citerai : Adam du Petit-Pont, célèbre grammairien, qui fut chanoine de Paris, puis évêque d’Asaph en An- gleterre (Jean de Salisbury l’eut pour maitre) ; Jean du Petit-Pont, que Gilles de Paris, son contemporain, qualifie de puits de science : NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 153 Vasis inexhausti parvo de ponte Johannem ; Gilebertus de Parvo-Ponte, chanoine de Saint-Etienne de Gressibus (des Grès), mentionné, en juillet 1265, par le Cartulaire de Notre-Dame de Paris (édit. Guerard, t. II, p. 435-436); Guillelmus de Parvo-Ponte (même ouvr., t. I, p. 432), sous la date de 1237; Gautier du Petit-Pont, théologien, chanoine de Rouen, mentionné dans le Cart. de Louviers, édité par M. Bonnin, p. 180, 5 mars 1221. Y a-t-il un rapport entre ce dernier et le Gautier dont parle le poète aux vers 402-405 ? L'Englois qui lut sor Petit Pont Qui por pauvreté se repont. Godefroy de Breteuil ou de Saint-Victor,chanoine et sous-prieur de l’abbaye de Saint-Victor près de Lisieux, a donné dans le Fons Philosophiæ, poème latin du xu° siècle, édité par M. Charma en 1868, une curieuse description (str. 70-72) de ce Ron tel qu’il existait de son temps. P. 47, v. 115. — Deux textes à rapprocher de ce pas- sage. Dans le Miracle de saint Guillaume du désert (Miracles de Nostre-Dame, t. II, p. 45), Notre-Dame envoie ses anges au secours de Guillaume, que les démons ont meurtri de coups, et leur adresse ces mots : Mi ange, mettez vous a voie Et cestes boites isnelment, 154 | NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Qui sont de tres doulx oingnement, Prenez, Agnès, et vous Cristine,... Le poème de la Table ronde, édité par M. C. Hippeau sous le titre de Messire Gauvain ou la Vengeance de Raguidel, contient une curieuse énumération des métiers exercés dans la ville que domine le château de Gautdestroit; on y trouve ce vers : Cius vent boites a ongement. P. 48, v. 130-132. — Les sciences occultes, au nombre desquelles est la Nigromance (Nécromancie), étaient étudiées à Tolède et à Naples. L'Histoire littéraire de la France, t. XVIII, p. 95, cite ce passage d’un sermon dans lequel Hélinand, moine de Froidmont, mort après 1229, oppose la science des saints à la vanité des con- naissances humaines : « Ecce quærunt clerici Parisiis artes liberales, Aurelianis auctores, Bononiæ codices, Salerni pyxides, Toleti dæœmones, et nusquam mores...» P. 49, v. 174-177.— Pour les instruments de musique dont parle ici le poète, V. Viollet-le-Duc : Dictionnaire du mobilier, Clochettes, t. IT, p. 253-254. — Gigue, t. IT, p. 273-274. — Vièle, t. II, p. 319 et suiv. — Psal- térion, t. II, p. 301-305. — Flûte, t. IT, p. 267-272. V. aussi E. de Coussemaker : Essai sur les instruments de musique au moyen âge dans les Annales archéolo- giques de Didron, t. III, 1845, et A. Vidal : Les instru- ments à archet, Vielle à archet, t. I, ch. IV. NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 155 P. 49, v. 180-183. — Le diatesalon est la quarte, ñ du Tecodpoy cuupuvix; le diapante, la quinte, ñ dtà TÉVTE Guupuvia; le diapason, l’octave, à dit maoûv dUupovix. Treble vient du mot latin triplum que M. de Cousse- maker (/’Art harmonique aux XII° et XIII siècles, 1845, in-4°, p. 47) explique ainsi : « Le mot triplum avait une double signification : on désignait ainsi la troisième partie d’une composition harmonique qui s’ajoutait aux deux parties préexistantes. On appelait aussi triplum, d’une manière générale, une composi- tion à trois parties. Ce mot avait alors la même signi- fication que le mot trio dans la musique moderne. » Je n’ai trouvé nulle part le mot quarreüre employé au sens de quadruple; mais la suite des idées amène bien à lui donner la même signification. M. de Cousse- maker dit encore (p. 49) : « Le mot quadruplum a une double signification. Il désignait à la fois une composition harmonique à quatre parties, et la qua- trième partie. » Le mot gerbes m'est inintelligible. Il est à remarquer qu'il ne rime avec trebles que par assonance. Le texte est sans doute altéré. Le ms. 19152 a la lecon suivante : Sont hurtez de diverses janbes Par quarreüres et par trangles, qui est également incorrecte, Trangles équivaut-il à trebles? S'ilen était ainsi, on pourrait corriger janbes 156 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS en jangles, mot par lequel le poète qualifierait dédai- gneusement les chansons des musiciens. P. 50, v. 202. — Il s'agit dans ce vers du Grecismus d’'Evrard de Béthune, composé, d'après M. Daunou, en 1212, et du Doctrinale puerorum d'Alexandre de Villedieu, qui, d’après trois vers du ms. d'Helmstadt, est de l’année 1209. Henri d’Andeli en fait les deux neveux de Priscien, parce que ces deux ouvrages, qui ne sont pas autre chose que des grammaires latines en vers, sont empruntés pour le fond aux traités de Pris- cien, qui, avec ceux de Donat, servirent presque exclu- sivement à l’enseignement de la grammaire, pendant le moyen âge, jusqu’au moment où Evrard et Alexandre composèrent leurs manuels. « Dès le xurr° siècle, dit M. Ch. Thurot, le Grécisme et le Doctrinal étaient préférés à l'ouvrage de Priscien, et cela pour plusieurs raisons. D'abord les vers techniques, jusque-là rare- ment employés, étaient devenus d’un usage général dans l’enseignement. On ne croyait pas pouvoir s’en passer, et, depuis le xnr1° siècle, il n’est guère d'ouvrage didactique, même en prose, où les règles jugées les plus essentielles ne soient rédigées en vers. » Henri de Gand, mort en 1295, atteste en ces termes la vogue dont jouissait cet ouvrage : « Alexander Dolensis scripsit metricè librum quem Doctrinale vocant. Cujus libri in scholis grammaticorum magnus usus est in temporibus hodiernis. » (De scrip. eccl., c. 59.) V.pour le Grécisme : Aist. litt. de la France, t. XVI, p. 188 et NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 157 t. XVII, p. 128, et M. Ch. Thurot : Not. et Extr. des mss., t. XXII, 2° partie, p. 101; pour le Doctrinal : Not. et Extr. des mss., t. V, p. 512, art. de Le- grand d'Aussy; Hist. litt. de la France, t. XVIII, p. 202-209, art. d'Amaury-Duval ; M. Ch. Thurot, op. cit., p. 28-36, et Du Boulay : Æist. Univ. Paris., t. III, p. 65 et 674. P. 50, v. 207. — Ce passage nous montre que, dans les écoles du moyen âge, on étudiait les poètes chré- tiens du 1v° et du v° siècle, concurremment avec les poètes paiens de l’antiquité classique (V. l’Introduc- tion, p. xcu). Ces derniers sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d'en parler. Il en est de même de Pru- dence, dont Villemain apprécie la valeur comme poète lyrique dans ses Essais sur le génie de Pindare et sur la poésie lyrique, ch. XIX, p. 434-440, in-8°, 1859. Le principal ouvrage de Sedulius, poète chrétien du v® siècle, est le Paschale carmen, poème en vers hexa- mètres sur les miracles de l'Ancien et du Nouveau Tes- tament, qu’il mit lui-même en prose, sous le titre de Paschale opus, à la prière du prêtre Macedonius. Saint Prosper d'Aquitaine (v° siècle) a composé, entre autres ouvrages, le Carmen de ingratis ou De libero arbitrio contra ingratos aut Pelagianos. Les ingrats sont ici ceux qui ne pensent pas que la grâce divine soit nécessaire à l’homme. Le poème de saint Prosper a été traduit en vers français par Lemaistre de Sacy. (Paris, 1646, in-4°.) 158 NOTES ET ÉCLAIRCISSE MENTS Arator (vi siècle) a mis en vers hexamètres les Actes des Apôtres : Aratoris subdiacont historiæ apostolicæ libri duo. C’est à lui qu’Ennodius, évêque de Pavie, adressa ce calembour à l'occasion de son anniversaire : Jure colis proprium natalem, pulcher Arator, Qui si non coleres, numquid Arator eris ? P. 51, v. 210. — Legrand d’Aussy et Jubinal voient dans Propre le poète latin Properce, contemporain d’Auguste ; mais les lois de la dérivation, aujourd’hui bien établies, ne permettent pas d'admettre cette assi- milation. On sait que, dans tous les mots d'origine populaire, l’accent reste en francais sur la syllabe accentuée en latin et que cette syllabe est toujours conservée. (V. M. A. Brachet, Gramm. hist. de la langue française, 16° édition, p. 72). Or, dans Pro- pertius, la syllabe per est accentuée, et dans Propre, c'est la syllabe pro qui porte l'accent. Propertius ne pouvait devenir et n’est devenu en effet que Properce. Quant à Propre, c’est le nom bien régulièrement dérivé de saint Prosper, évêque d'Aquitaine et poëte latin du v° siècle. Et cette assimilation est contirmée par plu- sicurs listes de poètes anciens auxquels les grammai- riens du moyen âge empruntent leurs exemples, et dans lesquelles on trouve toujours saint Prosper et jamais Properce. — V. ces listes dans l'ouvrage de M. Ch. Thurot sur les Doctrines grammaticales au moyen NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 159 âge (Not. et Extr. des mss.,t. XXII, 2° partie, p. 424, 425, 509, 518). P. 51, v. 216. — L'auteur personnifie ici différents ouvrages d’Aristote. Elenche est le [leoi coorixcy "Ekéyxov; les deux Logiques sont les ‘Avælurixé rotepa en deux livres, et les Avælurixä Dotepa aussi en deux livres; le Periarmaines est le Ilepi Epunvexs ou de l’Interprétation; les Topiques sont les Tontxa en six livres. Ces cinq ouvrages, joints aux Prédica- ments (Kartrycpiat), que nous verrons figurer au v. 230, forment l’ensemble qu’on appelle l’'Organon ou la Logique d’Aristote. Le Livre de Nature est le Duouxh ‘Axpéaots en huit livres ; l’Éthique désigneles *Hüx& Nixopayeia en dix livres, peut-être aussi les Hôxd peyäla et "Hütxa Ebdnuix. P.51, v. 220. — Boëce, le commentateur d’Aristote, vient ici tout naturellement au secours du philosophe grec. Si Macrobe figure dans l’armée de Logique, il le doit sans doute à son célèbre commentaire sur le Songe de Scipion. Son traité De differentiis et societatibus græci latinique verbi aurait pu le faire placer parmi les partisans de Grammaire. P. 51, v. 222. — Ce philosophe, qui changea son nom phénicien de Malk ou Melech (Roi) pour le nom grec de Porphyre, naquit en 238 et mourut au commence- ment du 1v° siècle. Il devint le chef de l’école d’Ale- xandrie après la mort de son maître Plotin. Les nom- 36 160 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS breux ouvrages philosophiques et littéraires qu'il avait composés ne nous sont pas tous parvenus. Son Zsagoge (Eicæywyñ), ou Introduction aux Catégories d'Aristote, était étudié dans les écoles du moyen âge, qui ne le connaissaient que par le double commentaire de Boëce sur la traduction de Victorinus (Zn Porphyrium a Victorino translatum dialogi duo), et sur celle cu’il avait faite lui-même (Commentarium in Porphyrium a se translatum libri quinque). C’est d’un passage de Porphyre que sortit la grande querelle des Univer- sSaux. P. 51, v. 230. — Ce n’est pas sans raison que l’auteur joint Sex Principes à Predicamenz(Catégories d’Aris- tote). Dans l'ouvrage qu'il a intitulé Sex Principiorum liber, Gilbert de la Porrée, né à Poitiers vers 1070, et mort évêque de cette ville en 1154, s’est proposé de compléter l’œuvre d’Aristote, qui, après avoir traité à fond des quatre premières catégories, n’avait présenté sur les suivantes que des considérations sommaires. Ce sont ces six dernières catégories que Gilbert de la Porrée soumet à un examen approfondi et qu'il appelle Sex Principia. « Ce complément, dit M. B. Hauréau (ITist. de la phil. scol., l"° partie, p. 453), fut adopté dans toutes les écoles jusqu’au xvi* siècle. De même que le traité de Porphyre, il fut joint aux Catégories. Pour entrer dans le monument péripatéticien, on pas- sait par l’Zsagoge; on en sortait par le Livre des six principes. » Le statut de 1254, par lequel les maitres NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 161 ès arts réglèrent l’ordre des études dans l’Université de Paris, met en effet le Sex Principia au nombre des ouvrages qui doivent être lus. (V. ce statut dans Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. III, p. 280-281.) P. 51, v. 232. — Voir sur dant Barbarime la note du v. 26. P. 52, v.239.— Cette imputation dirigée contre les Poitevins se trouve ailleurs que dans notre poète. Jubinal, dans une note de la Bataille des VII Ars (Œuvres de Rutebeuf, Bibl., elzév., t. III, additions p. 327), cite un curieux passage tiré du ch. VII del’Ais- toire occidentale de Jacques de Vitry, qui fut, dit-il, légat du saint-siège sous Grégoire IX, en 1228, et car- dinal, où il fait connaitre les dénominations qu’on appliquait alors aux différents peuples. On y lit: Pictavos proditores et fortunæ aïmicos. Plus tard, à l'occasion de la coalition de Hugues de Lusignan, comte de la Marche, et des seigneurs poitevins avec Henri III, roi d'Angleterre, contre saint Louis, Ma- thieu Pâris appelle les seigneurs révoltés faux et traitres Poitevins. P. 52, v. 258. Gramaire lor fiert . j . desciple Parmi le corps d'un participle Qui le fist a la terre estendre, Puis li dist : « Or alez aprendre. > Tel est le texte du ms. 837. Toutefois, dans le pre- 162 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS mier vers, le chiffre que j’interprète par le chiffre . j. est mal fait; on pourrait y voir la lettre a, mais il semble plutôt que c’est le chiffre .j . dont le premier point est imparfaitement formé et dont le second parait avoir été gratté. D'ailleurs, si on y voyait la préposi- tion a, le verbe fiert serait sans complément direct, et l'expression a desciple, qu’on devrait traduire alors par avec une discipline, ne pourrait être admise ; le latin disciplina ayant l'accent sur la pénultième n’a pu don- ner au roman la forme desciple que l’on ne trouve nulle part avec cette signification. Dans l’ancienne langue, desciple, deciple ou disciple vient régulière- ment de discipulus et signifie toujours disciple. Du reste, ce texte s'explique aisément: « Grammaire frappe un de leurs disciples avec un participe qui l’étendit à terre; elle lui dit alors: Retournez à l’école. » Le ms. 19152 donne la leçon suivante : Gramaire les fiert et deciple Parmi le cors d'un participle Qu'el les fist à la terre estandre, Puis lor dist : « N'i alez aprendre. » Le mot deciple serait ici la 3° p. du sing. du pr. de l'ind. d’un verbe decipler qu’on ne peut, contre les lois de l’accentuation, dériver du verbe latin discipli- nari. On n'en à d’ailleurs, que je sache, aucun exemple. NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 163 P. 52, v. 264-265. — Le nom de Socrate, qui revient à chaque instant dans les exemples formés par les logiciens et par les grammairiens, fut souvent abrégé en celui de Sortes, gèn. Sortis. Le nom Sortes est même réduit au monosyllabe Sor dans un grand nombre de gloses citées par M. Thurot (Doctrines grammat. au moyen âge, Not. et Ext. des mss.,t. XXII, 2° partie passim) : « Sor est homo, Sor est albus, Sor currit bene, Sor et Plato disputant. » Dans le poème De Gestis Ludovici VIII, v. 95-97 (Les Historiens des Gaules et de la France, t. XVII, p. 314), Nicolas de Bray dit, au sujet de l’entrée de ce roi à Paris: Tunc labor et studium Logicorum lisque quiescit. Cessat Aristoteles, nec Plato problemata ponit, Nec currit Sortes plausu damnante laborem. Sortes n’a été compris ni par Du Boulay fHist. Univ. Paris., t. III, p. 110) qui cite ces vers, ni par les éditeurs du XVII® vol. des Historiens des Gaules et de la France, qui l'ont imprimé sans capitale, ni par le traducteur du poème de Nicolas de Bray, qui rend ainsi ce passage : « Alors aussi sont suspendus et les procès et les travaux et les études des logiciens ; Aristote ne parle plus, Platon ne présente plus de problèmes, ne cherche plus d’énigmes à résoudre...» (Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, par Guizot, t. XI, p. 392-393.) Voici comment il faut l’entendre : 164 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS Alors aussi sont suspendus et les travaux et les études et les querelles des logiciens; Aristote se tait, Platon ne présente plus de problèmes, le nom de Sortes (So- crate) ne court plus de bouche en bouche. P.53, v. 282. — Voici comment j'entends ce passage que Jubinal a autrement ponctué : Parealmaine (per- sonnification du [leoi Epunvetxs d’Aristote), tue Archi- traine (le poème latin Archithrenius), . 3j. des barons de Normendie (Jean de Hautville, son auteur, est normand),et, après lui, Tobie (la Tobiade de Mathieu de Vendôme), puis il écrase d'un grand coup de mail Île Gesta ducis Macedum (l'Alexandreéide de Gautier de Châtillon) et la Bible versefice (l' Aurora de Pierre Riga). Ce sont là les quatre adversaires que Pareal- maine tue en .j. randon, c'est-à-dire d'un même élan. Henri d’Andeli appelle Architraine son seigneur, peut-être parce qu’il se considère plaisamment comme son vassal, étant normand ainsi que lui. P.53, v. 283-281. — Architraine est le poème latin Archithrenius, dont l’auteur est le normand Jean de Hautville. Celui-ci suppose que son héros parcourt le monde, où il rencontre à chaque pas les désordres cau- sés par les passions et par les vices ; son âme est péné- trée de douleur et ses yeux sont noyés de larmes ; d’où son nom d’Archithrenius, qu’on peut traduire littera- lement par archi- pleureur. (V. Hist. litt. de la France, t. XIV, p. 569-579, article de Ginguené.) Ce poème a été dédié à Gautier de Coutances, surnommé NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 165 le Magnifique, qui, après avoir été évêque de Lincoln, occupa le siège archiépiscopal de Rouen, de 1184 à 1207. P. 53, v. 285. — Tobie, ou la Tobiade, comme l’ap- pellent les mss. et plusieurs éditions, est un poème latin comprenant plus de 2,200 vers élégiaques et con- tenant l’histoire des deux Tobie, père et fils, et de leurs femmes. Il a pour auteur Mathieu de Vendôme. (V. Hist. litt. de la France, t. XV, p. 420-421.) P. 53, v. 287. — Et Gesta ducis Macedum...…. Ce vers nous est donné par le ms. 837 sous cette forme : Et geta ducis Macidum et par le ms. 19152 sous cette autre: Et geta envers Marcidon. Les copistes ne me paraissent pas avoir reproduit le texte véritable de Henri d'Andeli. Celui du ms. &37 a remplacé le mot latin gesta par le passé défini du verbe français jeter ; celui du ms. 19152, comprenant moins encore, à fait du génitif latin Macedum un per- sonnage appelé Marcidon que Parealmaine jeta envers, c’est-à-dire renversa. Or, il s’agit évidemment ici de l’A/exandreïide, que Gautier de Lille ou de Châtillon composa à la louange d'Alexandre le Grand et qui commence par ce vers : Gesta ducis Macedum totum digesta per orbem..….. 166 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Ce qui me porte à restituer, comme je l'ai fait, le vers de Henri d’Andeli, c'est qu’on paraît avoir eu pour habitude à cette époque de désigner l’Alexan- dréide par les trois mots du début. C’est ainsi que Guillaume le Breton dit, en dédiant sa Philippide (v. 9-10) à Louis, fils ainé de Philippe-Auguste (Hist. des Gaules et de la France, t. XVII, p. 118) : Gesta ducis Macedum celebri describere versu Si licuit, Gualtere, tibi....... Alain de Lille, auteur de l'Anti-Claudien, qui attaque vivement Gautier et lui applique même le nom de Mævius par lequel Virgile désigne un mauvais poète envieux de sa gloire, s'exprime ainsi : Mævius in cœlos audens os ponere mutum, Gesta ducis Macedum tenebrosi carminis auctor Pingere dum tentat, in primo limine fessus Hzæret, et ignaram queritur torpescere musam. (L. 1, ch. V.) Il ne faudrait pas apprécier ce poème et le talent de son auteur sur la foi d'Alain de Lille. L'Alexandréide est en effet de beaucoup supérieure, au double point de vue de la composition et de la versification, aux nombreux poèmes latins de la même époque, dont quelques-uns cependant sont remarquables. Legrand d’Aussy (Not. et Extr. des mss.,t V, p. 104) et Daunou (ist. litt. de la France, t. XVI, p. 183) l'ont trés NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 167 favorablement jugée. Elle a joui d’ailleurs d’une grande vogue pendant tout le moyen âge; on ne tarda pas à l’étudier dans les écoles, où l’on négligeait même pour elle la lecture des poètes anciens. Henri de Gand, qui écrivait dans la dernière moitié du xru° siècle, dit en effet, en parlant de Gautier de Châtillon : « Scripsit gesta Alexandri Magni eleganti metro. Qui liber in scholis grammaticorum tantæ dignitatis est hodie, ut præ ipso veterum poetarum lectio negligatur. » Du Boulay (Zist. Univ. Paris., t. II, p. 740-741) place en 1180 la composition de cet ouvrage. P. 53, v. 288-289. — La Bible versefiée est le poème latin Aurora, composé sur des extraits de la Bible par le chanoine de Reims, Pierre Riga, dont Albéric des Trois-Fontaines place la mort en l’année 1209. Cette œuvre, qui comprend plus de 15,000 vers élégia- ques, à été fort admirée des contemporains; Guil- laume le Breton et Evrard de Béthune lui ont prodigué leurs éloges. L'Aurora, comme d’autres poèmes latins de la même époque, l’A lexandréide, l'Anti-Claudien, l’Architrenius, etc., était étudiée dans les écoles, ainsi que l’attestent les citations que les grammairiens en font fréquemment et la multiplicité des copies qui nous en sont parvenues. Laissée imparfaite par son auteur, elle fut corrigée et complétée par un certain Gilles qu’on croit être Gilles de Paris, l’auteur du Carolinus. (V. Hist. litt. de la France, t. XVI, p. 187, ett. XVII, . 26 et suiv. P ) - 168 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS P. 53, v. 290-291. — La grammaire comprenait l’étude des noms patronymiques ; les logiciens étudiaient les huit livres des Topiques d’Aristote ou traité de dialectique que traduisit Boëce, les Topiques de Cicéron et les quatre livres du De differentiis Topicis de Boëce. C’est la réunion de ces différents ouvrages qui forme sans doute, dans la pensée du poète, la mesnie Topiques. P. 55, v. 320. — Primat, qui, avec le poète latin Ovide, commande l’arrière-ban de l’armée de Gram- maire, est un versificateur latin qui vécut au xr° siècle. Richard de Poitiers rapporte que son véritable nom était Hugues et qu'il fut appelé le Primat par ses con- disciples. Sa facilité à composer des vers et ses plai- santeries l’ont rendu légendaire. Thomas de Capoue le cite (V. M. Thurot, Not. et Extr. des mss.,t. XXII, II, p. 418, n. 2) comme offrant les meilleurs modèles des vers latins rythmiques. Son nom était encore célèbre au xIv° siècle, puisque Boccace, qui en fait le héros d'une anecdote (Décaméron, 1"° Journée, vrie Nouvelle), le qualifie de très habile grammairien et d’un des plus grands poètes de son siècle (Primasso fu un gran va- lente uomo in grammatica, e fu oltre ad ogn’altro grande e presto versificatore). Les chroniqueurs Richard de Poitiers, Francesco Pippino, frère Salimbene de Parme et une compilation manuscrite de Ja Biblio- thèque de Tours, ont donné sur ce singulier person- nage de curieux détails, que M. L. Delisile a réunis et NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 169 contrôlés dans les trois notices suivantes, d’où cette note est tirée : Les Écoles d'Orléans au XII° et au XIIT° siècle, dans l'Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de F'rance, 1869, p. 139 et suiv. — Notes sur quelques mss. de la Bibl. de Tours dans la Bibl. de l'École des Chartes, 6 série, t. IV, 1868, p. 596 et suiv. — Le poète Primat, dans le même recueil, t. XXXI, 1870, p. 302-311. P. 55, v. 323. — Le mot de gonfanon ou gonfalon s'appliquait soit à une grande bannière dont le bas était découpé en plusieurs pièces pendantes nommées fanons, soit à une bande d’étoffe plus longue que large attachée à la hampe de la lance, au-dessous du fer, avec lequel elle pénétrait souvent dans les blessures. L'’escut li freint e l'osberc li derumpt, El cors li met les pans de l’gunfanon. (La Chanson de Roland, édit. L. Gautier, v. 1532- 1533). Ce gonfanon était de forme rectangulaire et terminé ordinairement par trois pointes ou pans. — V. Viollet- le-Duc, Dict. du Mobilier, t. V, p. 478, et L. Gautier, La Chanson de Roland, éclaircissement m, p. 376- 378, de l’édit. in-8°, 1875. — Le gonfanon du v. 323, où sont embrievez 10,000 vers, est ici une grande ban- nière. | 170 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS P. 65, v. 326. — Marciacop pourrait bien être une erreur de copiste pour Marciacap, et l'on y verrait l’abréviation du nom de Martianus Capella, l’auteur du De nuptiis Philologiæ et Mercurii, l'inventeur de la célèbre classification des sept Arts, tant estimé et cité au moyen âge et qu’on serait étonné de ne pas voir figurer parmi les combattants dans le poème de Henri d’Andeli. Il y aurait là une de ces abréviations dont les écoliers n’ont pas perdu la tradition. P. 55, v. 327.— L'Anti-Claudien est un poème latin d'Alain de Lille, surnommé le Docteur universel, que D. Brial( ist. litt. de la France, t. XVI, p. 396-425)fait naître à Lille peu d’années avant 1128 et dont il place la mort en l’an 1202. Daunou (/ist. litt. de la France, t. XVI, p. 183-184), qui a jugé cet ouvrage moins favo- rablement que D. Brial, explique ainsi le titre : « Clau- dien a montré tous les vices s'emparant de Rufin et concourant à le pervertir. Alain rassemble toutes les vertus autour d'un homme qu’elles veulent perfec- tionner et qui deviendra par là un anti-Rufin. » P. 55, v. 328.— Legrand d’Aussy et, après lui, Ju- binal, ont pensé que notre trouvère désignait sous le nom de Bernardins li Sauvages l’auteur du traité de morale en vers français intitulé Doctrinal le Sauvage, que le dernier a publié dans son Nouveau recueil, etc. (t. II, p. 151-161); ce serait, selon Legrand d’Aussy, le seul poète roman que l’on étudiât alors dans les écoles. Je crois, pour ma part, que ce Bernardins li Sauvages NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 171 est un poète latin comme tous ceux que cite Henri d’'Andeli, et que ce nom n'est pas autre chose que la traduction de celui de Bernardus Sylvestris qu’on iden- tifie d'ordinaire avec Bernard de Chartres ; ce qu’ajoute le poète : Qui connoissoit toz les langages Des esciences et des ars, convient d’ailleurs parfaitement à ce célébre docteur. Voici ce que M. V. Le Clerc dit du Doctrinal Sauvage ou le Sauvage (Hist. litt. de la France, t. XXIII, p. 240) : « Cette dénomination peut avoir pour origine, soit, comme on l’a supposé, le nom même de l’auteur, Sauvage d'Arras, qui a fait des chansons et le dit sur dame Guile ou dame Tromperie, soit d’un texte latin dont ce Doctrinal ne serait le plus souvent que la tra- : duction, et qu’il faudrait faire remonter jusqu’au x siècle, jusqu'à Bernard Silvestris, qui, outre un Liber dictaminum, compté autrefois parmi les mss. de l’abbaye de Benedictbeuren, avait laissé divers recueils de conseils pour bien vivre, et que sa réputation de poète latin avait pu faire regarder comme ayant pris part à la composition, dans cette langue, de quelques poésies morales. Il est certain que le texte français du Doctrinal, dans un des plus anciens mss., porte en titre : « Ci commence Doctrinal de latin en roumanz. » M. P. Meyer a donné, dans sa Notice sur un ms. bourguignon (Musée britannique, addit. 15606), la 172 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS nomenclature de tous les mss. connus qui contiennent le Doctrinal français. (V. Romania, n° 21, janvier 1877, p. 20-24.) P. 55, v. 3314. — Il est singulier de retrouver Stace dans l’arrière-ban amené d'Orléans par Primat et Ovide, après l'avoir vu (v. 207) dans les troupes qui engagent d’abord le combat : Virgile, Lucan et Estace. : Henri d’Andeli est très précis et il n’a pas dû oublier qu’il avait déjà parlé de ce poète. Je croirais plutôt qu’à cette époque on distinguait à tort deux Stace; le soin que prend le poète en ce passage d’ajouter à son nom celui de l’Achilléide semble indiquer l’intention de le différencier de l’autre, qui serait pour lui l’auteur de la Thébaïde. Cette distinction, si toutefois on l’a faite, viendrait d’une confusion établie entre l’auteur de la Thébaïde et de l’Achilléide, Publius Papinius Statius, né à Naples, et un certain Statius Surculus ou Ursulus, né à Toulouse, qui enseigna la rhétorique en Gaule et dont l'existence est attestée par saint Jérôme dans son appendice à la Chronique d’Eusèbe : « Statius Surculus Tholosanus in Gallia celeberrime Rhetoricam docet, Olymp. 200, ann. 59. Imp. Nerone », et par une chro- nique manuscrite du couvent de St-Victor : « Roma- norum vi regnavit Nero, etc. Statius Ursulus Tholo- sensis celeberrime in Gallia Rhetoricam docet. » Il est probable que le poète attribue à l’un la Thébaïde, à NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 173 l’autre l’Achilléide. Frédéric Lindenbrog (Tiliobroga), qui vécut de 1573 à 1647, confond encore ces deux personnages ; il appelle le poète latin Papinius Sur- culus Statius et le fait naître à Toulouse. (V. l’édit. de Stace donnée par Emeri de La Croix (Cruceius), Paris, 1618, in-4°.) P. 55, v. 336. — Que faut-il voir dans ces hez que Stace menotit par devant soi? — Je trouve le passage suivant dans la Chronique normande de Pierre Co- chon, publiée par M. Ch. de Beaurepaire pour la Société de l'Histoire de Normandie (p. 70): « Et fu toute la belle quesnée du bosc de Bihorel jouxte Rouen toute abatue pour faire des hez à faire les pallis entour la chité de Rouen. » Les hez sont évidemment des pieux à palissade, et le passage suivant de la même Chronique (p. 301) le prouve bien. « Et avoient les dits Anglois pieux de haie agus fiquiés entour eux; et ne les povoient les dits Franchois grever ne courre sur eulx pour les dits pieux et n’eussent esté iceulx pieux, les dits Anglois eussent eu assés à souffrir. » Ainsi on se défendait en rase campagne des attaques de l’ennemi en se retranchant par une enceinte de pieux. Il se peut que notre poète nous montre Stace qui avoit fort pis (poitrine) et fort dos, chargé du transport de pieux destinés à faire une palissade, et que ce soit par mi ces piez (v. 350) que les assaillants sont sur le point de prendre Logique, Astrenomie et Rectorique. 174 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS P. 55, v. 338. — Avienus (Rufus Festus) est un poète latin de la fin du 1v° siècle après J.-C. Pamphilus est l’auteur d’une élégie amoureuse qui commence par ce distique (Bibl. nationale, ms. 8430, f. 62, r°) : Vulneror et clausum porto sub pectore telum, Crescit et assidue pena dolorque mihi. Cette pièce eut quelque vogue au moyen âge; les trouvères se sont souvenus plusieurs fois de Pam- philus. (V. Aist. litt. de la France, t. XXIII, p. 236, et Jubinal, note sur ce vers de la Bataille des VII Ars, à la suite des Œuvres de Rutebeuf, Bibl. elzév., t. III, additions, p. 343.) P.55, v. 339. — Au v° siècle, un prêtre de Cœlésy- rie, Theodulus, que Gennadius son contemporain fait mourir vers 490 dans un âge très avancé, a composé sous le titre d'Eglogue une pièce curieuse en vers léonins qui repose sur cette donnée : Un berger athé- nien, Pseustis (le Mensonge), et une vierge du sang de David, Alithia (la Vérité), se rencontrent au bord d’un ruisseau. Pseustis provoque au combat Alithia, qui accepte et qui lui propose de prendre Fronesis (la Sagesse) pour juge. Celle-ci consent à remplir le rôle d’arbitre et la lutte s'engage. Dans des couplets de quatre vers chantés tour à tour par les deux adver- saires, Pseustis célèbre les fables merveilleuses du paganisme et A/ithia lui oppose les faits non moins NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 175 merveilleux attestés par les livres saints. À la fin, Pseustis se déclare vaincu et Fronesis prie Alithia de se laisser toucher et de cesser le combat. Les deux mss. qui nous ont conservé la Bataille des VII Ars appellent Sextis et Malicia les deux person- nages que l’Egloga Theoduli nomme Pseustis et Alithia. On sait que le » initial placé devant les consonnes 8, t, n, tombe dans les mots français dérivés du latin (V. M. A. Brachet, Gramm. hist. de la langue française, 16° édit., p. 129 et 136); notre vieille langue disait saume, salterion pour psaume, psalterion ; le p a été rétabli plus tard par les savants sous l'influence du latin. Supprimé également dans tisane (ptisane), neume (pneume), il n’a point reparu. De plus, M. G. Paris (la Vie de saint Alexis, p. 278) a établi que la notation æ équivaut à us; Sextis représente donc bien Pseustis. Quand à Malicia au lieu d’Alicia (Alithia), c'est une erreur évidente du copiste qui n’a point com- pris le nom d'A licia et l’a remplacé par celui de Malicia, mieux connu de lui, sans remarquer que le triomphe de la méchanceté sur le mensonge ne pouvait avoir aucun sens. Je n'ai donc pas hésité à remplacer dans le texte Malicia par Alicia. L'ouvrage de Theodulus était lu et commenté dans les écoles; les grammairiens lui empruntent parfois des exemples. Il x été traduit en vers français de dix syl- labes par Jean Le Fèvre de Ressons, vers le commen- cement du xv° siècle; cette traduction se trouve dans 38 176 NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS le ms. fr. 592 (anc. 7068), f. 112 r° à 123 vo, de la Bibl. nat. ; elle y est précédée (f. 111 v°)d’ure curieuse miniature qui représente les trois personnages de l’é- glogue. Le Fèvre traduit Àlithia par À licyee et A licye. P. 56, v. 359. — Ce vers me paraît signifier : Qu'elle a mis sa robe en lambeaux. Il est vrai que, d’après les lois de la dérivation, pannus ne peut donner que pan, et non pain ; mais les trouvères modifient parfois les mots en faveur de la rime. Voir les exemples cités dans la note sur le vers 175 de la Bataille des Vins. P. 56, v. 366. — Les Authentiques, le Code et le Digeste sont trois recueils de lois et de décisions réunies par le jurisconsulte Tribonien sous l’empereur Justi- nien, et qui, à partir du xu° siècle, servirent de base à l'enseignement du droit, d’abord en Italie, puis en France. P. 57, v. 388. Cases, figures, formoisons... Jubinal a imprimé : C’ à ses figures, formoisons... ce qui rend la phrase inintelligible. — Le mot latin casus (cas, désinence) était traduit au moyen âge par le substantif féminin case. On en trouve plusieurs exemples dans des passages extraits par M. Thurot du ms. 578 de la Bibl. Mazarine, qui renferme des traités ‘élémentaires de grammaire par questions et par ré- NOTES ET EÉCLAIRCISSEMENTS 177 ponses, dont quelques-uns en français, et du ms. S. G. 1460! de la Bibl. nat. contenant, f. 8 v°, un traité élé- mentaire des parties du discours en français (V. M. Thurot, Not. et Extr. des mss., t. XXII, 2° partie, p. 51, 168, 170, 182 et 197). Le dictionnaire de M. Littré ne renferme pas d'exemples de case à l'historique du mot cas. Henri d’Andeli entend par le mot formoisons (forma- tiones) les formations des prétérits et des supins, qui sont une des difficultés de la langue latine. On trouve dans deux mss. de la première moitié du xin° siècle un poème latin sur la formation des prétérits et des supins, que M. Thurot attribue à Pierre Riga et qu’Alexandre de Villedieu a reproduit presqu’en entier avec quelques modifications dans son Doctrinal. Ce poème se termine ainsi dans l’un des mss. (S. V. 798, f. 153 v°) : « Expli- ciunt versus de formationibus preteritorum et supino- rum. » (V. M. Thurot, :b:d., p. 26.) P. 57, v. 402. — V. sur ce Gautier la note du v. 108. P. 58, v. 406-407. — Henri d'Andeli s’est ici souvenu de Martianus Capella qui dit en parlant de la gram- maire (De nuptiis Philologiæ et Mercurii, lib. IIT, de Arte grammatica) : « Admoverat igitur Latoides de priori loco Mercurialilum ministrarum ætate quidem longævam, sed comitate blandissimam, quæ 8e in Memphide ortam, rege adhuc Osire, memorabat, denique obtectam latibulis ab ipso repertam, educa- tamque Cyllenio. » 178 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS P. 59, v. 440-441. — En nous montrant Versefieres (versificator), personnification de la poésie latine, réfugié entre Orléans et Blois, l’auteur paraît avoir songé aux luttes poétiques que soutenaient entre eux les écoliers de ces deux villes et qui nous prouvent que le culte de la muse romaine était en honneur chez eux. Voir, à cet égard, une curieuse anecdote que M. L. Delisle a traduite d’un ms. de la Bibliothèque de Tours et dans laquelle Primat, dont il est question plus haut, joue le principal rôle. — Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 1869, les Ecoles d'Orléans au XIIe etau XIII siècle, p. 147.— Biblio- thèque de l'Ecole des Chartes, 6e série, t, IV, Notes sur quelques mss. de la Bibliothèque de Tours. P. 59, v. 445. — Le ms. 19152 écrit giste, le ms. 837 gistre, avec la lettre épenthétique r, modification dont on a de nombreux exemples; ainsi les trouvères font très souvent rimer celestre pour celeste avec estre. Toutefois, au lieu de Zor gistre, on pourrait peut-être lire l’orgistre, et voir dans ce mot l’organistrum, ins- trument qui, modifié, devint plus tard la chifonie et dont s’accompagnuient les ménestrels. Il est vrai que Versefieres est la personnification de la poésie latine; mais on faisait à cette époque des vers latins ryth- miques (V. la note du v. 320 sur Primat) qui se chan- taient peut-être accompagnés d’un instrument. D DAC me GLOSSAIRE I. Le Lai d’Aristote. — II. La Bataille des Vins. — III. Le Dit du chancelier Philippe. — IV. La Bataille des . VII. Arts. À A ITT, 208, IV, 390, 47 y a; n'a que II, 8, 57 n'y a que; il n'a 1, 196, i7 n'y a; ait I 435, 57 y ail. A II, 96, IV, 393, avec. À I, 336, de. A III, 172, pour. , Abé [en] I, 264, au guet, en em- buscade. Abeli I, 216, put, fut agréable. ACHILEIDOS IV, 334, l’Achilléide de Stace. Achoison I, 227, motif, cause. Acroche II, 131, saisit. AcCointe [aura] I, 260, aura con- nue. Acola I, 269, embrassa. Acorde IV, 3, s'accorde. Acost [a son] IV, 167, à son côté. Acuel III, 56, accueille. Adès IT, 202, tout adès I, 15, tou jours. Adrecie IV, 266, dirigée. Aert I, 94, 392, saisie. Afere I, 14, nature, caractère E A 84, 517, sujet ; 1, 429, chose. Afetiè I, 37, disposé. Afoler [s'], devenir fou; s'afole, I, 117, m'afol I, 206. AGRECIMR IV, 202, Le Grécismus d'Evrurd de Béthune. V. notes, p. 156. Aïde IV, 321, aide, secours. Aier, aider; Diex aïe I, 399, que Dieu m'aide; l'ait Deus I, 264, que Dieu l'aide. Aim I, 272, 362, aime. Aincçois quel, 497, etc., avant que. Ainz 1,3, 57,74, etc., au contraire, plutôt, mais. Air IV, 191, iëmpétuosité, fougue. Alaschierent IV, 269, /âchèrent. ALEMANZ II, 109, IV, 446. Alemele IV, 360, Zame. ALICIA IV, 343. V. notes, p. 174. ALIXANDRE 1, 61, etc., III, 77. Als III, 200, efles. AMBROISE ÎV, 75, saint Ambroise. AmenderT, 120, se corriger; amende I, 294, embellit. Amenuise I, 527, amoindrit. 180 Ameor II, 7, amere I, 550, favori, amant. Amont III, 226, en haut. Amonter I, 61, élever. Amort [s’] IL, 6, s'attache, S'ap- plique. Amusez I, 511, joué, trompé. An III, 96, au. Ancçois III, 66, plutôt. AxgJou II, 32. V. notes, P. 100. Anmis, II, 224, ami. Anoie I, 366,%. impers., il ennuie, il contrarie. Anqui I, 314, aujourd'hui. ANTICLAUDIEN IV, 327, poème d'A- lain de Lille. V. notes, p. 170° Anui I, 22, 319, offense; 1, 2%, ennui, peine. Aouit [cui qu'il} IH, 34, quelque peine qu'on en éproute. Aperte I, 500, ouverte. Apertement I, 4%, ouvertement. Apostoile Il, 187, pape. Apresure I, 541, habitude, cou tume. V. Dict. de La Curne. AQUILAT IT, 190. V. notes, p. 127. Aramie I, 251, engagée. ARATOR IV, 211. V. notes, P. 158. Arcien IV, 91, 444, ori ginairement, maître ès arts, étudiant ès arts; plus tard, le sens & été réduit comme ici à maître de logique, étudiant en logique. ARCHITRAINE IV, 283, l'Archithre- nius de Jean de Hautville. V. notes, p. 164. Ardre, brüler; ind. pr. art LI, GLOSSAIRE 297, 233, 235, ardez 1, 489; 2. passé, ars IV, 38. Arengier [s’] 11, 198, se mettre en rang, en ordre (autour de la table). Arestut [s'] III, 63, s'arrèla; ‘ar reste I, 161, s'arrête, reste. ARGENCHES Il, 73. V. notes, p. 112. ABGENTUEIL II, 28, etc. V. noles, p. 99. ARISMETIQUE IV, 146, 164, un des sept Arts. ArisTorTe I, 139, etc., IV, 196, etc. Armes III, 127, âmes. Arrestance I, 30, arrêt, pause. Aserir, étre soir; aseri IV, 306. Assavoré IV, 381, connu, gouüté. Assentir [s’] II, 43, donner son assentiment ; m'asent, I, 210, je me soumels. ASTRENOMIE IV, 142, etc., un des sept Arts. ATAINES I, 315, Athènes. Atant ou a tant I, 216, alors. Ator I. 286, 471, dispositions, mu nœuvres. Estre de mal ator, IV, 412, étre en mauvaise Si— tuation. Atorner, {fourner; atornoit I, 158; s’atornerent Il, 30. Atrere 1, 369, attirer; atret I, 373. AuçuEeRReE Il, 36, etc. V. notes, p. 102-105. AuGusTiN IV, 75, saint Augustin. Aumaire IV, 30, 235, armoire, bi bliothèque. Auxi, II, 18. V. noles, p. 93. GLOSSAIRE Aunoi I, 306, aqune. Aus IV, 245, aux; I, 63, IL 79, eux. Aussai II, 17, 114, Ausois IT, 102, Alsace. V. notes, p. 94-95. AUTENTIQUE IV, 366. V. notes, p- 176. Auctors IV, 243, etc., autoriaus IV, 7, auctoriaus IV, 275, autorel IV, 438, autoristre, IV, 27, au- teurs. Le poète entend exclu- sivement par là les poètes latins. Autorez IV, 416, semble signifier cilations d'auteurs. Autrier [l’] IT, 2, l'autre jour. AUVILER IL, 29, 95. V. notes, p. 9 et 115. Aval, III, 225, en bas; aval le ver- gier I, 462, le long du verger. Avaler III, 232, descendre; avalle II, 233, descend. Avers I, 66, 68, avare. Aviler Il, 96, rabaisser. Avint II, 2, arriva. Aviver Il, 152, rendre vif. AvIonNÈs IV, 338. V. notes, p. 174. Avocatiaus IV, 368, diminutif de mépris, méchants avocats. Cf. autoriaus, logicieniaux. Avoi! I, 337, 400, 404, hélas ! holà! Ax, I, 210, eux. B Baconnez IV, 119, lardés, percés, sens mélaphorique tiré de bacon, comme larder de lard, larder de coups d'épée. 181 Baïen Il, 68, brun, noirûtre; un pois baien, au sens de peu de chose. BaLsamon IV, 35. BARBARIME 1V,232, 7e Barbarismus de Donat. V.notes, p. 137-138. Basme II, 162, baume. Batiaus IV, 369, bâtons d'escamo- teur. Bepe IV, 76. V. notes, p. 148. Bedel IV,57, bedeauæ,apparileurs de l'Université. BED1ERS Il, 24, Béziers. V. notes, p. 98. Bée II, 87. V. notes, p. 114. Betfes IV, 253, tromperies, men- songes. Bel et gent 1, 503, bien et genti- ment. Belement I, 141, 374, doucement. BERNARDINS Li SAUVAGES IV, 328. V. notes, p. 1 0. Berser, lancer un trait, bersë IV, 189. Besançot II, 138, Busançais. V. notes, p. 119. Bi II, 175, mot anglais signifiant par. BrauxE Il, 39. V. notes, p. 106-107. Brauvais Il, 52. V. notes, p. 103- 109. Brauvoisins II, 63. V. notes, p.110- 112. BiBLE VERSEFIÉE IV, 288, l'Aurora de Pierre Riga. V. notes, p. 167. BLIAUT I, 283, 301, 392, vétement. 182 BLors TV, 441. Bobançois II, 141, jactance. Boens III, 166, 167, boins III, 150, etc., bon. Boices IV, 220, Boëce. V. notes, p. 159. Boivre IV, 83, boire. Bouche de lampe, 111, 192. V. notes, p. 130-133. BorptaUs II, 127. V. notes, p. 117. Bors III, 259, bourgs. Bout II, 173. V. notes, p. 123-124. Boutez III, 221, mis, placé. Bouton IV, 18, au sens de peu de chose. Braies I, 95, pièges. BRETONS II, 117, IV, 446. Buef II, 41, bœuf. C C’ pour qu’; c'on, qu’on; c'une, qu'une, passim. CaDRUVE I1V,55, quadritium. Cacha IT, 60, chassa. Caniveçons IV, 252, diminutif de canivet, pelit couteau, canif. Cases IV, 388, cas, désinences. V. notes, p. 176. Ce I, 152, etc., cela.— Cel ITT, 4, ce. — CeleI, 2 7,celle-ci; celeIV, 120, cette ; celes IV, 186, celles- ci. — Celi I, 215, celle. Cerne IV, 137, cercle, d'ou cerner. Cervoise II, 16, 179, bière. V. notes, p-. 91-94. Cest I, 522 etc., ce. — Cestui I, 72, celut-ci. GLOSSAIRE CRAALONS II, 53, 99. V. notce, p. 109 et 116. CHABLIES II, 39. V. notes, p. 106. Chainja III, 162, changea. CHAMBELI II, 73. V. notes, p. 112. CHAMPAIGNE I, 113. CHANCELIER III, 15, 17, 23, etc.; IV, 84, le chancelier Philippe. Chandeille II, 182, chandoile IIT,235, cierge. Chanu I, 244, chenuz 1,338, blanc. Chaples IV, 131, combats, mâlées. Chaplerent IV, 212, frappérent. Chardonal II, 189, cardinal. CHASTEL RaouL II, 33, 138; Châ- teauroux. V. notes, p. 101. Chastoier, réprimander; chastoie I, 175. CHATON I, 518, 522, CHATONEZ IV, 337, Caton. V. notes, p. 85-86. Chatonant [a] I, 452, à quatre pattes. En Normandie, on dit encore à catons,aumêmesens. V. Duméril, Dict. du patois normand. Chaudiaus IV, 367, breuvages chauds. CHAUvENI II, 137. V. notes, p. 119. Cheoir 1V, 421, etc., tomber; ind. prés. chieent IV,432, tombent ; subi. prés. chiece III, 60 ; fus. charront IV, 431 ; ». déf. chei 1,395 ; p.passé cheü III, 102. CHERON LE VIEL IV, 60. Chief I, 199, tête. — Venir a chief I, 505, IV, 392, venir à bout. Chosent I, 138, blâment. GLOSSAIRE Ci EI, 327, 453, III, 71, ici.— Cia I], 176, il y a. Ci I, 327, III, 182, etc., ce, ces. — Cil I, 79, 120, etc., celui, celui ci. — Cil I, 148, II, 94, III, 103, etc., ceux, ceux-ci. — Cis 1, 579, cist III, 206, ces. Cirurgie IV, 11], chirurgie. —Ci- rurgien IV, 100, chirurgien. Clamer I, 149, appeler ; claime IV, 7, claiment IV, 15, clamoit II, 7; claim part I, 275, réclame, demande part. CLaAUDIENS IV, 25, M. Clerc II, 21, 25, etc., clers Il, 30, etc. clerc, membre du clergé.— Clers I, 520, savant. Clerçon Il, 178, petit clerc. Clergie I, 156 etc., instruction, science. Clergiez III, 88, clergé. CLERMONS II, 64. V. notes, p. 110- 112. Clers III, 196, 203, cler, 1, 195, clere I, 385, clair, e. Çoile I, 382, cèle, cache. Coille IV, 39. V. notes, p. 142. Cointe1,259,1IV,458, adroit, habile. Cf. l'anglais quaint. Cointement 1, 371, habilement. CoLonaxois IT, 111. Com, con, comme, conme, come, passim, comme. Commanz I, 135, etc., commande- ment, ordre. Compas II, 66, de bon compas, de bonne qualité. 183 Compas IV, 171, contour, diendue. Cf. l'anglais compass. Comperer, payer; du sens de payer cher, on est passé à celui de ressentir de la peine: Sa mort trop durement comper I, 106, J'éprouve une très vive dou- leur de sa mort. Conduit III, 141, direction, con- duite. Conduit III, 142, condut III, 176, sorte de motet. Confors IV, 47, appui, soutien. Conforta IV, 394, réconforta. Conroi II, 43, troupe en ordre. — Prendre conroi I, 105, prendre soin. Conseil [mettre a] I, 141, faire des représentations à quelqu'un. Consire {se] I, 222, se prive, s’abs- tient. Contencon I, 60, débat, dispute. Conterresse IV, 162, sobriquet d'Arithmétique : celle qui compte. Contrait II,166,contrefait, perclus. Contralier, contredire; contralie IV, 415. Contralietes IV, 97, contradiction. Cops IV, 419, coups. Corgies IV, 353, courroies, fouet. Cors, course; le cors IV, 222, à la course. Cort I, 45, IV, 409, court (verbe). Cort I, 46, II, 105, cour. Costoier II, 134, cultiver. Cotele IV, 359, 361, robe. 39 184 Coulombiaus IV, 139, dim. de cou- lomb, pigeon. Coupe 1, 540, faute. Coutel IV, 360, couteau. Cremor IV, 310, crainte. Cresse IV, 42, graisse. Crient I, 422, craint. Croz{[dant]1I1,91. V. notes, p. 115. Crueus I, 28, 3, cruel. Cuer I, 128, etc., cœur. Cui III, 34, cas oblique du pr. qui. Cuider, croire; cuitI, 148, 164, cuide I, 341, cuidoit I, 393, cui- diez 1, 292, cuiderent III, 38. Cunchient IV,126, se moquent de. Cure 1,100, II, 72, etc., soin, souct. CyPRe I, 15, 187. V. notes, p. 94 et 127. D Dan IV,50, dans IV, 191, etc., dant IV, 208, etc., dom (dominus). DANEMARCHE II, 119. Dars IV, 37. V. notes, p. 141. De, supprimé entre deux substan- tifs I, 219, etc., entre un ad. et un subst. I, 62, IV, 248. De, que dans les comparaisons I, 198, IT, 79, 145. Debonairetez II, 83, bonnes ac- tions. DecrerT IV, 66, droit canon. VY. notes, p. 147. Deduit [se] I, 463, s'amuse. Deferme III, 245, ouvre. Defface I, 52, défigure, gâte. Cf. l'anglais to defface. GLOSSAIRE Deffaire, ôter, détruire; deffet I, 496, 527, defferoit I, 135, defis I, 235. Deffensables IV, 254, défendable. Defoiz I, 479, 533, défense. Defouler IV, 199, fouler, écraser. Deguerpir, abandonner; deguer- pirent IV, 439, deguerpis I, 142. Deité IV, 140, divinité. Del III, 157, 158, 262, IV, 120, du. Delite [se] III, 218, se délecte. Demaine [se] I, 159, secomporte.— Demaine IV, 414, exerce. Demente [se] I, 355, se tourmenter, dementé I, 214. On dit encore en Basse-Normandie se dé- menter, dans le sens de s’occu= per de, se donner la peine de. Demorée I, 130,219, séjour, retard. Demorer I, 81, s'arrêter, demorez I, 88. Demoutre L1,202,montre, désigne. Deporter I, 173, se déparlir. Deporter [se] s'amuser: se deporte I, 298, 457, se deportant I, 417. Desaprendre, employé activement, ôter la science ou la sagesse, desaprent I, 344. Deschainte I, 300, sans ceinture. Desconfite, défaite; tu jues à la desconfite II, 8, tu joues à le faire battre. Desconseillie I, 218, découragée, abatlue. Desdut [se] I, 218, se réjouit. Deserte III, 67, mérite. Deservi I, 296, III, 54, 263, mérité. GLOSSAIRE Desi au jor que IV, 431, jusqu'au jour ou. Deseur 1, 566, etc., desor I, 444, desus 1], 433, sur. Deslot I, 140, blâme, déconseille. Despire, mépriser; despis IT, 89, despisent I, 12, despisoient IV, 278. Despit I, 237, IV, 16, mépris. Desploiee I, 42, exposée, racontée. Despointer I, 256, priver, dépouil- ler. Despuis I, 411, 569, depuis; l's se prononce encore en Basse- Normandie. Desroi I, 109, 220, trouble, dé- sordre; mener son desroi LU, 153, faire tapage. Dessavorer 1,553, déraisonner. Destempré 1, 168, déréglé, égaré. Destraindre I, 548, serrer, presser, destraint I, 204. Detenue 1, 400, retenue. Deuls IV, 2, deuil, malheur. Deüst I, 291, düt. Devers IV, 49, vers. Devices III, 215, richesses. Devis [par] I, 212, suivant une règle. Devise [a] IV, 34, à souhait. Deviser III, 71, raconter. Des LI, 162, dé à jouer ; Cel jor nos chaïinja molt li dez, ce jour-là la chance tourna contre nous. DIALECTIQUE IV,305,DIALETIQUE IV, 225, DyareriQuE IV, 15, la Dialectique, un des sept Arts. 185 Diapante IV, 18], quinte. V.noles, p. 155. Diapason IV,18], octave. V. notes, p. 155. Diatesalon IV,180, quarte. V.notes, p. 155. Dus Il, 51, 58 ; Drex 1, 273, 326, 399, IT, 45, 204; Deus III, 109, 262, 264; Deu III, 213, 235, 253; Dieu I, 424, 474, II, 98, UI, 62, 89. DiGesTE IV, 366. V. notes, p. 176. Dis HI, 152, jour, dans l'expression toz dis, toujours. Discretistre IV, 444, maitre et élu- diant en décret [droit canon). Distrent IV, 77, 305, dirent. Dit I, 51, 517, 562, 111, 261 ; dis I, 144, poésie morale. Divers I, 429, étrange. Drvinrré IV,77, théologie. Cf. l'an- glats Divinity. DocrTRiNaL 1V, 202, ouvrage d'A- lexandre de Villedieu. V.notes, p. 156. Doie III, 8, doigts. Doie I, 7, doive. Doinst I, 273, donne fsubjonctif). Dois II, 94, table. Dolent I, 88, affligé. DonagrT IV,%6,187, Donai.V.notes, p. 137-138. Dormir [se] II, 202, dormir. À l’origine, ce verbe est ordi- nairement réfléchi; ex. : Quant le roy Ricart eut oy les novellez, si dist qu'il avoit 186 esveillié le chat qui se dor- moit. (Chron. normande de P. Cochon, édit. Ch. de Beau- repaire, p. 17). Dou III, 69, etc., du. Douter, craindre; doute I, 422, doutoit I, 286, doutai I, 237. Drecie IV, 22, dressée. Droit, 6 1, 57,111, 156, etc., juste, vrai. Drois I, 107 etc., droit, justice; droiz queure J, 350, que le droit ait son cours (jus cur— rat) ; par droit I, 151, 291, jus— tement. Duel III, 11, duez III, 14, 107, deuil, | chagrin. Dui IX, 93, IV, 231, deux. Duis III, 19, fontaine, cours d’eau. DuogiL I, 86. V. notes, p. 113-114. Durement I, 170, etc., beaucoup, fort. — On dit encore : tra Vailler dur. Dusque IV, 179, 452, jusque. E Efforcça 1,536, contraignit, fit vio- lence. Effroi 1, 440, trouble, égarement. Eaire I, 85 ; EayPTe IV, 407. Eco mer vEL Mis IV, 296, person- nage fictif. El 1, 353, autre chose. El, ele, passim, elle. El IIL, 116, 223, etc., dans le. EÉLENCHE IV, 216. V. notes, p. 159. GLOSSAIRE Emblez II, 165, dérobé. Embrievez IV, 323, décrits. Empaintes II, 128, attaques. Empanez IV, 70, empenée I, 371, empenné, e. Emprès IV, 451, après; emprès ce IV, 285, après cela. Emprendre, entreprendre; fut. emprendrai Ï, 49; p. déf. em- pris 1, 49; part. p. empris, e I, 39, 506. Enamorée I, 129, éprise. Encerchier IV, 141, chercher. Encressent IV,355, engraissent. En ele pas III, 205, à l'instant. Enferté IL, 102, affaiblissement. Enflore I, 288, fleuri. Enfretes II, 83, rompues. Enfrume [faire l’] I, 8, faire la moue. Engins 1, 240, esprit, ruse. ENGLETERRE Il, 116, 181. ENaGLois IV, 404. ENGoLesME Il, 127. V. notes, p.117. Enbheritez IIT, 84 : Dont ses cuers ert enheritez, dont son cœur recevra la récompense à la- quelle il a àroit comme à un héritage. En mi IV, 23, etc., au milieu de. Enquerre I, 89, demander. Enseler I, 450, seller. Entamer Il, 531, faire impression sur; 8e lessa entamer en amor, il laissa l'amour faire impression sur lui. L'anglais to tame, autrefois to entame, GLOSSAIRE apprivoiser, dompter,a peut être la même origine. Entant II, 29, attaché. Entor III, 33, environ. Entre II, 107. Ce mot, suivi de deux substantifs ou de deux pro- noms unis par la conjonction et, signifie tant l'un que l'autre, conjointement. Ex. : Atant 8e mettent el sentier Entre Renart et Ysengrin. — Renart, v. 24568-69. Entremetre I, 25, s'occuper de, se mêler de ; entremise I, 445. Envers, 6 IV, 206, 422, renversé, e. Enz el I, 203, 283, dans le. Erent LU, 68, IV, 308, étaient. Ert I, 96, 180, etc., était. Ert I, 59, 321, III, 84, sera. Es IL, 67, 243, dans les. Esbahir IV, 190, ouvrir la bouche. Esbanoie [s°] I, 365, se récrée. Eschar IV, 58, dérision, offense. Escharsement I, 230, rarement. Eschivast IV, 78, évität. Esciences IV, 330, sciences; par m'escience III, 20. Escloperent IV, 203, estropiérent. Escorçant I, 301, relevant. Escorgie 1, 257, courroie, fouet. Escos II, 118, Ecossais. Escremie I, 252, escrime, habileté dans la défense ; savoir moult d'escremie, étre habile à se défendre. Ex. : Car il sot trop de l’escremie, Renart, v. 7466; S'or ne set Renart d'escremie, 187 Ibid., v. 14517 ; Car ases set * de l’escremie, Zbid., v. 24152. Escusement I, 23, excuse. Esjoir I, 312, s'esjoir 1,6, seréjouir; s'esjoi I, 267. Esmais I, 190, émoi, trouble. Esmiée IV,289, réduite en miettes, écrasée. Esmurent [s'] IV, 29, 81, se mirent en mouvement. ESPaINGNE II, 22. Espancier IV,243, crever la panse. Espandre I, 80, répandre. Espece I, 59, épice. Esperis ITI, 229, esprit. EsPEeRxai II, 30, 104. V. notes, p.99. Esraument 1, 9, aussitôt. Essaiant 1, 557, essuyant, éprou- vant. Essaucie IV, 267, acclamée. Esrace IV, 209, Esracez IV, 334, Stace. V. notes, p. 172. Estal [rendre] I, 492, tenir ferme. Esrawpes Il, 55. V. notes, p. 108- 110. Estanche [s°] I, 29, s'arrête, cesse. Esrrines [sains] III, 155, saint Etienne, premier martyr. Esterlins Il, 122, sterlings, mon- naïie. Estrange I, 144, 169, étrangère. Estre I, 19], contre. Estris 1, 421, lutte, querelle. Estriver II, 151, lutter ; estrivel, 202, estrivoient II, 159. Estuet I, 499, III, 197, 232, iZ faut » estut III, 64, i fallut. 188 Estui, tout objet ou lieu ow l'on peut renfermer quelque chose; mis en estui 1,71. Ce mot est employé au sens de prison dans ce passage : Privéement le mette en chartre et en estui. — St Thomas (édit. Hippeau), v. 1784. Estuidel, 342, étude. Erique IV, 218. V. notes, p. 159. Eüst I, 292, eut. — Eüssent II, 156, IV, 1235, eussent, avaient eu. Examplere 1,57, exemple, modèle. Ex I, 15, yeux. F Faille [sans nule] IV, 145, sans manque. Faindre [se] L, 549, se dérober à, se dispenser. Fallée IV, 426 (ms. 19152, fal- laces), faux raisonnement, sophisme. Fanc IV, 194, fange. Faillir, manquer ; faut I, 240, II, 176, failloit III, 96, faudra I, 247. Felonie I, 27, perfidie, traîtrise. Felons 1, 33, felonesse I, 20, per- fide, traître. Fere I, 13, etc., faire; au fere I, 358, en faisant; ind. pr. fes II, 91 ; pas.déf. feistes I, 478 ; subj. feit (fecisset) III, 85 ; pass. déf. et part. fet, passim. GLOSSAIRE" Ferir IV, 188, frapper; ind.pr.flert IV, 258, 358 ; flerent IV, 353; part. pr., ferant II, 59; part. passé, feruz I, 259. Ferremens IV, 116, outils de fer, instruments chirurgicaux. Fers IV, 213, ferme. Fes I, 568, faits, actions. F'es I, 569, poids. Fiance II, 194, IV, 85, confiance, foi. Fiens IV, 42, fumier. Fil III, 89, fils. Fin, e I, 96, 136, etc., parfait, ac- compli,escellent. Cf. l'anglais fine. Finer, finir; fine I, 543, finai I, 343, finée IV, 173. FisiQue IV, 99, 219. V. notes, p.150. Flablel IT], 255, fabliau. FLAMENS II, 117. FLANDRES II, 181. FLAvINGNI II, 37. V. notes, p. 102. Flebes III, 196, faible. Fleüteles IV, 177, flütes. Folir, faire chose folle ; foli I, 427. Fontenele I, 384, diminutif de fon- taine. Forment I, 507, fortement. Formoisons IV, 388, formations (des supins et des prétérits). V. notes, p. 177. Fors IV,92, hormis; fors quel, 101. Forsenez I, 476, hors de sens. Forviez IV, 139, hors de la voie, égards. FRANCE I, 113, II, 193, IV, 86. GLOSSAIRE Frans I, 83, noble, généreux ; franche I, 114, entière. Fuer I, 16, III, 85, valeur, prix. Fuerre II,150, paille. Fust 1V,254, 255, serait. & Gaaing IV, 109, gain. Gaaingnierent IV, 229, gagnérent. Gabé I, 263, joué, trompé. GALIEN IV, 99, médecin grec. GaLois II, 117, habitants du pays de Galles. GaMACHES IV, 58. V. notes, p. 145. GARNIERS IV, 35. V. notes, p. 139. Gars IV, 331, simple soldat ou valet d'armée ; IV, 392, jeune garçon ; IV, 460, apprenti. GasrTiNols II, 32. V. notes, p. 100- 101. Gauriers IV,402. V. notes, p. 153. Ge I, 32, etc., je. Generaus III, 98 ; En .vij. ars estoit generaus ; {l était versé génd- ralement dans la connaissance des sept arts. Gent I, 11, etc., gens, peuple. Gent I, 426, gentil, gracieux. Gent I, 503, gentiment. Gerbes IV, 182 (1). Gesir IT, 150, être couché. GEsra Ducs Macenum IV, 287. Y. notes, p. 165. Gigues IV, 176. La gigue était un instrument de musique à cordes et à archet. 189 GiomerRie IV, 168, un des sept Arts. GmauT IV, 105. V. notes, p. 151. Grroims IV, 76, saint Jérôme. Gite III, 227, jette. Gistre IV, 445, gîte. Glaiolai I, 306, glayeul. GLATINI IV, 102. V. notes, p. 150. Glomeriaus IV,8. V. notes, p. 135— 136. Glose I, 522, commentaire. Glouz II, 80, épithète injurieuse fréquemment usitée, et signi- fiant suivant le cas, scélérat, débauché, misérable. Goditouet II, 176. V. notes, p. 193. Gomer IV, 10, gosier. V. Duméril, Dict. du patois normand. Gonfanon IV, 393, bannière. Gote III, 209, goutte ; gouteI, 164, au sens de peu de chose. Goute crampe II, 56, goutte (ma- ladie). Gouté I, 283. — Du Cange : « Gut- tatus, Guttis diversi coloris inspersus. » Ailleurs, au mot Gutta, cet exemple : Une cha- suble, tunique et dalmatique de camocaz noir, goutté de goules blanches, pour l'office des morts. GRAMAIRE IV, 20, etc., GRAMATIQUR IV,373, un des sept Arts. Graindres III, 82, plus grand. Gravele I, 385, gravier, pierre. Grece I, 60, 85. Greffe IV,252, poinçon pour écrire 190 sur des tablettes, du 1. gra- phium. Grieve I, 280, gène, incommode. GRIGOIRE IV, 75, saint Grégoire. GUENELONS 1, 34, traîtres, dérivé du traître Ganelon de la chan- son de Roland. Guerredon III, 51, récompense. Guersoi drinçoi IX, 178. V. notes, p- 125. Guis [quens] I, 388, comte Gui. H HAUTE SCIENCE IV, 79, nom donné à la Divinité ou Théologie. Hennor I, 78, honneur. HENRïIS [D'ANDEL:I] 1, 543, HENRI D'ANDELI II, 124, HANRIS D'AN— DELI III, 261, HENRIS D'ANDELI IV, 456. HENRIDEVENABLES IV, 106. V.notes, p. 151. Herbergier I, 352, loger ; herber- giez III, 87, herbergies IV, 352. Herre II, 115; gent herre, peuple allemand, herr signifie en cette langue seigneur, maître. Het I, 69, haït. Hez IV, 336. V. notes, p. 173. Hochier IV, 244, secouer. Hontage I, 335, honte. Hores III, 146, heures. HusERT IV, 102. Hui IV, 162, aujourd'hui. Hurter, heurter; hurtaissent II, 167, hurtées IV, 182. GLOSSAIRE I I, 37, etc., y. Icel III, 23, ce.— Jcele IV, 240, cette. — Ices IX, 83, ces. — Icil IL, %1, ce. — Icil II, 93, ces. Ici endroit I, 31, ici même. On dit encore en Basse-Normandie, par là en drait, par là, dans cette direction. Iert 1, 88, III, 77, était. Lex 11, 138, IV, 125, 215, yeux. D, passim, tl, ils. Iuec 1, 130, IV, 430 ; ilueques IV, 498, là. Ynpe I, 87. Ynde I, 283, bleu, violet. YpPocras IV, 99, Hippocrate. YPee Il, 16. V. notes, p. 95. Ire I, 62, 561, IV, 46, colère. IRois I], 118, Zrlandais. Ise gout IT, 174. V. notes, p. 123. YsinotRE IV, 76. V. notes, p. 148. Isnel IV, 347, rapide ; isnel le pas IV, 187, isnel lou pas III, 168, d'un pas rapide. Issi I, 167, IV, 332, issis III, 248, ainsi, st. Issi LV, 30, sortit. Issolubles IV, 425, arguments in- solubles. Ysououn II, 33, 139 V. notes, p. 101 et 120. GLOSSAIRE J Ja, part. explét. I, 50, etc., déjà, désormais. Ja soit ce que IV, 226, bien que. Jangles IV, 391, jenglois II, 72, bavardage. JARGUEIL II, 27. V. notes, p. 98. JEHANS DE Sr Monisse IV, 83. JEHANS LI PAGES IV, 52. Jel III, 201, je le. Jaesu Criz III, 13; Jazsu CRT IL, 130. | Joious II, 12, joyeux. Jon III, 198, 221, 227, mèche. Y. notes, p. 130-133. Jovent I, 489, jeune homme. Jugleres III, 45, chanteur. Juir IT, 37. Jusrè [dant] IV, 294, personnage fictif. JUVENAL IV, 208. K KATERINE [sainte] III, 169. L Lacoy I, 137. V. notes, p. 119. Laidengier, insulier ; laidengié I, 509. Laidi 1, 263, insulid. Laon II, 92. Lasse IV, 47, malheureuse. Leaus 1,316, loyale. Leauté I, 559, loyauté. Lechierre Il, 164, gourmand. Ledengier 1, 242. V. Laidengier. 191 Leesce IV, 301, joie. Legerez IV, 417 (ms.19152, lieres), légers, fins, gentils, proba- blement du moyen latin le- viarius; l'ancien français avait le subst. legerie. Cf. le provençal leugier, l'ital. leg giere, leggiadro. V. Gachet. L’en IV, 156, etc., l'on. Lerme II, 78, larme. Lès IIT, 98, uisse. Leu IV, 137, loup. Leu I, 59, lieu. Loü I, 495, lu. Lez I, 384, IV, 63, prés. Liberau III, 86, 97, libéral. Li, passim, le, les. — Li, lui, pas- sim, lui, à lui, elle, à elle. Lie I, 461, joyeuse. Liement I, 437, joyeusement. Liepart IV, 345, Zéopard. Lige IV, 234, vassal. Lives DR NATURE IV, 218. V. notes, p. 159. Loer, lower; lo III, 239, loue; loent I, 10, Zouent. Logicieniaus IV,274, diminutif de logiciens. Lo&ique IV, 6, etc., un des sept Arts. Losiques [LES peux] IV, 216. V. notes, p. 159. Lor [LA] IV, 65, le droit civil. Loi [a] de I, 482, à la manière de. Loiaument 1,576, loyalement. Loiaus I, 550, loyal. Lors IV, 40. 192 LomBART IV, 68, 224, 448. V. notes, p. 147. Lor, passim, leur. Lou III, 17, 36, etc., Le. Lou TITI, 231, lieu. Lucan IV, 209, Lucain. Luite 1, 126, lutte. Lut HI, 120, tant com li lut, tant qu'il lui fut permis (licuit). M MaACROBE IV, 220. V. notes, p. 159. Maçues IV, 249, masses, massues. Mail IV, 289, maillet. Main I, 254, matin. Mains, moins — Est mise au mains IV, 20, est rabaissée. — Del mains IV, 120, du moins. — Mener (ou B Metre) du plus au mains IV, 433, faire déchoir, rabaisser. Maintenoit IV, 236, soutenoit. Manoir J, 101, rester; maint I, 15, 115, I, 253. Mairer, dominer, maîtriser; maire E, 250, 403. Maisnie I, 423, maison, famille. Maissele ]I, 386, mâchoire, joue. Major I, 87, plus grand. Malement III, 233, mal, doulou- reusement. Males IV, 383, difficiles. -Mandres III, 78, mendres III, 8, mendre J, 186, plus petit, moindre. Mans [Le] II, 69. GLOSSAIRE Mas III, 230, mais. Mar I, 142, 263, à la male heure. Manciacop IV, 326. V. notes, p.170. Marie III, 89, 137, 149, la vierge Marie. Mari Il, 85. V. notes, p. 113-114. ManrTiEN IV, 396. Martin II, 175, fà la rime) martyr. Matere I, 40, matière, sujet. Maus I, 232, mal. Mautalenz I, 420, mécontentement. Mauvais [dant] II, 51. V. notes, p. 108. Meax III, 127, mieux. Mehaing 1V, 110, blessure. Mehaignierent IV, 228, blessèrent. Meis II, 112, mis. MELANS II, 20. V. notes, p. 95. Melite III, 217, douceur. Meniere III, 70, 73, manière. Menistre IV, 28, ministre. Merci III, 262, 264, miséricorde. Merir I, 575, récompenser. Merveil [me] 1, 19, [je] m'étonne. Mès I, 138, etc., mais. Mes I, 202, 208, 232, 337, mon. Mesaesma I, 529, bläma. Meschief I, 200, 504, LV, 393, mésa- venlure. Meschine I, 169, jeune fille, mes- chinete I, 361. Mesdit I, 22, 27, médisance. Mesel IT, 166, lépreux. Mesestance IV, situation. Meslée I, 415, broutllée. Mesnie IV, 291. V. Maisnie. 133, mauvaise GLOSSAIRE Mesprendre I, 19, errer, se trom- per; mesprentIll, 6, mespris J, 234. Mespresure I, 540, erreur, faute. Messages II, 12, messagers. Mestrie IV, 169, art ; IV, 341, mai- trise. MeuLenr Il, 28, 87. V. Notes, p. 99. Mex IL, 183, mieux. Mie I, 2, 97, etc., pas, point. Mieldres IV, 86, meilleur. Mielz I, 83, mieux. Mis 1, 37, «donnés. Mistrent IV, 61, mirent. Moit I, 131, etc., moult J, 40, etc., beaucoup. MonmorEencCY Il, 86. V. notes, p.113. Mont I, 449, monde. Monter, valoir; monte I, 238. MonT LEHERI LEZ LiNotes IV, 63, etc. V. notes, p. 147. MoNTMoORILLON Il, 139. V. notes, p-. 119. MonrTPELLiER I, 23. V. notes, p.97. MONTRICHART II, 137. VW. notes, p- 119. Morir III, 132, mourir; morist III, 65, mourut. Mors IU, 73, mœurs. Mossac II, 25. V. notes, p. 98. MoseLe Il, 108, MousseLe Il, 17, 114. V. notes, p. 94-95. Moto IV, 213, molle, le tumulus qui porte un châleau-fort. Moustrer, montrer; moustre I, 544, moustra Ï, 62. Muce I, 77, cache. Mucher est en- 193 core en usage dans toute la Normandie. Muedres III, 136, meilleur. Muel II, 166, muet. Muet [se] I, 119, s'écarte, Musage I, 174, sottise. Musars I, 467, sot. Musique IV, 174, un des sept Arts. N Naches IV,54, fesses. Encore usité au sens restreint de fesse de bœuf. Narzes IV, 130. NariviTé III, 9, 250, a fête de Noël. Ne I, 31, etc., ni; ne. ne I, 162, ni... ni. Ne I, 263, IT, 156, et ; ne. ne I, 261, II, 196,ou... ou, soit. soit, Nel I, 120, etc., ne Le. Nenil I, 213, etc., nullement. Ne por quant I, 234, néanmoins. NERBONE I], 23. V. notes, p. 97-9,8. Nes IV, 279, 292, ne les. Nevers 11, 35. V. notes, p. 102. Niant II, 115, néant. Nices IV, 71, simples, sots. Nicnozais [sains] III, 166. NicoLe aus hautes naches IV, 64. NiGREMANCB IV, 132, NiGRoMANCE IV, 219. V. notes, p. 154. Noient 1V, 434, néant. Noncie I, 46, annoncée, racontée. NoRrMans Il, 117. NoRMENDIE 1V, 284, 194 Norots Il, 119, Norwégiens. Nubles IV, 424, obscurci. Nus J, 1, etc., nus IL, 183, nul. O0 O IV, 214, avec. Oceist IL, 76, eut tué. OzDE IV, 35. V. notes, p. 139. Oef II, 42, œuf. Oeil II, 148, œil. Oevre III, 245, ouvre. Oevre I, 45, 51, œuvre. Oir I, 311, II, 1, entendre; en l'oir 1,5, en entendant ; ot III, 41, entend ; oez III, 71, entendez ; oent I, 9, 17, entendent ; im- pér. oies II, 22, entendez ; ol I, 146, II, 208, entendis ; oi I, 185, 268, IV, 45, entendit ; oïe I, 41, entendue. Oingnements IV, 115, onguents. O1se II, 180. Omers IV, 9, 25, 211. V. notes, p. 136. Onques 1, 72, etc., jamais. Or I, 38, etc., ore I, 188, etc., maintenant. ORACE IV, 208. ORcHISE II, 26. V. notes, p. 98. Ore III, 27, heure. Ore I, 287, temps. ORLIENS II, 27, etc., IV, 1, etc. V. notes, p. 98-99. ORTOGRAFIE IV, 270. Os IV,24, 170, ost IV, 166, 184, 303, armée. GLOSSAIRE Os LampPaADIs III, 190. V. notes, p. 130. Osai III, 134, osa. Ot I, 72, 81, etc., eut, avait. Otroi [m'] I, 308, m'abandonne ; otroie III, 58, accorde. Ou III, 22, au. Oure III, 5, heure. Out Il, 194, eut. Outrage I, 336, excès. Ovine IV, 320, 324. Ovrer I, 47, travailler ; ovroit II, 80. P Paier, satisfaire, sens primilif dérivé du l. pacare ; paiez I, 174, paia II, 169. Pain IV, 359. V. notes, p. 176. Palefroi I, 441, cheval. PALME II, 21. V. notes, p. 96-07. Pance IV, 117, panse, estomac. PAaNriLÈès IV, 338. V. notes, p. 174. Paor I, 190, II, 71, peur. Par II, 86, particule qui renforce l'expression. Par; de par li IV, 457, de sa part (de parte). Parant I, 519, manifeste. Pardurable 111,57, perdurables IN, 124, éternel. PAREALMAINES JV, 282. PEREAL- MAINES IV, 217. V. notes, p.164. Parfondece IV, 268, profondeur. Parfurnir I, 514, accomplir. Panis II, 10, IV, 1, 17, etc. GLOSSAIRE Parolent 1, 116, parlent. Pars d'oroisons IV, 384, parties du discours ; pars IV, 461. Partir I, 410, se séparer ; se part I, 276 ; partie I, 126, partagée. PATRENOMIQUES IV, 290, 293, les noms patronymiques. Penée I, 372, tourmentée. Peors IV, 247, pires. Pers II, 193, 195, per II, 203. Y. notes, p. 129. Per II, 105, égal. Perceverez 1, 253, verrez. Perse IV, 26, 94, 207. Persone IT, 203. V. notes, p. 129. Pès III, 125, IV, 373, paix. Pesme IV, 240, très mauvaise. PETART [dant] de CHAALONS IL, 58. V. notes, p. 108. Petit I, 32, 154, 432, de petit IV, 227, 403, peu; d'un petit IV, 87, peu s’en faut que. Perrr PonT IV, 108, 404. V. notes, p. 152-153. PRELtPPre Il, 8, le roi Philippe. PRELIPPE III, 17, 239, chancelier de l’église de Paris. PuaiLiPPus III, 190, 237. P:ERES [S.] III, 123. PIERRE PFRITE Il, 81. V. notes, p.113. PIERRE L1 LouBars IV, 103. V. notes, p. 150-151. PIERRON DE CoRTENAI IV, 50. Y. notes, p. 144. Piez III, 350, pieux, palissades. V. notes, p. 173. Pipe II, 4. Ce mot désigne toute 195 espèce de tuyau; je crois qu'il signifie ici gosier el œsophage, tuyau qui mène à l'estomac. Les Anglais appellent encore aujourd'hui wind-pipe, tuyau au vent, la trachée-arière. Pipe III, 18, narcisse. « Dans la Bourgogne el le Gâtinais, on donne le nom de pipes aux narcisses, et, en général, aux fleurs printanières, prove- nant d'oignons. » Dict. de Littré, v. pipe, 9. Pis IV, 335, poitrine. Plaidier 1,100, badiner, plaisanter, s'amuser (Du Cange). PLATON IV, 17, 188, 191. Plentez IV, 116, abondance. Cf. l'anglais plenty. PLESENCE II, 21. V. notes, p.95-96. Plere I, 58, plaire; plest I, 223, plait ; plot I, 216, plut. Plonjon IV,197, 214, 220, 222. YF. notes, p. 130-133. Poi IV, 380, peu. Poindre, piquer, frapper ; point I, 122, 1923, III, 24, IV, 60, poin- gnoit IV, 59. Du sens de piquer * l'éperon, on est passé à celui de s'élancer : i a point IV, 207, s'est élancé ; poinstrent après IV, 235, 232, s’élancèrent à la suile; poinstrent sor IV, 241, fondirent sur. Point [en tel] I, 159, 477, 480, III, 70, en tel état. -- En icel point IN, 93, en ce moment. — Cele 196 qui si l’a mis a point I, 124, cele qui l'a mis en cet élat. PoINTL'AsNE IV, 53. V. notes, p.145. Pocs {S.] III, 123. Pooir J, 83, etc., subst. pouvoir. Pooir, pouvoir; puis I, 331, [je] puis; puet I,34,etc.,peul ; poez I, 487, etc., pouvez ; pueent I, 13, peuvent ; pooit III, 95, pouvait ; pot III, 120, IV, 265, put; porent IV, 292, purent ; puist I, 58, IV, 123, puisse; peüst IV, 397, put ; porroient I, 35, pourraient. Poise I, 19, pèse, chagrine. Poisons IV, 128, potions, breu- vages. Poisons IV, 40, poissons. Poissant I, 103, puissant. Porriess Il, 129. V. notes, p. 117. Porrou 1V,239. V. notes, p. 161. Poivre chaut IV, 38. V. notes, p. 140-141. Por I, 19,21,etc., pour.— Por tant que 1, 1, d'autant que. — Por quant I, 125, cependant. — Por ce que IV, 239, parce que. PorriRe 1V,222. V. notes, p. 159. Porverrai I, 266, pourvoirat. Pou IV, 281, peu. — Par un pou que IV, 348, 349, peu s’en fal- lait que. Preciexs IV, 26, etq., Priscien. V. notes, p. 137-138. PREDICAMENZ IV, 230, les Catégo- ries d'Aristote. V. notes, p.160. Premerains LI, 155, premier. GLOSSAIRE Premiers I, 15, d'abord. PR&TEREA IV, 294, personnage fictif. Preudomme I, 345, etc., prodon II, 34, prodom II, 132, homme sage, prudent. Preus IV, 124, 201, prez II, 126, bon, brave, fort. Preus 1V, 403, profit. PRIMAT D'ORLIENS IV, 320. V. notes, p. 168-169. Primes II, 77, d'abord. Privé III, %, particulier, tntime. Proier I, 172, prier ; proie III, 168. PRoPRE IV, 210, saint Prosper. V. notes, p. 158. PRoPTER EA IV, 295, personnage fictif. PRovENCE II, 22. V. notes, p. 97. Provoire 1V, 39, prêtre. Provos I, 402, prevôt. PRUDENCE IV,210. V. notes, p. 157. Pure I, 281, simple ; en pure sa chemise, en simple chemise; locution fréquente, on la trouve dans Joinville, Frois- sarl, elc. | Q Quanque I, 128, etc., tout ce que. Quantes I, 147, combien. Quar I, 4, 45, etc., car ; I, 326, donc ; quar venist ore, puisse donc maintenant venir, QUARQUASSONNE IV, 24. V. notes, p. 97. GLOSSAIRE Quarreüres IV, 183. V. notes, p.155. Quarriaus IV, 117, 246, traits, fièches. Quartaine II, 168, fièvre quarte. Quasser, frapper, briser ; la mort quassa III, 16, frappa; quas- ses IV, 356, faibles; quasses Il, 136, affaiblis. Que I, 110, etc., car; I, 287, etc., attendu que; I, 188, etc., de sorte que, si bien que; I, 466, comme ; III, 22, ce que. Quens I, 388, comte. Querre II, 13, chercher; quier I, 48, [je] cherche. Qui IV, 4, quoi. Quintaine II, 167, joûte. Quiquelique IV, 16. V. notes, p.136. Qope IV, 366. V. notes, p. 176. Qoi I, 91, coi, tranquille. Qoi I, 19, 90, 92, quoi fquid). R Rabée IV, 427, rage, du I. rabies. Rados I, 447. V. notes, p. 85. RaiNs II, 99. V. notes, p. 116. Rainssel 1, 356, petit rameau, di- minul. de rains (ramus). Ramembre I, 194, remet en mé- moire. Rancuner,en vouloir à quelqu'un ; rancune Ï, 152. Palsgrave : « J ranker by wrathe or anger. Je rancune, prim. conj. Never ranker in thy herte agaynst him: ne rancune jamais en ton cuer contre luy.» 197 Randon IV, 322, impetuositd; en j. randon IV, 286, d'un même élan. Sept pes a fet en un randon. Renart, v. 28014. RaouL DE BuiLLi IV, 48. V. notes, p- 143. RaouL DE LA CHARITÉ IV, 107. Rapaiez I, 425, satisfaites (verbe). Rapesiez I, 419, apaisé. Rasseürer I, 558, rendre le calme. Ravoie I, 194, remet dans la voie, rappelle. Re, préfixe indiquant une action contraire ; redut III, 14, dut au contraire, referi IV, 192, re- frappa, c'est-à-dire donna coup pour coup, ou simple- ment explétif : redient IV, 14; r'ont IV, 94, etc. Recet IV, 399, retraile. Rechine I, 76, fait la grimace,re- fuse. Recoppe I, 76, recoupe, retranche. RecroriQue IV, 69, etc., un des sept Arts. Recuilli I, 80, recueilli. Reemz III, 117, rachète. Remanoir, rester; remaint III, 105 , remaigne 1, 351, reste en arrière : Ne ja por moi drois pe remaigne, que le droit ne manque pas pour moi de se produire. Renes Il, 73 V. notes, p. 112- 113. Renovele II, 107, 8e renouvelle. Repairer I, 84, revenir. 198 Repols IT, 124, repos. L a été ame- née par la rime St Pols. Repondre, cacher ; se repont IV, 405, repont I, 77. Reprendre III, 133, accuser. Resqueurre I, 349, délivrer ; res- cous I, 503, tiré. Retaconnez IV, 118, rapiécés, ré- parés. Retraçon I, 196, trait. Retrere I, 1, raconter; retraite I, 43, racontée. Retrere (se) I, 2, s'abstenir, se re- fuser. Revendrai I, 38, reviendrai. Revient I, 561, se change. Rez el IV, 189, au ras du. Riens I, 78, etc., chose. RoBErT IV, 101, chirurgien. V. notes, p. 150. RoBErT LE Nain IV, 58. RoceLe (LA) Il, 18, 113. V. notes, p. 95 et 116-117. RoGeL p'ETAMPEs 11,55. V. notes, p. 108. Roiame I, 143, royaume. Roingne II, 57, gale. Roncin II, 450, cheval. Rotes III, 47, rompues. Route IV, 332, troupe. Rouver 1, 172, prier, demander; rueve I, 153, demande. S Sachier IV, 117, tirer. Sade IT, 146, savoureux. GLOSSAIRE SAMoIs II, 31. V. notes, p. 99-100. Saillie en piez 1, 217, Zevée tout debout; saut en piez II, 102, se lève. S. Brice II, 149. V. notes, p. 121- 122. S. MeLyon II, %. V.notes, p. 98. S. Porcxan II, 38. V. notes, p.105. S. Yon II, 26. V. notes, p. 98-99. SAINTES II, 19, 127. V. notes, p.95. Salterions IV, 177, psaltérions. Salver LI, 154, sauver; saut I, 239, sauve. SANCERRE II, 35. V. notes, p. 102. Sapience I, 571, sagesse. Sauz IV, 247, saule. SaviNant II, 38. V. notes, p. 105- 106. Savoir ; sai I, 381, sait ; set I, 368, sait ; sevent III, 188, IV, 11, savent ; sot IV, 131, 392, sut ; saura 1,252; sorent Ill, 38, IV, 298, surent ; seüst III, 174, saurait. Savorous 11, 146, savoureux. Se I, 89, si. Sebelins II, 121, martre zibeline, au sens de supérieur à lous, cette fourrure étant la plus recherchée et la plus chère. V. notes, p. 117. SEDULE IV, 210. V. notes, p. 157. Sel I, 253, 454, st le. Semont I, 448, invite, excite. SENEQUE IV, 327. Sente III, 2, chemin. Seoir II, 94, être assis ; siet I, 322, GLOSSAIRE 386, est assis; se seoit IV, 112, élait assise ; sist IV, 146, s'as- sil. Serie I, 304, pure. Sermona III, 182, fit des sermons sur. Le Chancelier fut célèbre par ses prédications. Ses I, 139, 153, etc., son. Seut I, 187, a coutume. SEX PRINCIPES IV, 230. V. notes, p. 160. SExTIS IV, 342. V. notes, p. 174. SEZANE II, 31. V. notes, p. 99. Si 1, 91, 95, etc., si, tellement, plus souvent explélif. Siecle I, 579, III, 28, etc., monde. Sire I, 61, 102, etc., seigneur. Sivoient IV, 346, suivaient. Socf III, 243, doucement. Sofisme IV, 192, 421, argument. Sofistre IV, 278, logiciens. Sogist I, 201, subjuyue. Soi Il, 10, sois II, 101, soif. Soissons I1,29,91. V. notes, p. 99 et 115. Solaz 1, 162, divertissement. Soloir, avoir coutume; seut I, 187, soloit IV, 455, soloient III, 91, a, avait, avaient coutume. Soluces IV, 426, solutions. Somme I, 111, ce est la somme, en somme. Sor 1], 21, 72, etc., seur IT, 44, sur. Sormonte IIT, 39, sur-passé. SORTES 1V, 264, Socrate. V. notes, p. 163. 199 Souhaidier{a]1I, 99, à souhait. Ex. [Manteau] Bien seant a lor gré si come a souhaidier, Berte, CXXIX. Sougite I, 86, soumise. Souspris I, 430, surpris. Soustenir 1, 69, entretenir, con- server. Souvenir J, 3%, sentiment, idée, sens élymologique du !. sub- venire ; souvenir est le verbe employé substantivement. Sovint fimpers.) I, 358, li sovint, [i] lui vint à l'esprit. Sueffre I, 560, etc., souffre. Suen III, 95, sien. Sus [la] III, 67, Là haut. T Tablel III, 256, tablette. TAïILLEBORC II, 19. V. notes, p. 95. Talenz I, 431, désir. Tans [par] I, 241, bientôt. Tant I, 68, autant. Tantost I, 146, autrefois. Tausons II, 92. V. notes, p. 115. Tencer, dispulter; tence IV, 6, tençant IV, 81. Tence fsubst.) IV, 80, dispute. Tenir I, 191; tient a IV, 87, tient pour, regarde comme ; tieg I, 205, tieng I, 364 [je] tiens; tiengne fsubj.) I, 334, tienne; tendront IV, 452, tiendront; tindrent IV, 44, linrent; tenisse IV, 124, 41 200 tiendrais; tenist I, 473, tien- drait. TERENCE IV, 211. Tes III, 45, ton. Tessi IV, 324, tissa. Tere IV, 375, taire; se test I, 224, se tail. THeauDELÈS IV, 339 V. notes, p. 174. Tosie IV, 285, la Tobiade de Ma- thieu de Vendôme. V. notes, p. 165. Toile [chanson de] I, 381, chanson d'aventure. Tollir, enlever ; tolt I, 53, tot I, 389, taut I, 497, enlève ; tolent IV, 73, endèvent. Toissu IV, 341, tissé. Toriques IV, 217, 291. V. notes, p. 159. Torna [s’en] I, 215, s’en alla. TorNail IV, 49. V. notes, p. 143. Tornaissent IV, 109, towrnassent. TORNIERRE II, 37. V. notes, p.102- 103. Tors II, 69. V. notes, p. 112. Toz, tos, totes, passim, (out, tous, toutes. — Del tot en tot III, 139, del tot III, 141, del tot en outre III, 201, dou tout III, 49, entièrement. TouLere IV, 130. V. notes, p. 154. Trai I, 618, tire; trai III, 225: traiant I, 556; traiez I, 424; traioient IV, 57. Tramble IV, 247, tremble, peu Dlier. GLOSSAIRE Transir III, 64, passer, au sens de mourir, du l. transire. Travaux I, 579, peines. Traveillie [s’est] I, 372, s'est don- né de la peine. Trebles IV, 183, triples, terme de musique. TRENEBORC II, 20. V. notes, p. 95. Trepié IV, 204; De son cheval firent trepié, ils ec{oppèrent son cheval et en firent un trépied, en le réduisant à trois jambes. Trere 1, 370, tirer ; tret 1, 568. Trespas III, 206, passage. Trestout I, 471, etc. trestoz II, 110, tout, tous. — Trestuit IT, 43, etc., tous. Trestout IV,190,195, entièrement. Trestrent [se] IV, 303, se retirè- rent. Tret{touta]1,374, tout doucement. Triche IV, 104, trompe. TRI£ LA BARDOUL IL, 34. V. notes, p. 101-102. Trive IV, 56, le Trivium. Trives II, 83, trèves. Trop I, 168, etc., beaucoup, très. Trousserent IV, 55, chargèrent. Trover 1, 171, trouver; truis I, 332, [je] trouve; trueve I, 154, [i7] trouve. Trovor I, 54, trouvère. Tuit III, ?, 4, tous. Tupinel IV, 346, diminutif de turpin, espèce inférieure de soldats. GLOSSAIRE U Ueil I, 78, œil. Uevre I, 243, œuvre. Uile III, 197 ; ule III, 208, 211, 219, huile. Userier IV, 161, usurier. Uz III, 184, usage. V Vail IT, 84, vaux. Vairrins IT, 19%, de verre. Vait IV, 364, 450, va. Valoir ; que vaut ce? I, 474, que signifie cela? Veoir I, 215, etc., voir; vees I, 164, voyez ; veist II, 75, etc. eût vu (vidisset); veissent IV, 110, eussent vu; verrois IE, 265, verrez; veù I, 471, 494, vu. | Veoirs I, 333, verbe employé subs- tantivement: uns seuls veoirs, un seul coup d'œil. Venir; vendra III, 153, viendra; vendront IV, 451, 453, vien- dront ; venist 1,73, vint; vin- drent II, 43, IV, 222, vinrent; viegne I, 352, vienne. VERDELAI I, 36. V. notes, p. 102. Verge IT, 149, virge I, 140, 170, vierge. . 201 Vergoingne II, 58, honte. VERMENDOIS II, 98. V. notes, p. 122. VERMENTUN Il, p. 121-122. Vers I, 381, strophe, tirade. Vers (por) IV, 14, pour vrai. Vers I, 203, 248, contre. VERSEFIERES IV, 440, personnifi- cation de la poésie latine. Vessias III, 195, vessas III, 203, vaisseau, vase. Vet III, 151, aille. Viande III, 126, 129, nourriture. Viele III, 121, IV, 176, vielle (violon). Vielt I, 212, veut. Vif I, 245, vis. Vilenastre IV, 111, dérivé de vi- lain, avec la terminaison péjorative astre. Vilonie I, 28, etc., vilenie I, 197, bassesse. Vis I, 195, 289, visage. VinGiLe IV, 209. Voie, route; se mistrent a la voie IV, 61, se mirent en route. Voir I, 486, de voir II, 90, III, 94, vraiment. Voire II, 203, verre. Voirs I, 528, Il, 11, vrai. Vois II, 36, vais. Voist I, 56, etc., aille. Voloir, vouloir; vueil I, 172, etc., vuel III, 35, veux; velt I, 121, etc., veuf; vueillent I, 18, vuelent I, 201, veulent; velle 149. V. notes, 02 GLOSSAIRE I, 154, veuille; volt IV, 199, 1, 27, 143 f(rég. fém. sing), voulut ; vousist II, 164, vou- votre. drait ; vorrai I, 30, voudrai; Vuile I, 210, huile. vorra III, 260, voudra; vor- roient I, 149, voudraient; Y voudrent IV, 312, voulurent. Vos I, 170 fsuj. masc. sing); vo Y Voyez I. TABLE DES RIMES I. Le Lai d'Aristote, — II. La Bataille des Vins. — III. Le Dit du chancelier Philippe. — IV. La Bataille des . VII. Arts. RIMES MASCULINES À I 81, 247, 506, 528, 536,578; Il 185 ; III 15,25, 49, 121, 173, 181, 207, 251, 265 ; IV 164, 178, 294, 394. Ai 1 39, 49 ; IV, 49. Ain I 253, 362 (aim) ; IV 358. Aing IV 109. Ains II 99, 155 ; II 155 ; IV 19, 120, 244, 324, 370, 432. Aint ] 115. Ais 1 189 ; II 51. Ait IIT 195. Al I 197, 492 ; IV 202, 268. Anc I15:IV 194. Ans III 225. Ant I 11,55, 103, 135, 347, 379, 416, 518 ; IV 184, 364, 446. Anz I 564 ; II 109 ; IV 410. Ar IV 57. Ars IV 37, 67, 103, 330, 460. Art 1 275 ; IV 344. As IT 65; III 113 (as), 167, 205; IV 186. At I 396 ; II 189. Aus I 231, 574; III 97. Aut I 239, 301. É I 167, 213, 263, 283, 287, 546 ; III 9, 39, 45, 101, 249, 253 (ei) ; IV 71, 107, 140, 316, 380, 498. Eax III 127. Ef III 24. El III 21, 255 ; IV 346. Ent I 93, 67, 177, 209, 229, 269, 309, 436, 484, 498, 502; II 87, 111; III 29 (ant), 55 ; IV 65, 122, 196, 158, 354. Enz IV 115. Er 1 47, 63, 149, 171, 255, 313, 450, 454, 458, 530, 552, 558; Il 29, 95, 151 ; II1 71,105, 219,231; IV 198, 396. Ers IV 9, 13, 492. Ert 1 392 ; IV 101. Ês IV 338. Est I 293 ; III 27 (ès). Et I 373, 596. Eu IV 1%. Eü 1 494. 204 Eus IV 1 (euls), 124 (iex), 200, 214 (iex), 402. Eut 1 187. Ez 1 412, 476, 510, 568 ; II 135 ; III 13, 83, 161, 221, 259 ; IV 23, 69, 97, 118, 238, 256, 336, 416. Ex I] 125. I 1 145, 215, 235, 267,327, 426, 576; II 37, 85, 193; III 31, 53, 261, 263 ; IV 306, 456. Ia II 169. Jant I 556. Jaus II 103; IV 7, 274, 368. Ias TII 195. Id III 241. 16 1 37,508 ; III 137, 157, 177; IV 204. Ief I 199, 504 ; IV 392. Ien 1 77 ; II 67 ; III 175,287 ; IV 99, 196, 326. Jénos III 9% ; IV 25, 41, 95. Ient I 367, 467. Ier I 99, 241, 317, 432 ; II 183, 197; IV 11 (uier), 83, 242. lers I 179, 438 ; II 129 ; IV 156. Ieus III 109. les 1 418, 424 ; III 87 ; IV 138. I] IV 154. In 1 544 ; I1 175; IIX 145, 257 (ins). Ins II 63, 121. Ion III 111. Yon II 25. Ions IV 276. Ir 1 5, 69, 191, 311, 323, 514; III 35, 43, 131; IV 190. TABLE DES RIMES Is I 95, 107, 141, 211, 233, 345, 3388 (uis), 420, 430, 534 ; III 115, 151, 159 (iz), 189, 293, 220, 247; IV 43, 296, 386. Ist I 203 ; II 75 ; III 65. It ETI 199 ; IV 980. Is IV 378. O III 239. Oi 1 91, 109, 219, 303, 306-308, 404, 440 ; II 9, 43, 137 (oy), 153. Oint 1 123, 480 ; III 23. Oir I 486 ; II 195 ; IV 312. Oirs III 11. Ois I 478 (oiz), IL 31, 71, 93, 101, 117, 141 ; IV 440. Oit 1 31,155 ; II 171, 199 ; III 81, 135, 143, 185; IV 298. Ois 1 532. O1 I 205, 442. Ols III 133. Om I 520 (um). On I 195, 227 ; II 177 ; III 51,59,197 ; IV 17, 35, 59, 180, 188, 286 (um), 322, 376. Ons I 33,572; II 53, 89, 91 ; IV 128, 884, 388. Ont I 448 ; IV 404, 430, 452. Or 153, 73, 87, 175, 265, 470 ; Il 7; IV 310, 412, 418. Orc II 19. Ors 1 357; III 165, 213 ; IV 47, 222, 272, 292, 408. Ort I 45 ; II 59, 106, 201 ; III 5. Os I 446 ; IV 334. Ost IV 166. TABLE DES RIMES Ot 1 139 ; III 41. Oul II 33. Ous 1 271, 488 (ouz); II 145. Out II 173 (1). Outre III 21. Oz II 79 (ouz). U I 494; IV 342. Ua III 147. (1) Ms. 837, aut. 205 Uef II 41 (oef). Ueil 1 273; 11 27,77, 133 (eil). Uer I 15; III 85. Uet 1 119. Ui 1 21, 71, 105, 319, 524. Uis I 331, 410 ; III 98. Uit 1 462 ; III 33, 141. Un I] 139. Ust I 291. Ut III 63, 119, 168. Us 1 337 ; III 183. RIMES FÉMININES Able II 1,97. Ables IV 105, 254. Ace I 51, 93 ; IV 170, 208. Aches IV 53. Age I 173, 335 ; III 3, 99. Ages II 11;1V 51,73, 328. Aics IV 63 (oies). Aigne I 351 (iegne). Aigres 1 339. Aille IV 144. Aindre I 548. Aine 1 159, 464 ; II 167 ; IV 282. Aines I 315 ; IV 314, 450. Ainte I 299. Aintes II 127; III 179. Aire I 83, 249, 402 ; IV 29, 234, 454. V. ère. Aissent II 61, 157 (uaissent). Aite I 43. Ale I 243 ; III 233 (alle). Ales IV 332. Amble I 538 ; IV 81, 246. Ambre II 161. Ame 1 143, 406 ; III 227 (anme). Ampes II 55. Anble I 207. Ance (anche) I 29 113; IT 47, 193 (iance); IV 85, 132, 362, 442. Ances IV 117. Ande III 211 (ampe). Andre I 79, 127. Andres III 77. Ange I 169. Angles IV 390. Ante IV 152. Aples IV 130. Arche II 119. Asse I 390. Asses IV 356 (uasses). Astre IV 111. Auche I 474 (aut ce). Aune II 39 (jaune). Ece I 59, 490. Ée 1 199, 371, 414 ; III 139 ; IV 134, 400, 406, 496. 206 Effes IV 252. Eille I 131, 394 (ele). Eize IV 148. Ele 1 121, 383-87, 434 ; II 17, 107, 113 ; 111 107 ; IV 360. Eles IV 176 (ieles). Elle III 153. Ence 1 570 ; II 21 ; III 19 ; IV 5,79, 210. Ende 1 293. Endre 1 3,185,343,562 ; III 133; IV 260. Enes II 73 (esnes). Eute I 355; III 1. Entes 1V 434. Erbe 1 452 ; IV 262. Erbes IV 18 (ebles). Ëre I 1, 13, 57, 369, 498, 516; IV 374. V. aire. ËÊre I 65, 550 ; IV 240. Erent 11 69 ; III 37 ; IV 308. Erme 111 245. Erre (uerre) I 89; II 13, 35, 115, 181 ; IV 172, 236. Erse IV 93, 206. Erte I 500 ; III 67. Esce IV 300. Esse IV 162. Este I 161, 482 ; 11 147 ; IV 366. Estre I 101, 165, 261; II 163. Etes 1 359, 361 (ete); 11 83 ; IV 174. Etre I 25. Eure I 181,277, 496. Ices III 215 ; IV 71. Ide IV, 320. le 1 27, 41 (ms. 19152, iée), 97, 217, TABLE DES RIMES 225, 251, 257, 304, 398, 460 ; III 75, 89, 171, 187, 199 ; IV 21, 89, 142, 168, 266, 270, 284, 340, 414. lecle III 69 (iere). Iée IV 288. Iere III 73; IV 150, 302. Ierent IV 228. les IV 352. leve I 279. Igne 11 45. Île 111 79. Ime IV 232. Imes IV 420. Ince I 75 (ine). Ine 1 542; III 169. Ipes IV 230. Iple IV 258. Ippe 11 3 (ipe) ; III 17 (ipe). Ypre II 15. Ique IV 15, 218, 224, 304, 350, 372. Iques IV 216, 290. Ire 1 17, 61, 221, 353, 472, 560 ; ITI 191 ; IV 45. Irent IV 438 (uirent). Ise I 281, 444 ; IV 33 (isse). Isme IV 192 (ime). Istre IV 27, 444. Ite 1 85, II 81; III 217. Ive 1 21. Ivres 1 321 (yvres). Obe IV 220. Oche I 183; II 131. Oent I 9. Oie I 193, 36€ ; III 7,57,61; IV 61. Oient 1 35; I1 143, 159; III 91, 103 ; IV 226, 250, 278, 318, 348, 448. TABLE DES RIMES 207 Oile I 381 ; II 187 ; EII 235. Oine II 165. Oingne II 57. Ointe I 259. Oire III 117 (ore), 208 ; IV 39, 75. Oise I 19 ; II 179. Oive I 377. Oivent I 554. Ole I 117, II 49 ; IV 87, 398. Oles IV 248. Ombre IV 146. Omme I 111. Onde I 295. Ondre IV 264. One I 512 ; II 23 (onne), 208. Onne I 245. Onques I 147, 329. Onte I 157, 237 ; IV 160. Ontes II 191. Ore I 325. Orde IV 8. Ordes IV 118. Orte I 297, 456. Ose I 289, 375, 522 ; III 198. Osent I 137. Oste I 333. : Ote III 209 ; IV 212. Otes III 47. Oudre IV 436. Oute I 133 (ote), 163, 422 (ote) ; IV Outes I 566. Outre III 201. Ubles IV 424. Ue I 400. Uerre II, 149. Ueurre I 349 (ueure). Ueve I 153. Uïide I 341. Uire IV 458. Uite I 125. Ume 17. Une I 151. Ure I 285, 408, 540 ; IV 91. Urent IV 31. Uve IV 55. Le ms. 19152 présente encore les rimes suivantes : uevre I 47; anbes, angles IV 182; aces IV 426. V. Variantes. Le ms. 1104 (nouv. acq. fr.) : ours, ous I 271; ie, in, oine (oigne) fin du Lai d'Aristote. V. Variantes. Digitized by Google Digitized by Google ADDITIONS Introduction, p. xxxix.=— Dans son Dictionnaire iconogra- phique de l'antiquité chrétienne et du moyen âge, 1843, in-8o, L.—J. Guenebault à mentionné, t. I, p. 91, col. 2, à l’article Aristote, la sculpture en bois des stalles de Rouen, la sculp- ture en ivoire figurée par Montfaucon, les bas-reliefs de Saint Jean de Lyon et du château de Gaillon; il n’a rien dit du chapiteau de Saint-Pierre de Caen, ni du bas-relief du portail de la Calende de la cathédrale de Rouen. P. xu-xLi.— J'ai connu les détails suivants trop tard pour en faire usage dans l'introduction. Dans son intéressante étude sur Virgile l'enchanteur (Mélanges archéologiques et litté- raires, 1850, in-80), M. Ed. Du Méril parle, p. 474, de la légende d’Aristote et cite ce passage où Jean de Meung (Codicile, st. 441) dit en parlant de la luxure : Virgile et Aristote en furent ja si ivre, Que petit leur valurent leur engin et leur livre. , M. Ed. Du Méril ajoute en note: « Il (le Lai d'Aristote) ne tarda pas à jouir en Europe d'une grande popularité : on le racontait même en chaire comme une autorité, ainsi que le prouve le Promptuarium exemplorum, lettr. M, tit. Des femmes, ex. 67. Nous citerons parmi les poètes qui y ont fait allusion, Gower, Confessio Amantis, 1. VIII, fol. 189; Hawes, The pastime of pleasure, ch. XXIX, p. 137, éd. de 1845; Hans Sachs, Comedi, t. III, P. II, fol. 64, éd. de 1561; Durante da Gualdo, Leandra, 1. VI, fol. 39, éd. de 1508. Lange n'a pas manqué de recueillir cette histoire dans son Democritus ridens, p. 605, éd. de 1689, etc... » Le Recueil des poésies françaises des XVeet XVIe siècles, publié par MM. A. de Montaiglon et J. de Rothschild (Bibl. elzév.) renferme plusieurs allusions à la légende d’Aristote. Dans la pièce intitulée La grant malice des femmes, t V, p. 301- 318, l'auteur accuse les femmes d’avoir décu tous les grans du monde et parmi eux Aristote, p. 313. Le même recueil contient, t. X, p. 225-268, La vraye disant Advocate des Dames, pièce attribuée à Jean Marot ; on y lit les trois vers suivants, p. 243 : Là çà, gentilles mignonnes, 1] vous fault planter vos bournes Encontre Aristotellès. ADDITIONS Enfin, dans le Monoalogue fort joyeulx, etc., t. XI, p. 176- 191, l’auteur énumère Îles maug que les fanmes firent aux per- sonnages les plus célèbres, à commencer par Adam, et ne manque pas d'ajouter, p. 184 : Virgilius en fut infame Et Aristote chevauche. À cet endroit, les éditeurs du recueil ajoutent en mote : « Grin- gore y fait également allusion (à la légende d'Aristote) dans les Menus propos de Mère Sotte, mais c'est par dame Raison qu'il fait chevaucher Aristote. » P. xuv,.=— À propos de la légende d'Aristote, l'Histoire lit- téraire de la France, t. XXIII, p. 46, renvoie aux Latin stories, p. 74, et Legrand d'Aussy, Fabliaux, t 1, p. 280, à ia Bibliothèque instructive et amusante, t. LI, p. 15; je n'ai pu consulter ces deux ouvrages. P. L.— J'ai dit à tort qu'une seule imitation a été farte en notre temps du Lai d'Aristote. À l'Exposition universelle de 1855 figurait un tableau de M. Henri Lehmann, représentant le grave philosophe chevauché par Îla jeune Indienne. Ce tableau faisait alors partie de la galerie de lord Seymour, P. xciv.— Un tirage à part à cent exemplaires de cette seconde édition a été fait dans le format in-8°, sous ce titre : La querelle des anciens et des modernes au XIIIe siècle ou la Bataille des VII Arts, par Henri d'Andcli, trouvére du temps de saint Louis, Paris, chez Frédéric Henry, M.Dccc.Lxxv. Jubinal lui a donné pour préface la note à peine modifiée qui appartient au v. 5l de la pièce de Rutebeuf, intitulée : De Maîstre Guillaume de Saint-Amour (Œuvres de Rutebeuf, édit. elzév., t. I, p. 87-89). P. 31;, v. 118-175. — À propos du v. 253, M. P. Meyer dit : « Il y a per en toutes lettres; partout ailleurs, par, ou le plus souvent, p barré. » Si, dans le v. 174, il y a p barré, ne pourrait-on pas l'interpréter per et non par : Nus n'en seust dire par (égal), c'est-à-dire parler également bien, P. 54, v. 296.— Le nom du personnage allégorique que le poète appelle le bon Ego mei vel mis, reproduit Jes premiers mots de la formule que Jes grammaires du moyen âge donnaignt pour la déclinaison du pronom de la lre personne : Ego si vel mis mihi me a me. TABLE Introduction..... TP VII Lx Las D'ARISTOTE ....................... 1 LA BATAILLE DES VINS..................... 23 LE Drr DU CHANCELIER PHILIPPE............. 31 La BATAILLE DES .VII. ÂRS............... 43 VATIANUON:: nue des eu area 61 Notes et éclaircissements. ................. 81 Glossaire............. D ds oh bu 178 Table des rimes.....,..................... 203 Digitized by Google CAchevé d'imprimer A ROUEN LE QUINZE FÉVRIER MIL HUIT CENT QUATRE-VINGT=UN Par Espérance Cagniard. Digitized by Google . | _. be ‘&n ; 3 » Digitized by Google Digitized by Google Digitized by Google Digitized by Google Digitized by Google Digitized by Google À ER LAC : Poand-To-Piease et SEPT 02